Chroniques irrévérencieuses des municipales de Marseille

Pâtés de campagne (J – 180) – Municipales Marseille 2020

Billet de blog
le 24 Sep 2019
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Vingt-cinq ans  ! Vingt-cinq ans  de règne  !
C’est dire le nombre de prétendants qui piaffent d’impatience depuis tant d’années, le nombre de candidats qui s’y sont déjà cassé les dents, le nombre d’héritiers à qui on a promis et puis qu’on a trahis.

Cette fois-ci, le fauteuil de maire est à prendre. La place est vacante. Le Vieux s’en va.
Dans six mois, Marseille aura fait son choix.

Mais jamais l’issue d’une élection municipale n’aura été aussi incertaine. Pour la première fois, elle ne se résume plus dans un affrontement entre deux blocs.
Les prétendants sont nombreux, déclarés ou pas encore. Ils affûtent leurs armes, mobilisent leurs troupes, échafaudent leurs plans, affinent leurs stratégies.
La bataille de Marseille ne fait que commencer et tout peut arriver.


Martine et Bruno, les Kaaris et Booba de la Droite

A droite, après un suspense savamment entretenu sur les sets de table et les cartons à pizza, Martine Vassal a officiellement annoncé sa candidature le 13 septembre avec la bénédiction de Jean-Claude Gaudin et la plupart des élus que compte la gaudinie.
La machine de guerre au service de la Présidente du Conseil départemental et de la Métropole est bien huilée et compte de nombreux affidés qui sauront se mettre à son service pour envoyer la vapeur dans les mois qui viennent.

Dans l’immédiat, et malgré un Yves Moraine qui délasse ses crampes en gesticulant contre LREM sur les réseaux sociaux, elle est essentiellement dirigée contre celui qu’elle a désigné comme son principal adversaire, le chef de file du Rassemblement National, Stéphane Ravier, laissant encore une porte entrebâillée aux Marcheurs qui par la voix de ses militants marseillais l’ont aussitôt sèchement refermée.

Bruno Gilles, de son côté, a répondu qu’il maintiendra sa propre candidature jusqu’au bout. Tracts et affiches sont imprimés par milliers. Pour celui qui promet de planter 25 000 arbres dans la ville, se résoudre à devoir brûler tout ce papier serait un véritable crève-cœur.

Alors, la guerre des droites aura-t-elle lieu ?
Gaudin, après avoir pris bien soin de mettre le ouaille entre ses héritiers joue à présent au conciliateur en lui offrant de mener la liste aux prochaines sénatoriales.

De quoi faire regretter aux militants LR que les deux protagonistes n’aient pas la sagesse des rappeurs Kaaris et Booba pour renoncer à un combat qui a toutes les apparences d’une mascarade.

Au centre, on passe toujours les auditions

Les prétendants à l’investiture LREM continuent à ronger leurs freins, activer leurs réseaux et agir en coulisses pour s’attirer les faveurs du prince.
Ceux qui espéraient que la question soit tranchée durant l’été en sont pour leurs frais.
Lancée comme un speed dating chez Peron au mois de juin, l’investiture prend des allures de conclave interminable où l’on guette la moindre fumée blanche au-dessus de l’Elysée.
Malgré l’enjeu et l’impatience qui croît, les candidats et leurs soutiens respectifs ont semble-t-il reçu des consignes pour ne pas se taper dessus. Du moins, pas en public. Les anciens du PS partis à la découverte du Nouveau Monde chez LREM ont dû retenir les leçons des primaires de 2014.

Saïd Ahmada et Yvon Berland sont pour l’instant les deux seuls candidats officiels à l’investiture, même s’il ne fait aucun doute que d’autres noms sont inscrits sur la short list élyséenne.

Le Président continue ses auditions, entretien le mystère et semble ne pas avoir encore arrêté son choix. La saison du mercato est passée, il ne lui reste plus qu’à choisir son joker.

En revanche, peu de chance qu’il adoube Christophe Madrolle qui lui proposait de rassembler toute la macronie autour de sa candidature.

