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Les basses résonnent sur la rue de Lyon. Il est 21 heures passées et le parking du marché aux puces, habituellement vide à cette heure-ci, se remplit. Pas besoin d’être un fin limier pour déterminer le point chaud si l’on passe par là. Il suffit de tendre l’oreille. Mais si l’on n’est pas un habitué du quartier, mieux vaut être adepte de musique électronique pour savoir que, ce jeudi soir, se tient une soirée “Boiler room” dans la halle des antiquaires du marché aux puces.

Ce type d’événement est né à Londres en 2010. Sa recette est bien précise. Audience restreinte, DJ sets pointus, retransmission en direct sur les réseaux sociaux et surtout, lieu atypique dévoilé au dernier moment. Des ingrédients assez simples mais qui confèrent à ces soirées une solide réputation. Los Angeles, New-York, Berlin, Amsterdam font partie du tableau de chasse de ces professionnels de la fête. Une liste à laquelle on peut désormais rajouter Marseille et son marché aux puces.

“Moscow mule” et meubles vintage

Pas la peine de tenter l’incruste. Ici, la tchatche ne fonctionne pas. “Mieux vaut jouer des coudes et des relations”, comme l’écrit Slate dans un article consacré au concept. On rentre effectivement dans une “Boiler Room” sur invitation ou en payant à l’avance pour l’une des quelques places vendues aux alentours de 30 euros. Sinon, on peut toujours regarder la retransmission sur son canapé. Tel est le principe. Si Marsactu n’a pas forcément de contact “clubbing”, le marché aux puces fait partie de ses sujets de prédilection. Et comme les blogueurs en vogue, les journalistes sont souvent les bienvenus dans ce genre d’événement. Nous voilà donc inscrit sur “la liste à Richard”.

Richard Di-Landro est le gérant de la halle des antiquaires. Il est l’un des maillons qui a permis la connexion entre la culture club et le marché. “Je suis un fêtard mais jamais nous n’avions organisé un tel événement ici, aussi pro”, lâche-t-il, le sourire jusqu’aux oreilles entre deux sollicitations de personnes venant le féliciter. À l’étage de la halle des antiquaires, les meubles vintages ont été poussés sur les côtés pour permettre la mise en place d’une piste de danse. Un bar sponsorisé par Eristoff, la célèbre marque de Vodka à tête de loup, a été installé. On y sert des “Moscow mule”, “LE cocktail du moment” à base de vodka et gingembre. Des platines et “plusieurs kilos de son” sont posés au milieu de la halle. En fond, un écran sur lequel sont projetées des images psychédéliques et quelques lasers finissent de camper le décor.

“It’s amazing”

Frange courte, baskets à plateforme et bob sur la tête, l’espace se remplit à mesure que l’heure avance de jeunes au fait des dernières tendances. Ils viennent des quartiers Sud, d’Aix-en-Provence, mais aussi des nouveaux quartiers construits dans le secteur par Euromediterranée, voire même de l’étranger. En témoignent plusieurs conversations en anglais d’où s’envolent régulièrement des “it’s amazing”. La plupart met les pieds ici pour la première fois.

“Énormément de gens sont venus me voir pendant la soirée en me disant « putain c’est ouf cet endroit comment t’as trouvé ça ?! »”, raconte Julien Guillaume du One Again, club techno marseillais. Le jeune homme fait aussi partie des maillons qui ont mené à l’organisation de cette soirée. Il vient régulièrement chiner au marché aux puces et a lié une relation d’amitié avec Richard Di-Landro. Quand D-Mood, label indépendant qui travaille souvent avec lui, l’informe de l’appel à projet pour une “Boiler room” à Marseille, ça fait tilt dans sa tête.

“J’ai proposé trois lieux, une villa sur la Corniche, un atelier d’artistes dans le 15e et le marché aux puces. Boiler a accroché sur les puces, raconte le jeune homme. Ensuite, Richard a fait les démarches et s’est arrangé avec le propriétaire qui n’était pas très chaud au départ. Il a expliqué que c’était des pros, que ça mettait en avant Marseille et le marché. Ensuite, on a bossé avec les contraintes techniques du lieu et voilà le résultat !”. Les organisateurs tablaient sur la venue de 300 personnes. Quelques 500 y auraient participé selon eux.

Blogueurs, influenceurs et milieu aisé

“Le but n’était pas de faire de l’argent mais de semer pour récolter plus tard, estime Richard Di-Landro. Quand on a enclenché Boiler on n’avait pas l’autorisation mais même si ça a été compliqué au début avec Coudert [André Coudert est le propriétaire du marché, ndlr] il est intelligent et il a vite compris l’utilité pour la visibilité du lieu.” En commerçant aguerri et fêtard inconditionnel, l’antiquaire a tout de suite vu les avantages d’un tel événement.

“Il y a des influenceurs, des blogueurs… Ce ne sont pas forcément des acheteurs compulsifs mais c’est un milieu aisé, qui diffuse beaucoup et dont les parents sont plutôt riches.” Des arguments qui ont semble-t-il convaincu André Coudert. Si celui-ci était injoignable dans les temps impartis pour la publication de cet article, Catherine Coudert, sa femme, qui détient une galerie d’art au rez-de-chaussée de la halle des antiquaires, ne manque pas d’éloges pour cette soirée.

“Je n’ai eu que des bons retours, tout le monde m’a dit que c’était exceptionnel, que l’organisation était très bien et même, qu’on se serait cru à Berlin, se réjouit-elle. J’aime beaucoup la halle des antiquaires et j’aimerais que cela devienne un lieu événementiel. Je peux prêter mes locaux et l’été, on peut aussi faire des choses dehors.” Pour amener une nouvelle population au marché, différente de celle, plus pauvre, qui vient ici pour acheter nourriture et objets en tout genre à des prix défiants toute concurrence ? Elle poursuit : “À Marseille il y a ce côté où tous les gens ne viennent pas aux puces alors qu’à Berlin, New York, Paris il existe des lieux atypiques qui sont plus largement investis. Il faut un coup de fouet, le marché va changer de visage et j’espère que cela peut être une amorce à un lieu qui fait plaisir aux jeunes et leur ressemble, comme les fresques sur le hangar. Je crois en la musique qui mélange.”

“On était deux!”

La mixité sociale est l’un des objectifs affichés par Euroméditerranée, l’établissement public d’aménagement dont la 2e phase englobe le marché aux puces. Si le terrain reste privé, des négociations sont en cours entre André Coudert et Euroméditerranée pour rénover le lieu. Pour le moment, ces négociations restent secrètes et ceux qui vivent cet endroit au quotidien n’ont aucune idée de leur avenir ici. Du côté de la halle alimentaire, peu de commerçants savent s’ils pourront rester mais certains ont entendu parler d’une “montée en gamme” de la clientèle. Ce jeudi soir, ils sont peu nombreux à taper du pied.

