Putsch et contre-putsch à l’UDE : lutte fratricide dans le parti de Madrolle et Bennahmias

Enquête
le 12 Sep 2019
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Depuis plusieurs mois se joue au sein de l'UDE une bataille intestine. Le petit mouvement démocrate et écologiste, dont les Marseillais Christophe Madrolle et Jean-Luc Bennahmias sont les figures principales voit se dérouler un psychodrame dans lequel chaque camp s'accuse d'avoir organisé un putsch contre l'autre. Ce dernier annonce sa démission du mouvement.

Jean-Luc Bennahmias et Christophe Madrolle en 2014 (Image Esther Griffe)

Jean-Luc Bennahmias et Christophe Madrolle en 2014 (Image Esther Griffe)

Tempête dans un micro-parti. Alors que la semaine dernière, Christophe Madrolle annonçait son intention de se présenter aux municipales à Marseille, les tensions qui déchirent son parti, l’Union des démocrates et des écologistes (UDE), depuis plusieurs mois ont éclaté au grand jour. L’UDE, mouvement fondé en 2015, a accueilli à certains moments quelques grands noms écologistes (François de Rugy ou les ministres sous François Hollande Emmanuelle Cosse, Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili…).

L’histoire de ce petit mouvement qui n’a jamais accueilli plus que quelques centaines d’adhérents est étroitement liée à Marseille. Deux de ses animateurs forment en effet un couple politique de trublions à Marseille : Christophe Madrolle et Jean-Luc Bennahmias. La brutale scission qui secoue ce mouvement vient aussi briser ce compagnonnage local, puisque le second annonce à Marsactu sa décision de quitter toutes ses fonctions au sein du mouvement.

Il est en effet question d’un « putsch » au sein de l’UDE. Dont chaque camp s’accuse mutuellement, sur fond d’une double divergence politique, locale et nationale. Aux dernières européennes, Christophe Madrolle a soutenu officiellement la liste « Renaissance » autour de La République en marche. Jean-Luc Bennahmias et le reste du mouvement lui préféraient la liste « Urgence écologie » de Dominique Bourg. Pour les municipales, Madrolle veut encore s’allier aux marcheurs et se sert ainsi de son étiquette UDE pour tenter de s’imposer à la tête d’une liste de rassemblement municipal alors que LREM tarde à désigner sa tête de liste. Bennahmias, quant à lui, se rapproche de la démarche d’union de la gauche.

Christophe Madrolle (à gauche) lors du meeting de la liste « Renaissance » aux européenes au Dock des Suds, le 26 avril 2019.

Chaises musicales et procédures judiciaires

Depuis avril 2019, Christophe Madrolle estime être président par intérim du mouvement, entouré d’une équipe renouvelée. Mais pour plusieurs membres du précédent bureau national installé en 2018, dont les deux co-présidents, la Lilloise Marie-Pierre Bresson et le Marseillais Jean-Luc Bennahmias, le titre est usurpé. Et, partant du principe qu’ils sont toujours légitimes, ces derniers ont proclamé l’exclusion de Christophe Madrolle et de trois de ses camarades de l’UDE en juin dernier. À l’inverse, dans le camp de Madrolle, on estime que ce bureau n’a jamais eu de valeur.

De chaque côté, des plaintes ont été déposées. L’équipe de Christophe Madrolle a déposé deux plaintes pour faux et usage de faux, usurpation d’identité et escroquerie. L’autre camp a fait de même, utilisant aussi les qualifications de faux et usage de faux et d’escroquerie.

Un climat délétère qui tranche avec le compagnonnage de plus de 15 ans qui unissait les deux Marseillais du mouvement, Madrolle et Bennahmias, d’abord chez les Verts, puis au sein du Modem et au Front démocrate avant que celui-ci ne s’agrège à d’autres formations pour créer l’UDE. Le binôme a longtemps joué le jeu des alliances, par exemple en fusionnant leurs listes Modem aux municipales 2008 avec celles de Jean-Noël Guérini au second tour (ce dernier échouera de peu contre Jean-Claude Gaudin). La petite formation incarne l’interlocuteur arrangeant, tendance écolo, qui sert donc régulièrement de force d’appoint au PS. Madrolle prenant ainsi en 2015 la tête de la liste des Bouches-du-Rhône pour les régionales. Au sujet de la crise actuelle, Madrolle reconnaît une situation « affectivement compliquée », tandis que Bennahmias lâche simplement : « c’est triste ».

