Stéphane Ravier (RN) profite de la cacophonie ambiante pour lancer sa campagne municipale

Actualité
le 20 Sep 2019
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Alors que les autres camps tardent à se mettre d’accord sur un candidat à la mairie de Marseille, Stéphane Ravier et le Rassemblement national avancent. Le sénateur a lancé jeudi sa campagne en s'appuyant sur la théorie d’extrême-droite du "grand remplacement".

Stéphane Ravier lance sa campagne le 19 septembre 2019. (Image JML)

Stéphane Ravier lance sa campagne le 19 septembre 2019. (Image JML)

Il est « candidat depuis cinq ans et demi » et il en est fier. Le soir de son élection à la tête de la mairie des 13e et 14e arrondissements, Stéphane Ravier voyait déjà plus grand. Sans concurrence dans son camp, il a eu tout le temps de se préparer à une nouvelle candidature à la mairie de Marseille. Il donnait son premier meeting de campagne ce jeudi soir au Florida palace, une salle de fêtes et de mariages du 10e arrondissement. « Quand les autres sont encore aux petites négociations d’appareil, ou à quémander une alliance à Emmanuel Macron, nous, nous sommes dans les boxes, prêts à partir », image le sénateur du Rassemblement national lors d’une conférence de presse préalable. « Pour les électeurs qui sont hésitants et qui peuvent être agacés par les bagarres à droite, montrer une image organisée et claire peut nous aider à les convaincre de voter pour nous », veut croire Franck Allisio.

Le trentenaire, conseiller régional issu des rangs de la droite, fera partie des têtes de listes de secteur dévoilées ce jeudi et programmées de longue date pour la candidature. Une bonne part a d’ailleurs déjà candidaté aux législatives 2017. On y trouve d’autres conseillers régionaux (Sophie Grech, Éléonore Bez, Jean-François Luc), des élus municipaux (Bernard Marandat, Jeanne Marti) et une militante « infatigable » – dixit Ravier – Clémence Parodi. Le chef de file partira lui dans les 13e et 14e arrondissements aux côtés de sa nièce et maire de secteur Sandrine d’Angio. Une organisation qui semble trancher avec la situation de 2014 quand deux têtes de liste avaient dû être changées en cours de campagne, alors que plus d’un quart des conseillers municipaux élus en 2014 ont quitté les rangs du parti.

Sécurité et immigration au cœur de la campagne

Sur le fond, la besace des candidats à la flamme est toujours la même et il ne faut pas compter sur Stéphane Ravier pour dévier de la ligne historique du Front national. Ce dernier est longtemps resté plus proche de Jean-Marie Le Pen que de sa fille Marine, qui a appliqué une stratégie de « dédiabolisation ». Il jure donc de mettre « la sécurité au centre de son projet », promettant d’atteindre « rapidement 1000 policiers municipaux » – comme Martine Vassal l’a promis quelques jours avant lui – quand il y en a 450 aujourd’hui ou un « numéro vert » contre les squats pour permettre une intervention immédiate.

Lors de son meeting, il joue sur les événements les plus tragiques des derniers mois. « Nous avons vu le visage tragique de Marie-Belen en une des journaux. Elle aurait pu être ma fille. (…) C’est elle ce soir-là qui a été sauvagement assassinée par Fayçal ». Il souligne que l’agresseur de l’employée municipale de l’école municipale de la Pauline est l’action d’un « déséquilibré », suscitant les sourires entendus d’une assistance prête à rire à la moindre blague.

La question de sécurité est dans son discours naturellement liée à celle de l’immigration « envahissante », « qui doit être stoppée », dans les traditions les plus dures de son parti. « On est chez nous », lui répond alors la salle, sous l’impulsion de son assistant parlementaire. « Je suis assez d’accord », répond depuis l’estrade Stéphane Ravier dont le clip de campagne exalte ce qu’il considère être les traditions marseillaises :

« Être marseillais c’est avoir conscience de ses racines chrétiennes. […] Être  marseillais c’est un art de vivre. […] Être marseillais, c’est être un français de culture provençale.[…] Être marseillais, c’est savoir prendre le temps de vivre. […] Être marseillais, c’est avoir une espérance dans l’avenir. […] Être marseillais, c’est parfois être originaire d’ailleurs en ayant fait l’effort pour adopter les coutumes de la ville. »

La méthode Ravier est huilée : quelques mots de projets, des formules à visée humoristique école Jean Roucas – « au bout de 25 ans tout Marseille s’effondre, c’est un décor à la Gaudinkine » –  et de la provocation toujours maîtrisée. « Marseille vit une hémorragie masquée par la natalité dans les quartiers Nord, c’est une sorte de remplacement qui peut commencer à s’appeler grand remplacement. » Ce n’est pas la première fois que le leader local du Rassemblement national fait référence à la théorie popularisée par l’essayiste d’extrême-droite Renaud Camus. Il ne manquera pas non plus un autre clin d’œil au « drapeau blanc de la royauté », lui qui s’est souvent appuyé sur les réseaux royalistes pour mener ses campagnes.

Le 9/10 et le 11/12 dans le viseur

Ce lancement a un goût de déjà-vu, celui de la campagne menée en 2014. Mais le Rassemblement national dit avoir gagné en « expérience ». Son trésor, veut-il croire est « son bilan » en mairie des 13e et 14e arrondissements de Marseille. « On a un fief d’où on part à l’assaut », image-t-on dans l’entourage de Stéphane Ravier. « Depuis 2014, nous avons eu six ans en gestion dans les 13e et 14e arrondissements. Il y aura un bilan et un projet nourri de notre action. Durant six ans, nous avons pu accéder aux rouages de la mairie et comprendre pourquoi cela dysfonctionne. Par exemple, je sais comment fonctionne la propreté à Marseille, je ne le savais pas avant », note Stéphane Ravier. À ses soutiens, il l’assure : « Notre programme va impressionner par sa rigueur, son ambition et son amour de notre ville ».

Le résultat affiché est, en conséquence, de faire mieux en gagnant la mairie centrale. « Nous ne sommes plus un outsider. Nous sommes le premier parti de Marseille et nous avons un objectif et un seul : relever la mairie centrale. » Les secteurs visés sont suggérés par Stéphane Ravier lui-même : en plus du 13/14, les 9/10, 11/12 gérés par les représentants les plus à droite de la majorité municipale et éventuellement le 15/16, fief de Samia Ghali depuis deux mandats, où Sophie Grech s’était qualifiée pour le second tour des législatives en 2017. Une combinaison encore complexe à mener à bien, admet-on au sein du RN. Stéphane Ravier l’a dit, « tous les scénarios sont possibles ». Chacun y va alors de ses plans sur la comète. Un proche du candidat lâche ainsi : « Le pouvoir, cela peut se partager pour être exercé. On est prêts à travailler avec des gens de droite qui sont prêts à redresser la ville en faisant le bilan critique de sa famille politique depuis vingt-cinq ans ». Un appel à une forme d’union des droites qui tranche avec les attaques publiques sur « Martine Gaudin et Jean-Claude Gilles », les sobriquets attribués aux deux candidats déclarés chez LR.

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