Plus précisément, ils sont deux. Atef tient une boulangerie à quelques mètres de là avec son père. Il est l’un des rares qui ne dansent pas face au DJ. Mais ce n’est pas à cause d’un excès de “Moscow mule”, il ne boit pas d’alcool. “Pour la religion et aussi parce que je n’aime pas”. Il est venu avec Karim Habi, président de la jeune association des commerçants du marché. “Moi, je préfère les bars dansant”, tranche ce dernier avant de quitter les lieux vers 22 heures : il doit être de retour pour ouvrir sa boucherie à 6 heures.

Quand il reviendra, les fêtards seront partis et la techno ne résonnera plus que dans leur tête. “Ce genre d’événement, ça fait venir de nouvelles personnes qui ne connaissent pas forcément le marché et qui pourront revenir”, se veut optimiste Karim Habi. Mais le jeune boucher regrette tout de même que l’information n’ait pas plus circulé parmi les commerçant, et plus largement dans le coin : “On était que deux, pourtant il y a plein de jeunes qui travaillent et qui viennent au marché. Du coup on s’est dit qu’on allait aussi organiser un événement, début juin, sur le parking, pour essayer de réunir les gens”. Les clubbeurs qui ont découvert le marché ce jeudi et trouvé le lieu “amazing” feront peut-être à nouveau le déplacement. “Enfin, ceux qui auront des souvenirs du marché”, nuance Karim.

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Ce type d’événement est né à Londres en 2010. Sa recette est bien précise. Audience restreinte, DJ sets pointus, retransmission en direct sur les réseaux sociaux et surtout, lieu atypique dévoilé au dernier moment. Des ingrédients assez simples mais qui confèrent à ces soirées une solide réputation. Los Angeles, New-York, Berlin, Amsterdam font partie du tableau de chasse de ces professionnels de la fête. Une liste à laquelle on peut désormais rajouter Marseille et son marché aux puces.

“Moscow mule” et meubles vintage

Pas la peine de tenter l’incruste. Ici, la tchatche ne fonctionne pas. “Mieux vaut jouer des coudes et des relations”, comme l’écrit Slate dans un article consacré au concept. On rentre effectivement dans une “Boiler Room” sur invitation ou en payant à l’avance pour l’une des quelques places vendues aux alentours de 30 euros. Sinon, on peut toujours regarder la retransmission sur son canapé. Tel est le principe. Si Marsactu n’a pas forcément de contact “clubbing”, le marché aux puces fait partie de ses sujets de prédilection. Et comme les blogueurs en vogue, les journalistes sont souvent les bienvenus dans ce genre d’événement. Nous voilà donc inscrit sur “la liste à Richard”.

Richard Di-Landro est le gérant de la halle des antiquaires. Il est l’un des maillons qui a permis la connexion entre la culture club et le marché. “Je suis un fêtard mais jamais nous n’avions organisé un tel événement ici, aussi pro”, lâche-t-il, le sourire jusqu’aux oreilles entre deux sollicitations de personnes venant le féliciter. À l’étage de la halle des antiquaires, les meubles vintages ont été poussés sur les côtés pour permettre la mise en place d’une piste de danse. Un bar sponsorisé par Eristoff, la célèbre marque de Vodka à tête de loup, a été installé. On y sert des “Moscow mule”, “LE cocktail du moment” à base de vodka et gingembre. Des platines et “plusieurs kilos de son” sont posés au milieu de la halle. En fond, un écran sur lequel sont projetées des images psychédéliques et quelques lasers finissent de camper le décor.

“It’s amazing”

Frange courte, baskets à plateforme et bob sur la tête, l’espace se remplit à mesure que l’heure avance de jeunes au fait des dernières tendances. Ils viennent des quartiers Sud, d’Aix-en-Provence, mais aussi des nouveaux quartiers construits dans le secteur par Euromediterranée, voire même de l’étranger. En témoignent plusieurs conversations en anglais d’où s’envolent régulièrement des “it’s amazing”. La plupart met les pieds ici pour la première fois.

“Énormément de gens sont venus me voir pendant la soirée en me disant « putain c’est ouf cet endroit comment t’as trouvé ça ?! »”, raconte Julien Guillaume du One Again, club techno marseillais. Le jeune homme fait aussi partie des maillons qui ont mené à l’organisation de cette soirée. Il vient régulièrement chiner au marché aux puces et a lié une relation d’amitié avec Richard Di-Landro. Quand D-Mood, label indépendant qui travaille souvent avec lui, l’informe de l’appel à projet pour une “Boiler room” à Marseille, ça fait tilt dans sa tête.

“J’ai proposé trois lieux, une villa sur la Corniche, un atelier d’artistes dans le 15e et le marché aux puces. Boiler a accroché sur les puces, raconte le jeune homme. Ensuite, Richard a fait les démarches et s’est arrangé avec le propriétaire qui n’était pas très chaud au départ. Il a expliqué que c’était des pros, que ça mettait en avant Marseille et le marché. Ensuite, on a bossé avec les contraintes techniques du lieu et voilà le résultat !”. Les organisateurs tablaient sur la venue de 300 personnes. Quelques 500 y auraient participé selon eux.

Blogueurs, influenceurs et milieu aisé

“Le but n’était pas de faire de l’argent mais de semer pour récolter plus tard, estime Richard Di-Landro. Quand on a enclenché Boiler on n’avait pas l’autorisation mais même si ça a été compliqué au début avec Coudert [André Coudert est le propriétaire du marché, ndlr] il est intelligent et il a vite compris l’utilité pour la visibilité du lieu.” En commerçant aguerri et fêtard inconditionnel, l’antiquaire a tout de suite vu les avantages d’un tel événement.

“Il y a des influenceurs, des blogueurs… Ce ne sont pas forcément des acheteurs compulsifs mais c’est un milieu aisé, qui diffuse beaucoup et dont les parents sont plutôt riches.” Des arguments qui ont semble-t-il convaincu André Coudert. Si celui-ci était injoignable dans les temps impartis pour la publication de cet article, Catherine Coudert, sa femme, qui détient une galerie d’art au rez-de-chaussée de la halle des antiquaires, ne manque pas d’éloges pour cette soirée.

“Je n’ai eu que des bons retours, tout le monde m’a dit que c’était exceptionnel, que l’organisation était très bien et même, qu’on se serait cru à Berlin, se réjouit-elle. J’aime beaucoup la halle des antiquaires et j’aimerais que cela devienne un lieu événementiel. Je peux prêter mes locaux et l’été, on peut aussi faire des choses dehors.” Pour amener une nouvelle population au marché, différente de celle, plus pauvre, qui vient ici pour acheter nourriture et objets en tout genre à des prix défiants toute concurrence ? Elle poursuit : “À Marseille il y a ce côté où tous les gens ne viennent pas aux puces alors qu’à Berlin, New York, Paris il existe des lieux atypiques qui sont plus largement investis. Il faut un coup de fouet, le marché va changer de visage et j’espère que cela peut être une amorce à un lieu qui fait plaisir aux jeunes et leur ressemble, comme les fresques sur le hangar. Je crois en la musique qui mélange.”

