Cinéma les Variétés : “Mon investissement va se chiffrer en centaines de milliers d’euros”

Interview
Lisa Castelly
4 Jan 2017 11

Après des mois de suspense pour les salariés comme pour les spectateurs, Jean Mizrahi a été choisi par le tribunal de commerce pour reprendre les Variétés et le César. Il se fixe des objectifs à court terme pour que "fin 2017", les deux cinémas aient changé de visage.

Le cinéma Les Variétés. (LC)

Le cinéma Les Variétés. (LC)

Bientôt sur vos écrans : Variétés et César, la suite. Depuis le 23 décembre, les cinémas du centre-ville connaissent leur repreneur en la personne de Jean Mizrahi, patron d’une entreprise d’équipements numériques pour salles de cinéma cotée en bourse, Ymagis. Après des années de perte de vitesse et des derniers mois au ralenti, tout reste pourtant à faire pour que les deux salles marseillaises retrouvent la confiance des spectateurs. Parmi les urgences, le César n’est actuellement plus qu’un nom sans murs, puisque le propriétaire des lieux en a obtenu l’expulsion à l’automne pour cause de loyers impayés par le gérant d’alors. Après un temps d’incertitude, le repreneur annonce aujourd’hui avoir trouvé un accord avec le propriétaire pour un nouveau bail.

Jean Mizrahi

Jean Mizrahi, s’était fait connaître du tribunal de commerce lors de l’audience de placement en redressement judiciaire en octobre dernier. Il aura la charge d’être à la hauteur des espérances des salariés ainsi que des soutiens réunis dans une association, tous très soucieux du devenir de ces lieux de cinéphilie, si peu nombreux à Marseille. Pour Marsactu, il détaille son projet.

Marsactu : Les derniers mois ont été houleux pour les cinémas les Variétés et le César, pour les salariés comme les spectateurs, qu’est-ce qui a fait votre intérêt pour ce groupe en mauvais état ? 

Jean Mizrahi : Par mon autre société (Ymagis, ndlr), je connaissais le groupe Bastille Saint-Antoine, car j’avais équipé tous ses cinémas. Et il avait une ardoise à régler assez sérieuse, ce qui a fait mon intérêt. Quand j’ai vu que ça commençait à partir dans tous les sens, je me suis intéressé à la possibilité d’une reprise.

Dans quel état trouvez-vous l’entreprise et ses finances ? 

Je reprends un fond de commerce, une partie du personnel, mais pas le groupe. C’est une société neuve, propre, sans dettes. Ces cinémas n’ont pas bien tourné au cours des dernières années, ils n’ont pas diffusé beaucoup de films, les distributeurs s’en sont détournés. Mais ils gardent leur potentiel et on le voit depuis quelques semaines, plus de films sont diffusés et les spectateurs reviennent déjà.

Un gros travail, de rénovation mais aussi sur la programmation, va devoir être mené. C’est un travail de six à douze mois. D’ici la fin 2017, le public aura une vision totalement différente de ces cinémas, qui auront été refaits et diffuseront plus de films.

Une des urgences est de récupérer les murs du César place Castellane, où en sont vos négociations avec le propriétaire ? 

Nous avons trouvé un accord avec lui, qui est en train d’être finalisé par les avocats. Mais il va y avoir des travaux de mise en sécurité à faire en janvier, pour pouvoir être conforme. Il est difficile de dire quand il pourra rouvrir avant d’avoir les devis, mais ce sera le plus tôt possible bien sûr.

La mairie est propriétaire des murs des Variétés sur la Canebière, pensez-vous que tout se passera bien malgré l’ardoise que le précédent gestionnaire a laissé ?

J’ai été reçu à la mairie et tout s’est très bien passé. Ils étaient très contents qu’il y ait un repreneur. Je ne pense pas qu’il y ait de problèmes de ce côté-là.

Le fait que les deux cinémas restent liés est important à vos yeux ? 

Absolument. Les deux cinémas sont complémentaires. Chacun a un rôle vis à vis d’audiences un peu différentes. Je ne suis pas encore assez familier, mais en discutant avec les uns et les autres, la perception est que le public du César est plus âgé, quand celui des Variétés est plus jeune, avec donc des demandes différentes. Cela fait partie des enjeux. Il faut satisfaire deux clientèles, bien que les deux sites soient à quelques centaines de mètres l’un de l’autre.

“Je reprends pour reprendre des gens, pas pour licencier”.

Concernant les salariés, des licenciements sont-ils prévus ? 