« S’il y a des désaccords, il y a vote, mais on n’organise pas une AG parallèle pour se faire élire », soupire en visant Madrolle Christophe Rossignol, jusqu’ici secrétaire général adjoint de l’UDE, devant une situation qu’il juge « hallucinante ». Jean-Luc Bennahmias, bien que se considérant toujours comme co-président légitime du mouvement, tente de se tenir en dehors de la mêlée. « On ne tranche pas un différend politique devant la justice. Il faut arrêter tout ça et faire comme des grandes personnes : constater qu’il y a des divergences politiques ». Ne souhaitant pas plus rentrer dans les détails de la controverse, l’ancien candidat à la primaire socialiste en 2017 appuie sur la recomposition politique « qui touche tous les partis » pour justifier sa prise de distance avec le mouvement. « Je démissionne de toutes mes fonctions suite à tout ça, c’est pitoyable, je ne joue plus », lâche-t-il à Marsactu.

Questions de statuts

Il n’empêche que la bataille juridique est bel et bien lancée. Christophe Madrolle explique à Marsactu être président par intérim depuis la réunion d’un « bureau » le 18 avril dernier, celle que Christophe Rossignol qualifie « d’AG parallèle ». Et pour cause, plusieurs membres du bureau national assurent n’avoir jamais reçu de convocation pour cette réunion. C’est le cas de François-Michel Lambert, député UDE de la 10e circonscription des Bouches-du-Rhône. « Il se base sur une assemblée générale qui n’a jamais eu lieu où plusieurs membres de l’UDE n’ont pas été convoqués, dont moi », dénonce-t-il. La situation est tout sauf claire, mais chaque camp est sûr de son fait. « En n’étant pas président, il ne pouvait pas convoquer une assemblée générale », souffle de son côté Christophe Rossignol. « On est dans les statuts », rétorque Madrolle, qui insiste sur le caractère intérimaire de sa fonction, qui n’impliquerait pas d’assemblée générale.

Le flou remonte à la démission de Jean-Vincent Placé qui occupait le poste de co-président jusqu’à son arrestation mouvementée en état d’ivresse. Après son départ, le mouvement s’était doté d’une nouvelle co-présidente, comme en témoigne un communiqué daté de mai 2018 que Marsactu a tout de même pu se procurer :

Communiqué de mai 2018 installant un nouveau bureau national.

Problème, les traces numériques de ce communiqué atterrissent désormais sur une page d’erreur sur le site du mouvement. On peut en revanche découvrir sur une autre page une nouvelle équipe où ne figurent plus les noms de Marie-Pierre Bresson, François-Michel Lambert ou encore d’Emmanuelle Cosse, ancienne ministre du logement, remplacés par d’autres noms déjà présents sur le communiqué de 2018, ou des nouveaux, avec à leur tête Christophe Madrolle, présenté comme président – la mention « par intérim » n’étant pas spécifiée.

« Lorsque Jean-Vincent Placé démissionne, il le fait par communiqué AFP et sans autre formalisme, explique l’avocate de Christophe Madrolle, Me Marie-Alix Canu-Bernard. Le parti s’est donc retrouvé sans président, et a été nommé un président intérimaire ». Le bureau annoncé dans le communiqué de 2018 n’aurait donc à ses yeux pas de valeur réelle, et lorsqu’en avril 2019 Christophe Madrolle prend officiellement la présidence par intérim, c’est en réponse à cette vacance, qui court pourtant depuis près d’un an. « Il y a eu un certain temps de réaction, ils n’ont pas compris tout de suite ce qui se passait tellement c’était ubuesque », précise l’avocate au sujet de ses clients, au sujet de la co-présidence de Jean-Luc Bennahmias et Marie-Pierre Bresson qu’elle considère comme le vrai « putsch ».