“On était deux!”

La mixité sociale est l’un des objectifs affichés par Euroméditerranée, l’établissement public d’aménagement dont la 2e phase englobe le marché aux puces. Si le terrain reste privé, des négociations sont en cours entre André Coudert et Euroméditerranée pour rénover le lieu. Pour le moment, ces négociations restent secrètes et ceux qui vivent cet endroit au quotidien n’ont aucune idée de leur avenir ici. Du côté de la halle alimentaire, peu de commerçants savent s’ils pourront rester mais certains ont entendu parler d’une “montée en gamme” de la clientèle. Ce jeudi soir, ils sont peu nombreux à taper du pied.

Plus précisément, ils sont deux. Atef tient une boulangerie à quelques mètres de là avec son père. Il est l’un des rares qui ne dansent pas face au DJ. Mais ce n’est pas à cause d’un excès de “Moscow mule”, il ne boit pas d’alcool. “Pour la religion et aussi parce que je n’aime pas”. Il est venu avec Karim Habi, président de la jeune association des commerçants du marché. “Moi, je préfère les bars dansant”, tranche ce dernier avant de quitter les lieux vers 22 heures : il doit être de retour pour ouvrir sa boucherie à 6 heures.

Quand il reviendra, les fêtards seront partis et la techno ne résonnera plus que dans leur tête. “Ce genre d’événement, ça fait venir de nouvelles personnes qui ne connaissent pas forcément le marché et qui pourront revenir”, se veut optimiste Karim Habi. Mais le jeune boucher regrette tout de même que l’information n’ait pas plus circulé parmi les commerçant, et plus largement dans le coin : “On était que deux, pourtant il y a plein de jeunes qui travaillent et qui viennent au marché. Du coup on s’est dit qu’on allait aussi organiser un événement, début juin, sur le parking, pour essayer de réunir les gens”. Les clubbeurs qui ont découvert le marché ce jeudi et trouvé le lieu “amazing” feront peut-être à nouveau le déplacement. “Enfin, ceux qui auront des souvenirs du marché”, nuance Karim.

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Ce type d’événement est né à Londres en 2010. Sa recette est bien précise. Audience restreinte, DJ sets pointus, retransmission en direct sur les réseaux sociaux et surtout, lieu atypique dévoilé au dernier moment. Des ingrédients assez simples mais qui confèrent à ces soirées une solide réputation. Los Angeles, New-York, Berlin, Amsterdam font partie du tableau de chasse de ces professionnels de la fête. Une liste à laquelle on peut désormais rajouter Marseille et son marché aux puces.

“Moscow mule” et meubles vintage

Pas la peine de tenter l’incruste. Ici, la tchatche ne fonctionne pas. “Mieux vaut jouer des coudes et des relations”, comme l’écrit Slate dans un article consacré au concept. On rentre effectivement dans une “Boiler Room” sur invitation ou en payant à l’avance pour l’une des quelques places vendues aux alentours de 30 euros. Sinon, on peut toujours regarder la retransmission sur son canapé. Tel est le principe. Si Marsactu n’a pas forcément de contact “clubbing”, le marché aux puces fait partie de ses sujets de prédilection. Et comme les blogueurs en vogue, les journalistes sont souvent les bienvenus dans ce genre d’événement. Nous voilà donc inscrit sur “la liste à Richard”.

Richard Di-Landro est le gérant de la halle des antiquaires. Il est l’un des maillons qui a permis la connexion entre la culture club et le marché. “Je suis un fêtard mais jamais nous n’avions organisé un tel événement ici, aussi pro”, lâche-t-il, le sourire jusqu’aux oreilles entre deux sollicitations de personnes venant le féliciter. À l’étage de la halle des antiquaires, les meubles vintages ont été poussés sur les côtés pour permettre la mise en place d’une piste de danse. Un bar sponsorisé par Eristoff, la célèbre marque de Vodka à tête de loup, a été installé. On y sert des “Moscow mule”, “LE cocktail du moment” à base de vodka et gingembre. Des platines et “plusieurs kilos de son” sont posés au milieu de la halle. En fond, un écran sur lequel sont projetées des images psychédéliques et quelques lasers finissent de camper le décor.

“It’s amazing”

Frange courte, baskets à plateforme et bob sur la tête, l’espace se remplit à mesure que l’heure avance de jeunes au fait des dernières tendances. Ils viennent des quartiers Sud, d’Aix-en-Provence, mais aussi des nouveaux quartiers construits dans le secteur par Euromediterranée, voire même de l’étranger. En témoignent plusieurs conversations en anglais d’où s’envolent régulièrement des “it’s amazing”. La plupart met les pieds ici pour la première fois.

“Énormément de gens sont venus me voir pendant la soirée en me disant « putain c’est ouf cet endroit comment t’as trouvé ça ?! »”, raconte Julien Guillaume du One Again, club techno marseillais. Le jeune homme fait aussi partie des maillons qui ont mené à l’organisation de cette soirée. Il vient régulièrement chiner au marché aux puces et a lié une relation d’amitié avec Richard Di-Landro. Quand D-Mood, label indépendant qui travaille souvent avec lui, l’informe de l’appel à projet pour une “Boiler room” à Marseille, ça fait tilt dans sa tête.

“J’ai proposé trois lieux, une villa sur la Corniche, un atelier d’artistes dans le 15e et le marché aux puces. Boiler a accroché sur les puces, raconte le jeune homme. Ensuite, Richard a fait les démarches et s’est arrangé avec le propriétaire qui n’était pas très chaud au départ. Il a expliqué que c’était des pros, que ça mettait en avant Marseille et le marché. Ensuite, on a bossé avec les contraintes techniques du lieu et voilà le résultat !”. Les organisateurs tablaient sur la venue de 300 personnes. Quelques 500 y auraient participé selon eux.

Blogueurs, influenceurs et milieu aisé

“Le but n’était pas de faire de l’argent mais de semer pour récolter plus tard, estime Richard Di-Landro. Quand on a enclenché Boiler on n’avait pas l’autorisation mais même si ça a été compliqué au début avec Coudert [André Coudert est le propriétaire du marché, ndlr] il est intelligent et il a vite compris l’utilité pour la visibilité du lieu.” En commerçant aguerri et fêtard inconditionnel, l’antiquaire a tout de suite vu les avantages d’un tel événement.

“Il y a des influenceurs, des blogueurs… Ce ne sont pas forcément des acheteurs compulsifs mais c’est un milieu aisé, qui diffuse beaucoup et dont les parents sont plutôt riches.” Des arguments qui ont semble-t-il convaincu André Coudert. Si celui-ci était injoignable dans les temps impartis pour la publication de cet article, Catherine Coudert, sa femme, qui détient une galerie d’art au rez-de-chaussée de la halle des antiquaires, ne manque pas d’éloges pour cette soirée.