Le candidat de l’UDE (canal historique ou renégat, selon à qui on s’adresse) venait tout juste de prendre son envol quand il a été foudroyé par un missile de très courte portée puisque, selon la victime, il pourrait avoir été tiré de son propre camp.

Faire de la politique en étant propriétaire d’un appartement loué dans la cité dégradée des Rosiers, ça ne pardonne plus dans le contexte marseillais. Mieux vaut investir dans du neuf à l’Île Maurice, c’est moins risqué.

Je pose ici Samia Ghali, entre les deux, parce qu’on ne sait plus très bien où la situer. Mais il ne faut surtout pas l’oublier, ses coups de buzz sont redoutables.

A gauche, on met de l’huile

A gauche, ça discute, ça échange, ça co-construit, mais ça pinaille.

Mouvement Sans Précédent et Pacte Démocratique pour Marseille travaillent à rassembler politiques (EELV, LFI, PS, PC, Génération, PRG, etc…) et collectifs citoyens dans un projet commun. Chacun de son côté, ensemble, les deux à la fois, on ne sait plus très bien…
On veut arriver au même résultat mais pas de la même façon. Ça grince, ça coince parfois, mais on met de l’huile dans les rouages et jusque-là ça continue de tourner.
Malgré le travail considérable déjà effectué et l’engagement sincère de nombreuses personnes, l’initiative si innovante et généreuse soit-elle ne manquera pas de venir se heurter aux dures réalités d’une campagne électorale.

Car il faudra bien, tôt ou tard, choisir un porte drapeau pour venir l’incarner sur le terrain, un visage à placarder sur les affiches, un candidat ou une candidate crédible qu’on lancera sur les marchés et à la sortie des écoles pour serrer des paluches, qui sera capable de s’exprimer face aux micros et caméras, et donner la réplique à des adversaires qui feront tout pour le crucifier.

Bref, il faudra entrer dans le dur. Et pour l’instant, on a l’impression qu’il s’agit surtout d’écarter le socialiste Benoît Payan dont beaucoup cependant reconnaissent le talent et les compétences.

On pourra bien sûr objecter que s’il suffisait de posséder ces qualités pour gérer cette ville, ça se saurait depuis longtemps et Marseille ne serait pas dans un tel état.
Mais quand on veut gagner, la règle numéro 1 est de prendre le meilleur dans son camp. Sauf qu’en réalité, c’est rarement le cas. A moins qu’un(e) candidat(e) surprise sorti du chapeau ait suffisamment de poids pour faire l’unanimité.

D’autres écueils pourraient encore surgir sur la longue route du rassemblement unitaire. Malgré l’implication de Sophie Camard dans ce projet, la France Insoumise n’a pas encore validé totalement sa stratégie.

Idem chez EELV avec Michèle Rubirola. Certains écologistes souhaiteraient plutôt se lancer dans la campagne sous leur propre drapeau avec une liste autonome. Débarrassés de leurs alliés historiques, ils auraient alors toute latitude pour négocier un accord de 2e tour avec LREM en fonction des circonstances et surtout du nombre de places éligibles dont ils pourraient éventuellement bénéficier.

Au RN, on connaît la musique

Enfin, à l’extrême droite, le Rassemblement National fort de son score aux Européennes qui l’a placé en tête dans six secteurs sur les huit que compte la ville est bien le seul à être en ordre de marche.

Stéphane Ravier a présenté ses têtes de listes lors d’un meeting au Florida Palace le 19 septembre.

Les chanteurs gothiques et autres guitaristes amateurs de 2014 ont laissé place à des professionnels de la politique qui connaissent parfaitement leur partition et sauront jouer sur les cordes sensibles.

Avis aux adversaires qui seraient tentés par des numéros de solistes. Il reste encore un peu de temps pour accorder leurs violons.

A suivre…

Commentaires

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  1. AnnniedayAnnnieday

    Merci Jean-Paul pour cet article qui brosse un tableau réaliste de la situation. J’attends la suite (de la situation et de tes écrits).