Bataille pour les outils du parti

Ces derniers dénoncent une prise en main globale des outils du mouvement : compte en banque, site, réseaux sociaux. Ce dont les accuse en retour le camp Madrolle, persuadé qu’ils se les étaient appropriés illégitimement. « La banque ne savait plus à qui appartenait le compte. Nous avons redéposé les pièces à la préfecture, et la banque nous a donné raison. Ils ne sont pas présidents, pas secrétaire général… », déroule Me Marie-Alix Canu-Bernard. La question de la déclaration en préfecture contient aujourd’hui le nœud de l’histoire. En face, l’histoire est bien évidemment racontée dans l’autre sens.

Sur Twitter la situation vire au ridicule : s’y affrontent désormais deux comptes, @UDE_fr et @OfficielUDE, chacun se revendiquant le plus légitime, avec la même charte graphique. L’équipe de Christophe Madrolle gère en effet le compte initial et ses quelque 3000 abonnés, tandis que l’autre, créé en mai 2019, rassemble près de 300 abonnés et indique en présentation : « compte officiel de l’Union des démocrates et des écologistes UDE (dans l’attente de récupérer le compte usurpé) ». Ce qui donne lieu à des échanges saugrenus entre comptes siglés du même logo. La scission a des effets jusque sur la fiche Wikipedia du mouvement, où les contributions contradictoires s’opposent depuis des semaines.

La déclaration de candidature à Marseille, puis la présence de Christophe Madrolle au campus de LREM il y a quelques jours ont fait enrager ses opposants. « On est scandalisés, poursuit Christophe Rossignol. D’autant plus qu’on avait écrit à Stanislas Guérini [le délégué général de La République en marche, ndlr] pour l’alerter sur notre plainte, et on est très surpris de voir qu’ils n’en ont pas tenu compte ». La situation éclate donc au grand jour ces jours-ci alors qu’elle se jouait en coulisses jusqu’ici. « On a essayé longtemps de faire de la médiation, de gérer la situation en bonne intelligence », assure le secrétaire général du parti.

François-Michel Lambert partage son indignation : « D’un côté il y a des pieds nickelés et de l’autre des personnes qui n’ont pas intérêt à écorner leurs statuts, moi-même qui suis député, deux membres du Conseil économique social et environnemental [dont Jean-Luc Bennahmias, ndlr]… On est en train de se faire voler », souffle celui qui s’est éloigné de la majorité présidentielle depuis sa réélection avec le soutien de La République en marche en 2017. « Il faudra 2 ou 3 ans pour régler tout ça », déplore-t-il. Christophe Madrolle assure quant à lui sa confiance pour la suite. « Je suis serein, très serein, la justice va trancher. Ce ne sont que des problèmes de microcosme parisien », glisse-t-il. Ils résonnent pourtant largement à Marseille.

Actualisation à 17h30 le 12/09 : ajout de l’annonce de démission de Jean-Luc Bennahmias.

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Commentaires

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  1. Brallaisse Brallaisse

    L’on peut se demander si cela intéresse quelqu’un ?

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  2. Tarama Tarama

    Les mecs sont deux, et ils arrivent encore à se déchirer.

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  3. Philippe Lamotte Philippe Lamotte

    L’UDE serait-il l’opposé d’IDE… AL? Un homme de parti n’étant qu’une partie d’homme, un homme de micro-parti doit être un micro… be! Où est l’écologie dans tout ce mic-mac?

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  4. Input-Output Input-Output

    Lutte pour le pouvoir aussi pitoyable que ridicule, qui met à jour la véritable personnalité de ces « leaders » : de simples vautours… Pardon pour les vautours, car ces derniers ne se mangent pas entre eux…

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  5. Titi du 1-3 Titi du 1-3

    « Tempête dans un micro-parti » dites vous. Ne serait ce pas plutôt : pétard dans un pot de chambre ?

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  6. Dark Vador Dark Vador

    Le tout se jouant dans une cabine téléphonique… Risible, pitoyable, grotesque…

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