“Je n’ai eu que des bons retours, tout le monde m’a dit que c’était exceptionnel, que l’organisation était très bien et même, qu’on se serait cru à Berlin, se réjouit-elle. J’aime beaucoup la halle des antiquaires et j’aimerais que cela devienne un lieu événementiel. Je peux prêter mes locaux et l’été, on peut aussi faire des choses dehors.” Pour amener une nouvelle population au marché, différente de celle, plus pauvre, qui vient ici pour acheter nourriture et objets en tout genre à des prix défiants toute concurrence ? Elle poursuit : “À Marseille il y a ce côté où tous les gens ne viennent pas aux puces alors qu’à Berlin, New York, Paris il existe des lieux atypiques qui sont plus largement investis. Il faut un coup de fouet, le marché va changer de visage et j’espère que cela peut être une amorce à un lieu qui fait plaisir aux jeunes et leur ressemble, comme les fresques sur le hangar. Je crois en la musique qui mélange.”

“On était deux!”

La mixité sociale est l’un des objectifs affichés par Euroméditerranée, l’établissement public d’aménagement dont la 2e phase englobe le marché aux puces. Si le terrain reste privé, des négociations sont en cours entre André Coudert et Euroméditerranée pour rénover le lieu. Pour le moment, ces négociations restent secrètes et ceux qui vivent cet endroit au quotidien n’ont aucune idée de leur avenir ici. Du côté de la halle alimentaire, peu de commerçants savent s’ils pourront rester mais certains ont entendu parler d’une “montée en gamme” de la clientèle. Ce jeudi soir, ils sont peu nombreux à taper du pied.

Plus précisément, ils sont deux. Atef tient une boulangerie à quelques mètres de là avec son père. Il est l’un des rares qui ne dansent pas face au DJ. Mais ce n’est pas à cause d’un excès de “Moscow mule”, il ne boit pas d’alcool. “Pour la religion et aussi parce que je n’aime pas”. Il est venu avec Karim Habi, président de la jeune association des commerçants du marché. “Moi, je préfère les bars dansant”, tranche ce dernier avant de quitter les lieux vers 22 heures : il doit être de retour pour ouvrir sa boucherie à 6 heures.

Quand il reviendra, les fêtards seront partis et la techno ne résonnera plus que dans leur tête. “Ce genre d’événement, ça fait venir de nouvelles personnes qui ne connaissent pas forcément le marché et qui pourront revenir”, se veut optimiste Karim Habi. Mais le jeune boucher regrette tout de même que l’information n’ait pas plus circulé parmi les commerçant, et plus largement dans le coin : “On était que deux, pourtant il y a plein de jeunes qui travaillent et qui viennent au marché. Du coup on s’est dit qu’on allait aussi organiser un événement, début juin, sur le parking, pour essayer de réunir les gens”. Les clubbeurs qui ont découvert le marché ce jeudi et trouvé le lieu “amazing” feront peut-être à nouveau le déplacement. “Enfin, ceux qui auront des souvenirs du marché”, nuance Karim.

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Ce type d’événement est né à Londres en 2010. Sa recette est bien précise. Audience restreinte, DJ sets pointus, retransmission en direct sur les réseaux sociaux et surtout, lieu atypique dévoilé au dernier moment. Des ingrédients assez simples mais qui confèrent à ces soirées une solide réputation. Los Angeles, New-York, Berlin, Amsterdam font partie du tableau de chasse de ces professionnels de la fête. Une liste à laquelle on peut désormais rajouter Marseille et son marché aux puces.

“Moscow mule” et meubles vintage

Pas la peine de tenter l’incruste. Ici, la tchatche ne fonctionne pas. “Mieux vaut jouer des coudes et des relations”, comme l’écrit Slate dans un article consacré au concept. On rentre effectivement dans une “Boiler Room” sur invitation ou en payant à l’avance pour l’une des quelques places vendues aux alentours de 30 euros. Sinon, on peut toujours regarder la retransmission sur son canapé. Tel est le principe. Si Marsactu n’a pas forcément de contact “clubbing”, le marché aux puces fait partie de ses sujets de prédilection. Et comme les blogueurs en vogue, les journalistes sont souvent les bienvenus dans ce genre d’événement. Nous voilà donc inscrit sur “la liste à Richard”.

Richard Di-Landro est le gérant de la halle des antiquaires. Il est l’un des maillons qui a permis la connexion entre la culture club et le marché. “Je suis un fêtard mais jamais nous n’avions organisé un tel événement ici, aussi pro”, lâche-t-il, le sourire jusqu’aux oreilles entre deux sollicitations de personnes venant le féliciter. À l’étage de la halle des antiquaires, les meubles vintages ont été poussés sur les côtés pour permettre la mise en place d’une piste de danse. Un bar sponsorisé par Eristoff, la célèbre marque de Vodka à tête de loup, a été installé. On y sert des “Moscow mule”, “LE cocktail du moment” à base de vodka et gingembre. Des platines et “plusieurs kilos de son” sont posés au milieu de la halle. En fond, un écran sur lequel sont projetées des images psychédéliques et quelques lasers finissent de camper le décor.

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Frange courte, baskets à plateforme et bob sur la tête, l’espace se remplit à mesure que l’heure avance de jeunes au fait des dernières tendances. Ils viennent des quartiers Sud, d’Aix-en-Provence, mais aussi des nouveaux quartiers construits dans le secteur par Euromediterranée, voire même de l’étranger. En témoignent plusieurs conversations en anglais d’où s’envolent régulièrement des “it’s amazing”. La plupart met les pieds ici pour la première fois.

“Énormément de gens sont venus me voir pendant la soirée en me disant « putain c’est ouf cet endroit comment t’as trouvé ça ?! »”, raconte Julien Guillaume du One Again, club techno marseillais. Le jeune homme fait aussi partie des maillons qui ont mené à l’organisation de cette soirée. Il vient régulièrement chiner au marché aux puces et a lié une relation d’amitié avec Richard Di-Landro. Quand D-Mood, label indépendant qui travaille souvent avec lui, l’informe de l’appel à projet pour une “Boiler room” à Marseille, ça fait tilt dans sa tête.

“J’ai proposé trois lieux, une villa sur la Corniche, un atelier d’artistes dans le 15e et le marché aux puces. Boiler a accroché sur les puces, raconte le jeune homme. Ensuite, Richard a fait les démarches et s’est arrangé avec le propriétaire qui n’était pas très chaud au départ. Il a expliqué que c’était des pros, que ça mettait en avant Marseille et le marché. Ensuite, on a bossé avec les contraintes techniques du lieu et voilà le résultat !”. Les organisateurs tablaient sur la venue de 300 personnes. Quelques 500 y auraient participé selon eux.

Blogueurs, influenceurs et milieu aisé

“Le but n’était pas de faire de l’argent mais de semer pour récolter plus tard, estime Richard Di-Landro. Quand on a enclenché Boiler on n’avait pas l’autorisation mais même si ça a été compliqué au début avec Coudert [André Coudert est le propriétaire du marché, ndlr] il est intelligent et il a vite compris l’utilité pour la visibilité du lieu.” En commerçant aguerri et fêtard inconditionnel, l’antiquaire a tout de suite vu les avantages d’un tel événement.