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  2. Raymond DayetRaymond Dayet

    Excellent article. Juste une question: sur quels éléments concrets et tangibles vous appuyez vous pour affirmer la reconnaissance du talent et des compétences de M. Payan? il a déja exercé des responsabiités? il a déja été dans une majorité? il a déja exercé le pouvoir? A ma connaissance, il a simplement été adjoint à la jeunesse au maire de secteur dans le 13/14 en 2008 sur la liste de S. Andrieux. Et allez en parler aux jeunes de l’époque de ce secteur… ils vous parleront de son bilan! Ca c’est du concret! J’ajoute d’ailleurs qu’il me semble qu’il a déja beaucoup sauté d’un secteur à un autre dans sa jeune carrière: 13/14 puis le 9/10, ensuite le 4/5 et peut-etre bientôt le 1/7? La gestion d’une ville et d’un territoire, ce n’est pas le jeu de l’oie.

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    • Electeur du 8eElecteur du 8e

      Je ne connais pas Payan, et je ne suis pas son avocat. Néanmoins, il me semble que c’est compliqué de vouloir « en même temps » des personnalités neuves, pas trop compromises dans les errements de naguère, mais ayant cependant déjà eu des responsabilités qui permettent de juger de leurs talents.

      A titre personnel, Payan ne serait pas mon choix pour une tête de liste d’union des gauches à Marseille (j’ai un autre nom en tête). Mais j’entends que ceux qui le connaissent lui attribuent un certain nombre de qualités.

      Enfin, je note qu’il n’est probablement pas impossible, si l’on est bien entouré, de passer de l’ombre à la lumière : « En quatre ans et deux scrutins locaux, Mme Vassal est passée de l’obscur statut d’adjointe à la qualité de la ville, numéro dix de l’organigramme municipal, à une double présidence qui la rend presque hégémonique dans les Bouches-du-Rhône… » (https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/10/19/martine-vassal-la-marseillaise-qui-regne-sur-la-provence_5372023_823448.html)

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    • Laurent MALFETTESLaurent MALFETTES

      Un autre nom en tête ? Lancez-vous ! Nous sommes entre nous !

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    • Laurent MALFETTESLaurent MALFETTES

      Manuel Valls ? Il est disponible…

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  3. Félix WEYGANDFélix WEYGAND

    Résumé impeccable !

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    • Raymond DayetRaymond Dayet

      Merci Félix. Vous appréciez le résumé car sans doute que vous connaissez aussi la véritable histoire de cette belle fable…

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    • Jean-Paul KoppJean-Paul Kopp

      Merci beaucoup !

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  4. BrallaisseBrallaisse

    Payan, maire de Marseille ? Gentil garçon sûrement , bonne mine sûrement mais pas au niveau certainement.

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    • Laurent MALFETTESLaurent MALFETTES

      La tâche est tellement compliquée que personne n’a le niveau… Gaudin ne l’avait pas non plus, ni lors de ses deux premières tentatives en 83 et 89 ni, force est de le constater avec le recul, en 1995… Alors qui ?

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  5. AnnniedayAnnnieday

    Vous semblez un peu trop focalisés sur Benoît Payan. Il n’y a pas que lui dans ce rassemblement et le principe même du rassemblement est de changer la manière de procéder. Oublions les anciens réflexes électoraux. C’est ainsi que nous avons une chance de changer fondamentalement l’équipe municipale. Et il me semble que l’article de J-P Kopp évoque parfaitement la situation.

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    • Raymond DayetRaymond Dayet

      Aux vues du dernier sondage, le moins qu’on puisse dire, c’ est qu’en effet qu’il ne vaut mieux pas trop se focaliser sur Benoit Payan: dans les propres secteurs où il est élu, il fait 3% dans le 1/7 et compte 11 points de retard sur les Verts dans le 4/5… C’est mal barré!

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  6. Philippe LamottePhilippe Lamotte

    Et c’est reparti pour un tour de… campagne! Tout ce petit monde politicard va se démener comme des diables jusqu’au second tour et polluer les murs de notre ville, nos esprits, nos oreilles et nos yeux afin de se partager un fois encore le bon gros gâteau marseillais du pouvoir. Sauf que tout ce gâteau a été dévoré et qu’il ne reste plus que l’indigestion devant les caisses pillées et l’oeil tracassier de la justice et de l’Etat. Podere delenda!

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