Les salariés qui ne souhaitent pas continuer à travailler dans les cinémas seront licenciés par l’administrateur judiciaire (dans le cadre de la liquidation de l’ancienne société, ndlr). Mais cela ne concerne que quelques personnes qui avaient déjà des projets de départs. Je reprends pour reprendre des gens, pas pour licencier. Il y avait jusqu’ici 15 salariés à Marseille, il en reste 11.

Assez tôt dans la procédure de redressement judiciaire, vous avez noué contact avec les salariés. Quel poids auront-ils dans la construction de votre projet ?

Une entreprise, c’est avant tout les gens qui la font. Ce n’est pas que mon projet, mais un projet qui devra être défini collectivement. Pour le projet global, nous sommes tous d’accord sur le fait qu’il faut rénover les salles, proposer plus de films, et faire de l’art et essai. Puis il faudra définir un programme pour ce qui concerne les animations. Cela sera fait dans le courant du premier semestre. Ce qui fonctionne déjà bien continuera. Il faut que ces cinémas soient un point de convivialité et d’échanges, avec par exemple des soirées spéciales. Surtout aux Variétés, qui a déjà l’espace pour boire un verre, se retrouver.

Mais les urgences sont aujourd’hui basiques, c’est la remise en route du chauffage, de la climatisation… Pour le moment, nous préparons le travail de rénovation, nous voyons les fournisseurs, nous récupérons les devis.

Il est aussi question d’une nouvelle salle aux Variétés ?

Oui, dans le fond du rez-de-chaussée. Il y a un espace qui n’est pas utilisé, un peu étrange, et qui était à la base pensé pour être une salle, puisqu’il est pourvu d’une cabine de projection. Cette nouvelle salle contribuera à faire du cinéma un pôle d’autant plus attrayant.

“Un miracle qu’il y ait encore des spectateurs”

Les deux salles ont perdu il y a plusieurs années le label art et essai. Combien de temps cela peut-il prendre pour le récupérer ?

Je dois justement voir le CNC [centre national du cinéma et de l’image animée, ndlr] ce mercredi pour en parler. Compte tenu du fait qu’il y a un nouvel exploitant, et compte tenu du passif, il faut voir combien de temps cela prendra. Label ou pas label, la programmation sera art et essai. Mais bien sûr, les subventions qui vont avec seront les bienvenues quand on nous l’accordera.

Quelles sont selon vous les erreurs du passé à ne pas reproduire ?

Ce sont des erreurs basiques, de bonne gestion. Quand on a des fournisseurs, il faut les payer. Quand on a des clients, il faut bien les accueillir. Quand on peut améliorer, on le fait. Des règles basiques qui n’ont pas été appliquées au cours des trois, quatre, cinq dernières années et le résultat est à la hauteur. C’est un miracle qu’il y ait encore des spectateurs. La nouvelle gestion se fera en bon père de famille. Cela passera par des investissements dans la technologie, pour faire de ces salles un modèle de ce que doit être un cinéma d’art et d’essai en France.

À ce jour, à combien estimez-vous les sommes à investir ? 

C’est un peu tôt pour en parler. Il faut changer tous les sièges, les moquettes, les tentures, les installations techniques… C’est une reprise qui va se faire salle par salle, pour aboutir à l’été. Il y a des dossiers de financements à monter. Mais je sais que cela va se chiffrer à plusieurs centaines de milliers d’euros.

Vous êtes un nouvel acteur dans les salles de cinéma à Marseille, comment percevez-vous le paysage actuel ?

Marseille est sous-équipée. Quand on compare aux autres grandes villes, il y a moins de salles par habitants. Il faut donc être d’autant plus exigeant dans la qualité de ce qu’on apporte. Le public marseillais a un peu de choix pour les films généralistes, les blockbusters, les comédies et très peu de choix pour les films exigeants, en VO. C’est là que l’offre doit se renouveler et qu’il faut trouver un modèle pour y parvenir.

Le groupe Artplexe, qui était d’ailleurs candidat à la reprise du groupe qui est aujourd’hui le vôtre, mène le projet d’un cinéma plus haut sur la Canebière. Vous êtes vous renseigné sur ce projet potentiellement concurrent ?

Je n’ai pas vraiment eu le temps de m’y intéresser, mais je sais que ce serait aussi de l’art et essai. J’ai croisé les promoteurs à l’audience au tribunal de commerce, c’est un peu court pour discuter. Je les solliciterai plus tard pour discuter davantage. Il faut trouver une place à chaque salle, travailler ensemble plutôt que de mener bataille.

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