“Il y a des influenceurs, des blogueurs… Ce ne sont pas forcément des acheteurs compulsifs mais c’est un milieu aisé, qui diffuse beaucoup et dont les parents sont plutôt riches.” Des arguments qui ont semble-t-il convaincu André Coudert. Si celui-ci était injoignable dans les temps impartis pour la publication de cet article, Catherine Coudert, sa femme, qui détient une galerie d’art au rez-de-chaussée de la halle des antiquaires, ne manque pas d’éloges pour cette soirée.

“Je n’ai eu que des bons retours, tout le monde m’a dit que c’était exceptionnel, que l’organisation était très bien et même, qu’on se serait cru à Berlin, se réjouit-elle. J’aime beaucoup la halle des antiquaires et j’aimerais que cela devienne un lieu événementiel. Je peux prêter mes locaux et l’été, on peut aussi faire des choses dehors.” Pour amener une nouvelle population au marché, différente de celle, plus pauvre, qui vient ici pour acheter nourriture et objets en tout genre à des prix défiants toute concurrence ? Elle poursuit : “À Marseille il y a ce côté où tous les gens ne viennent pas aux puces alors qu’à Berlin, New York, Paris il existe des lieux atypiques qui sont plus largement investis. Il faut un coup de fouet, le marché va changer de visage et j’espère que cela peut être une amorce à un lieu qui fait plaisir aux jeunes et leur ressemble, comme les fresques sur le hangar. Je crois en la musique qui mélange.”

“On était deux!”

La mixité sociale est l’un des objectifs affichés par Euroméditerranée, l’établissement public d’aménagement dont la 2e phase englobe le marché aux puces. Si le terrain reste privé, des négociations sont en cours entre André Coudert et Euroméditerranée pour rénover le lieu. Pour le moment, ces négociations restent secrètes et ceux qui vivent cet endroit au quotidien n’ont aucune idée de leur avenir ici. Du côté de la halle alimentaire, peu de commerçants savent s’ils pourront rester mais certains ont entendu parler d’une “montée en gamme” de la clientèle. Ce jeudi soir, ils sont peu nombreux à taper du pied.

Plus précisément, ils sont deux. Atef tient une boulangerie à quelques mètres de là avec son père. Il est l’un des rares qui ne dansent pas face au DJ. Mais ce n’est pas à cause d’un excès de “Moscow mule”, il ne boit pas d’alcool. “Pour la religion et aussi parce que je n’aime pas”. Il est venu avec Karim Habi, président de la jeune association des commerçants du marché. “Moi, je préfère les bars dansant”, tranche ce dernier avant de quitter les lieux vers 22 heures : il doit être de retour pour ouvrir sa boucherie à 6 heures.

Quand il reviendra, les fêtards seront partis et la techno ne résonnera plus que dans leur tête. “Ce genre d’événement, ça fait venir de nouvelles personnes qui ne connaissent pas forcément le marché et qui pourront revenir”, se veut optimiste Karim Habi. Mais le jeune boucher regrette tout de même que l’information n’ait pas plus circulé parmi les commerçant, et plus largement dans le coin : “On était que deux, pourtant il y a plein de jeunes qui travaillent et qui viennent au marché. Du coup on s’est dit qu’on allait aussi organiser un événement, début juin, sur le parking, pour essayer de réunir les gens”. Les clubbeurs qui ont découvert le marché ce jeudi et trouvé le lieu “amazing” feront peut-être à nouveau le déplacement. “Enfin, ceux qui auront des souvenirs du marché”, nuance Karim.

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Les basses résonnent sur la rue de Lyon. Il est 21 heures passées et le parking du marché aux puces, habituellement vide à cette heure-ci, se remplit. Pas besoin d’être un fin limier pour déterminer le point chaud si l’on passe par là. Il suffit de tendre l’oreille. Mais si l’on n’est pas un habitué du quartier, mieux vaut être adepte de musique électronique pour savoir que, ce jeudi soir, se tient une soirée “Boiler room” dans la halle des antiquaires du marché aux puces.

Ce type d’événement est né à Londres en 2010. Sa recette est bien précise. Audience restreinte, DJ sets pointus, retransmission en direct sur les réseaux sociaux et surtout, lieu atypique dévoilé au dernier moment. Des ingrédients assez simples mais qui confèrent à ces soirées une solide réputation. Los Angeles, New-York, Berlin, Amsterdam font partie du tableau de chasse de ces professionnels de la fête. Une liste à laquelle on peut désormais rajouter Marseille et son marché aux puces.

“Moscow mule” et meubles vintage

Pas la peine de tenter l’incruste. Ici, la tchatche ne fonctionne pas. “Mieux vaut jouer des coudes et des relations”, comme l’écrit Slate dans un article consacré au concept. On rentre effectivement dans une “Boiler Room” sur invitation ou en payant à l’avance pour l’une des quelques places vendues aux alentours de 30 euros. Sinon, on peut toujours regarder la retransmission sur son canapé. Tel est le principe. Si Marsactu n’a pas forcément de contact “clubbing”, le marché aux puces fait partie de ses sujets de prédilection. Et comme les blogueurs en vogue, les journalistes sont souvent les bienvenus dans ce genre d’événement. Nous voilà donc inscrit sur “la liste à Richard”.

Richard Di-Landro est le gérant de la halle des antiquaires. Il est l’un des maillons qui a permis la connexion entre la culture club et le marché. “Je suis un fêtard mais jamais nous n’avions organisé un tel événement ici, aussi pro”, lâche-t-il, le sourire jusqu’aux oreilles entre deux sollicitations de personnes venant le féliciter. À l’étage de la halle des antiquaires, les meubles vintages ont été poussés sur les côtés pour permettre la mise en place d’une piste de danse. Un bar sponsorisé par Eristoff, la célèbre marque de Vodka à tête de loup, a été installé. On y sert des “Moscow mule”, “LE cocktail du moment” à base de vodka et gingembre. Des platines et “plusieurs kilos de son” sont posés au milieu de la halle. En fond, un écran sur lequel sont projetées des images psychédéliques et quelques lasers finissent de camper le décor.

“It’s amazing”

Frange courte, baskets à plateforme et bob sur la tête, l’espace se remplit à mesure que l’heure avance de jeunes au fait des dernières tendances. Ils viennent des quartiers Sud, d’Aix-en-Provence, mais aussi des nouveaux quartiers construits dans le secteur par Euromediterranée, voire même de l’étranger. En témoignent plusieurs conversations en anglais d’où s’envolent régulièrement des “it’s amazing”. La plupart met les pieds ici pour la première fois.

“Énormément de gens sont venus me voir pendant la soirée en me disant « putain c’est ouf cet endroit comment t’as trouvé ça ?! »”, raconte Julien Guillaume du One Again, club techno marseillais. Le jeune homme fait aussi partie des maillons qui ont mené à l’organisation de cette soirée. Il vient régulièrement chiner au marché aux puces et a lié une relation d’amitié avec Richard Di-Landro. Quand D-Mood, label indépendant qui travaille souvent avec lui, l’informe de l’appel à projet pour une “Boiler room” à Marseille, ça fait tilt dans sa tête.

“J’ai proposé trois lieux, une villa sur la Corniche, un atelier d’artistes dans le 15e et le marché aux puces. Boiler a accroché sur les puces, raconte le jeune homme. Ensuite, Richard a fait les démarches et s’est arrangé avec le propriétaire qui n’était pas très chaud au départ. Il a expliqué que c’était des pros, que ça mettait en avant Marseille et le marché. Ensuite, on a bossé avec les contraintes techniques du lieu et voilà le résultat !”. Les organisateurs tablaient sur la venue de 300 personnes. Quelques 500 y auraient participé selon eux.

Blogueurs, influenceurs et milieu aisé

“Le but n’était pas de faire de l’argent mais de semer pour récolter plus tard, estime Richard Di-Landro. Quand on a enclenché Boiler on n’avait pas l’autorisation mais même si ça a été compliqué au début avec Coudert [André Coudert est le propriétaire du marché, ndlr] il est intelligent et il a vite compris l’utilité pour la visibilité du lieu.” En commerçant aguerri et fêtard inconditionnel, l’antiquaire a tout de suite vu les avantages d’un tel événement.

“Il y a des influenceurs, des blogueurs… Ce ne sont pas forcément des acheteurs compulsifs mais c’est un milieu aisé, qui diffuse beaucoup et dont les parents sont plutôt riches.” Des arguments qui ont semble-t-il convaincu André Coudert. Si celui-ci était injoignable dans les temps impartis pour la publication de cet article, Catherine Coudert, sa femme, qui détient une galerie d’art au rez-de-chaussée de la halle des antiquaires, ne manque pas d’éloges pour cette soirée.

“Je n’ai eu que des bons retours, tout le monde m’a dit que c’était exceptionnel, que l’organisation était très bien et même, qu’on se serait cru à Berlin, se réjouit-elle. J’aime beaucoup la halle des antiquaires et j’aimerais que cela devienne un lieu événementiel. Je peux prêter mes locaux et l’été, on peut aussi faire des choses dehors.” Pour amener une nouvelle population au marché, différente de celle, plus pauvre, qui vient ici pour acheter nourriture et objets en tout genre à des prix défiants toute concurrence ? Elle poursuit : “À Marseille il y a ce côté où tous les gens ne viennent pas aux puces alors qu’à Berlin, New York, Paris il existe des lieux atypiques qui sont plus largement investis. Il faut un coup de fouet, le marché va changer de visage et j’espère que cela peut être une amorce à un lieu qui fait plaisir aux jeunes et leur ressemble, comme les fresques sur le hangar. Je crois en la musique qui mélange.”

“On était deux!”

La mixité sociale est l’un des objectifs affichés par Euroméditerranée, l’établissement public d’aménagement dont la 2e phase englobe le marché aux puces. Si le terrain reste privé, des négociations sont en cours entre André Coudert et Euroméditerranée pour rénover le lieu. Pour le moment, ces négociations restent secrètes et ceux qui vivent cet endroit au quotidien n’ont aucune idée de leur avenir ici. Du côté de la halle alimentaire, peu de commerçants savent s’ils pourront rester mais certains ont entendu parler d’une “montée en gamme” de la clientèle. Ce jeudi soir, ils sont peu nombreux à taper du pied.

Plus précisément, ils sont deux. Atef tient une boulangerie à quelques mètres de là avec son père. Il est l’un des rares qui ne dansent pas face au DJ. Mais ce n’est pas à cause d’un excès de “Moscow mule”, il ne boit pas d’alcool. “Pour la religion et aussi parce que je n’aime pas”. Il est venu avec Karim Habi, président de la jeune association des commerçants du marché. “Moi, je préfère les bars dansant”, tranche ce dernier avant de quitter les lieux vers 22 heures : il doit être de retour pour ouvrir sa boucherie à 6 heures.

Quand il reviendra, les fêtards seront partis et la techno ne résonnera plus que dans leur tête. “Ce genre d’événement, ça fait venir de nouvelles personnes qui ne connaissent pas forcément le marché et qui pourront revenir”, se veut optimiste Karim Habi. Mais le jeune boucher regrette tout de même que l’information n’ait pas plus circulé parmi les commerçant, et plus largement dans le coin : “On était que deux, pourtant il y a plein de jeunes qui travaillent et qui viennent au marché. Du coup on s’est dit qu’on allait aussi organiser un événement, début juin, sur le parking, pour essayer de réunir les gens”. Les clubbeurs qui ont découvert le marché ce jeudi et trouvé le lieu “amazing” feront peut-être à nouveau le déplacement. “Enfin, ceux qui auront des souvenirs du marché”, nuance Karim.

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Les basses résonnent sur la rue de Lyon. Il est 21 heures passées et le parking du marché aux puces, habituellement vide à cette heure-ci, se remplit. Pas besoin d’être un fin limier pour déterminer le point chaud si l’on passe par là. Il suffit de tendre l’oreille. Mais si l’on n’est pas un habitué du quartier, mieux vaut être adepte de musique électronique pour savoir que, ce jeudi soir, se tient une soirée “Boiler room” dans la halle des antiquaires du marché aux puces.

Ce type d’événement est né à Londres en 2010. Sa recette est bien précise. Audience restreinte, DJ sets pointus, retransmission en direct sur les réseaux sociaux et surtout, lieu atypique dévoilé au dernier moment. Des ingrédients assez simples mais qui confèrent à ces soirées une solide réputation. Los Angeles, New-York, Berlin, Amsterdam font partie du tableau de chasse de ces professionnels de la fête. Une liste à laquelle on peut désormais rajouter Marseille et son marché aux puces.

“Moscow mule” et meubles vintage

Pas la peine de tenter l’incruste. Ici, la tchatche ne fonctionne pas. “Mieux vaut jouer des coudes et des relations”, comme l’écrit Slate dans un article consacré au concept. On rentre effectivement dans une “Boiler Room” sur invitation ou en payant à l’avance pour l’une des quelques places vendues aux alentours de 30 euros. Sinon, on peut toujours regarder la retransmission sur son canapé. Tel est le principe. Si Marsactu n’a pas forcément de contact “clubbing”, le marché aux puces fait partie de ses sujets de prédilection. Et comme les blogueurs en vogue, les journalistes sont souvent les bienvenus dans ce genre d’événement. Nous voilà donc inscrit sur “la liste à Richard”.

Richard Di-Landro est le gérant de la halle des antiquaires. Il est l’un des maillons qui a permis la connexion entre la culture club et le marché. “Je suis un fêtard mais jamais nous n’avions organisé un tel événement ici, aussi pro”, lâche-t-il, le sourire jusqu’aux oreilles entre deux sollicitations de personnes venant le féliciter. À l’étage de la halle des antiquaires, les meubles vintages ont été poussés sur les côtés pour permettre la mise en place d’une piste de danse. Un bar sponsorisé par Eristoff, la célèbre marque de Vodka à tête de loup, a été installé. On y sert des “Moscow mule”, “LE cocktail du moment” à base de vodka et gingembre. Des platines et “plusieurs kilos de son” sont posés au milieu de la halle. En fond, un écran sur lequel sont projetées des images psychédéliques et quelques lasers finissent de camper le décor.

“It’s amazing”

Frange courte, baskets à plateforme et bob sur la tête, l’espace se remplit à mesure que l’heure avance de jeunes au fait des dernières tendances. Ils viennent des quartiers Sud, d’Aix-en-Provence, mais aussi des nouveaux quartiers construits dans le secteur par Euromediterranée, voire même de l’étranger. En témoignent plusieurs conversations en anglais d’où s’envolent régulièrement des “it’s amazing”. La plupart met les pieds ici pour la première fois.

“Énormément de gens sont venus me voir pendant la soirée en me disant « putain c’est ouf cet endroit comment t’as trouvé ça ?! »”, raconte Julien Guillaume du One Again, club techno marseillais. Le jeune homme fait aussi partie des maillons qui ont mené à l’organisation de cette soirée. Il vient régulièrement chiner au marché aux puces et a lié une relation d’amitié avec Richard Di-Landro. Quand D-Mood, label indépendant qui travaille souvent avec lui, l’informe de l’appel à projet pour une “Boiler room” à Marseille, ça fait tilt dans sa tête.

“J’ai proposé trois lieux, une villa sur la Corniche, un atelier d’artistes dans le 15e et le marché aux puces. Boiler a accroché sur les puces, raconte le jeune homme. Ensuite, Richard a fait les démarches et s’est arrangé avec le propriétaire qui n’était pas très chaud au départ. Il a expliqué que c’était des pros, que ça mettait en avant Marseille et le marché. Ensuite, on a bossé avec les contraintes techniques du lieu et voilà le résultat !”. Les organisateurs tablaient sur la venue de 300 personnes. Quelques 500 y auraient participé selon eux.

Blogueurs, influenceurs et milieu aisé

“Le but n’était pas de faire de l’argent mais de semer pour récolter plus tard, estime Richard Di-Landro. Quand on a enclenché Boiler on n’avait pas l’autorisation mais même si ça a été compliqué au début avec Coudert [André Coudert est le propriétaire du marché, ndlr] il est intelligent et il a vite compris l’utilité pour la visibilité du lieu.” En commerçant aguerri et fêtard inconditionnel, l’antiquaire a tout de suite vu les avantages d’un tel événement.

“Il y a des influenceurs, des blogueurs… Ce ne sont pas forcément des acheteurs compulsifs mais c’est un milieu aisé, qui diffuse beaucoup et dont les parents sont plutôt riches.” Des arguments qui ont semble-t-il convaincu André Coudert. Si celui-ci était injoignable dans les temps impartis pour la publication de cet article, Catherine Coudert, sa femme, qui détient une galerie d’art au rez-de-chaussée de la halle des antiquaires, ne manque pas d’éloges pour cette soirée.

“Je n’ai eu que des bons retours, tout le monde m’a dit que c’était exceptionnel, que l’organisation était très bien et même, qu’on se serait cru à Berlin, se réjouit-elle. J’aime beaucoup la halle des antiquaires et j’aimerais que cela devienne un lieu événementiel. Je peux prêter mes locaux et l’été, on peut aussi faire des choses dehors.” Pour amener une nouvelle population au marché, différente de celle, plus pauvre, qui vient ici pour acheter nourriture et objets en tout genre à des prix défiants toute concurrence ? Elle poursuit : “À Marseille il y a ce côté où tous les gens ne viennent pas aux puces alors qu’à Berlin, New York, Paris il existe des lieux atypiques qui sont plus largement investis. Il faut un coup de fouet, le marché va changer de visage et j’espère que cela peut être une amorce à un lieu qui fait plaisir aux jeunes et leur ressemble, comme les fresques sur le hangar. Je crois en la musique qui mélange.”

“On était deux!”

La mixité sociale est l’un des objectifs affichés par Euroméditerranée, l’établissement public d’aménagement dont la 2e phase englobe le marché aux puces. Si le terrain reste privé, des négociations sont en cours entre André Coudert et Euroméditerranée pour rénover le lieu. Pour le moment, ces négociations restent secrètes et ceux qui vivent cet endroit au quotidien n’ont aucune idée de leur avenir ici. Du côté de la halle alimentaire, peu de commerçants savent s’ils pourront rester mais certains ont entendu parler d’une “montée en gamme” de la clientèle. Ce jeudi soir, ils sont peu nombreux à taper du pied.

Plus précisément, ils sont deux. Atef tient une boulangerie à quelques mètres de là avec son père. Il est l’un des rares qui ne dansent pas face au DJ. Mais ce n’est pas à cause d’un excès de “Moscow mule”, il ne boit pas d’alcool. “Pour la religion et aussi parce que je n’aime pas”. Il est venu avec Karim Habi, président de la jeune association des commerçants du marché. “Moi, je préfère les bars dansant”, tranche ce dernier avant de quitter les lieux vers 22 heures : il doit être de retour pour ouvrir sa boucherie à 6 heures.

Quand il reviendra, les fêtards seront partis et la techno ne résonnera plus que dans leur tête. “Ce genre d’événement, ça fait venir de nouvelles personnes qui ne connaissent pas forcément le marché et qui pourront revenir”, se veut optimiste Karim Habi. Mais le jeune boucher regrette tout de même que l’information n’ait pas plus circulé parmi les commerçant, et plus largement dans le coin : “On était que deux, pourtant il y a plein de jeunes qui travaillent et qui viennent au marché. Du coup on s’est dit qu’on allait aussi organiser un événement, début juin, sur le parking, pour essayer de réunir les gens”. Les clubbeurs qui ont découvert le marché ce jeudi et trouvé le lieu “amazing” feront peut-être à nouveau le déplacement. “Enfin, ceux qui auront des souvenirs du marché”, nuance Karim.

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Ce type d’événement est né à Londres en 2010. Sa recette est bien précise. Audience restreinte, DJ sets pointus, retransmission en direct sur les réseaux sociaux et surtout, lieu atypique dévoilé au dernier moment. Des ingrédients assez simples mais qui confèrent à ces soirées une solide réputation. Los Angeles, New-York, Berlin, Amsterdam font partie du tableau de chasse de ces professionnels de la fête. Une liste à laquelle on peut désormais rajouter Marseille et son marché aux puces.

“Moscow mule” et meubles vintage

Pas la peine de tenter l’incruste. Ici, la tchatche ne fonctionne pas. “Mieux vaut jouer des coudes et des relations”, comme l’écrit Slate dans un article consacré au concept. On rentre effectivement dans une “Boiler Room” sur invitation ou en payant à l’avance pour l’une des quelques places vendues aux alentours de 30 euros. Sinon, on peut toujours regarder la retransmission sur son canapé. Tel est le principe. Si Marsactu n’a pas forcément de contact “clubbing”, le marché aux puces fait partie de ses sujets de prédilection. Et comme les blogueurs en vogue, les journalistes sont souvent les bienvenus dans ce genre d’événement. Nous voilà donc inscrit sur “la liste à Richard”.

Richard Di-Landro est le gérant de la halle des antiquaires. Il est l’un des maillons qui a permis la connexion entre la culture club et le marché. “Je suis un fêtard mais jamais nous n’avions organisé un tel événement ici, aussi pro”, lâche-t-il, le sourire jusqu’aux oreilles entre deux sollicitations de personnes venant le féliciter. À l’étage de la halle des antiquaires, les meubles vintages ont été poussés sur les côtés pour permettre la mise en place d’une piste de danse. Un bar sponsorisé par Eristoff, la célèbre marque de Vodka à tête de loup, a été installé. On y sert des “Moscow mule”, “LE cocktail du moment” à base de vodka et gingembre. Des platines et “plusieurs kilos de son” sont posés au milieu de la halle. En fond, un écran sur lequel sont projetées des images psychédéliques et quelques lasers finissent de camper le décor.

“It’s amazing”

Frange courte, baskets à plateforme et bob sur la tête, l’espace se remplit à mesure que l’heure avance de jeunes au fait des dernières tendances. Ils viennent des quartiers Sud, d’Aix-en-Provence, mais aussi des nouveaux quartiers construits dans le secteur par Euromediterranée, voire même de l’étranger. En témoignent plusieurs conversations en anglais d’où s’envolent régulièrement des “it’s amazing”. La plupart met les pieds ici pour la première fois.

“Énormément de gens sont venus me voir pendant la soirée en me disant « putain c’est ouf cet endroit comment t’as trouvé ça ?! »”, raconte Julien Guillaume du One Again, club techno marseillais. Le jeune homme fait aussi partie des maillons qui ont mené à l’organisation de cette soirée. Il vient régulièrement chiner au marché aux puces et a lié une relation d’amitié avec Richard Di-Landro. Quand D-Mood, label indépendant qui travaille souvent avec lui, l’informe de l’appel à projet pour une “Boiler room” à Marseille, ça fait tilt dans sa tête.

“J’ai proposé trois lieux, une villa sur la Corniche, un atelier d’artistes dans le 15e et le marché aux puces. Boiler a accroché sur les puces, raconte le jeune homme. Ensuite, Richard a fait les démarches et s’est arrangé avec le propriétaire qui n’était pas très chaud au départ. Il a expliqué que c’était des pros, que ça mettait en avant Marseille et le marché. Ensuite, on a bossé avec les contraintes techniques du lieu et voilà le résultat !”. Les organisateurs tablaient sur la venue de 300 personnes. Quelques 500 y auraient participé selon eux.

Blogueurs, influenceurs et milieu aisé

“Le but n’était pas de faire de l’argent mais de semer pour récolter plus tard, estime Richard Di-Landro. Quand on a enclenché Boiler on n’avait pas l’autorisation mais même si ça a été compliqué au début avec Coudert [André Coudert est le propriétaire du marché, ndlr] il est intelligent et il a vite compris l’utilité pour la visibilité du lieu.” En commerçant aguerri et fêtard inconditionnel, l’antiquaire a tout de suite vu les avantages d’un tel événement.

“Il y a des influenceurs, des blogueurs… Ce ne sont pas forcément des acheteurs compulsifs mais c’est un milieu aisé, qui diffuse beaucoup et dont les parents sont plutôt riches.” Des arguments qui ont semble-t-il convaincu André Coudert. Si celui-ci était injoignable dans les temps impartis pour la publication de cet article, Catherine Coudert, sa femme, qui détient une galerie d’art au rez-de-chaussée de la halle des antiquaires, ne manque pas d’éloges pour cette soirée.

“Je n’ai eu que des bons retours, tout le monde m’a dit que c’était exceptionnel, que l’organisation était très bien et même, qu’on se serait cru à Berlin, se réjouit-elle. J’aime beaucoup la halle des antiquaires et j’aimerais que cela devienne un lieu événementiel. Je peux prêter mes locaux et l’été, on peut aussi faire des choses dehors.” Pour amener une nouvelle population au marché, différente de celle, plus pauvre, qui vient ici pour acheter nourriture et objets en tout genre à des prix défiants toute concurrence ? Elle poursuit : “À Marseille il y a ce côté où tous les gens ne viennent pas aux puces alors qu’à Berlin, New York, Paris il existe des lieux atypiques qui sont plus largement investis. Il faut un coup de fouet, le marché va changer de visage et j’espère que cela peut être une amorce à un lieu qui fait plaisir aux jeunes et leur ressemble, comme les fresques sur le hangar. Je crois en la musique qui mélange.”

“On était deux!”

La mixité sociale est l’un des objectifs affichés par Euroméditerranée, l’établissement public d’aménagement dont la 2e phase englobe le marché aux puces. Si le terrain reste privé, des négociations sont en cours entre André Coudert et Euroméditerranée pour rénover le lieu. Pour le moment, ces négociations restent secrètes et ceux qui vivent cet endroit au quotidien n’ont aucune idée de leur avenir ici. Du côté de la halle alimentaire, peu de commerçants savent s’ils pourront rester mais certains ont entendu parler d’une “montée en gamme” de la clientèle. Ce jeudi soir, ils sont peu nombreux à taper du pied.

Plus précisément, ils sont deux. Atef tient une boulangerie à quelques mètres de là avec son père. Il est l’un des rares qui ne dansent pas face au DJ. Mais ce n’est pas à cause d’un excès de “Moscow mule”, il ne boit pas d’alcool. “Pour la religion et aussi parce que je n’aime pas”. Il est venu avec Karim Habi, président de la jeune association des commerçants du marché. “Moi, je préfère les bars dansant”, tranche ce dernier avant de quitter les lieux vers 22 heures : il doit être de retour pour ouvrir sa boucherie à 6 heures.

Quand il reviendra, les fêtards seront partis et la techno ne résonnera plus que dans leur tête. “Ce genre d’événement, ça fait venir de nouvelles personnes qui ne connaissent pas forcément le marché et qui pourront revenir”, se veut optimiste Karim Habi. Mais le jeune boucher regrette tout de même que l’information n’ait pas plus circulé parmi les commerçant, et plus largement dans le coin : “On était que deux, pourtant il y a plein de jeunes qui travaillent et qui viennent au marché. Du coup on s’est dit qu’on allait aussi organiser un événement, début juin, sur le parking, pour essayer de réunir les gens”. Les clubbeurs qui ont découvert le marché ce jeudi et trouvé le lieu “amazing” feront peut-être à nouveau le déplacement. “Enfin, ceux qui auront des souvenirs du marché”, nuance Karim.

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