Urbanisme : la métropole devra mettre du social dans son plan

Décryptage
Benoît Gilles
17 Mai 2019 10

Après plusieurs mois d'enquête publique, la commission vient de rendre un avis favorable sur le futur plan local d'urbanisme de Marseille et des communes qui l'entourent. En revanche, les commissaires enquêteurs émettent des réserves et des recommandations conformes aux souhaits des opposants. Sur le logement social comme sur l'urbanisation autour de la Cité radieuse ou du parking du parc Longchamp.

La victoire se joue parfois dans les détails. La vice-présidente chargée de l’urbanisme, Laure-Agnès Caradec se réjouit d’un avis favorable « rendu à l’unanimité » des commissaires enquêteurs chargés de soumettre pour avis le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) aux habitants des 18 communes du conseil de territoire Marseille Provence de janvier à mars dernier.

Lire notre article : les sept points chauds du nouveau plan d’urbanisme

Du côté des collectifs et associations qui ont porté le fer contre le projet, on crie tout autant victoire. La version expurgée de 143 pages comprend effectivement quatre pages de réserves et recommandations. Dont une qui sonne, pour les opposants, comme un coup d’arrêt :

Logement social : modifier l’article 4.4 du règlement concernant les logements sociaux, pour la partie concernant la ville de Marseille, par un abaissement substantiel du seuil de 100 logements.

Pour les non-initiés, cela peut paraître obscur. Pour les spécialistes de l’immobilier, cela a un impact direct. L’ancien plan local d’urbanisme prévoyait 25 % de logements sociaux pour tout programme comprenant 120 logements. La nouvelle règle prévue dans le PLUI prévoyait de descendre la barre à 100 tout en montant le pourcentage à 30 %. Les commissaires enquêteurs considèrent cette baisse comme largement insuffisante.

Laure-Agnès Caradec promet de suivre cette réserve, sans rien dire de la hauteur où elle entend fixer la barre. Et celle-ci ne fera pas l’objet de débat public avant l’adoption finale du document en décembre 2019.

Rééquilibrage par arrondissement

Autre victoire saluée par les opposants, la recommandation des commissaires-enquêteurs « d’initier la mise en œuvre des rééquilibrages par arrondissement sur Marseille sans attendre l’approbation du plan local de l’habitat métropolitain ». L’adoption de ce document stratégique est suspendu en attendant l’issue des réflexions gouvernementales sur l’avenir de la métropole et du département. Il faudra donc mettre en œuvre ce rééquilibrage dans le plan local d’urbanisme. Sur ce point, Laure-Agnès Caradec se fait vague : « cela peut se faire via les grandes opérations d’aménagement comme les zones d’aménagement concerté (ZAC) ». Or, au sud de Marseille, seule la ZAC du vallon de Régny (9e) serait concernée. Aucun aménagement d’ampleur n’existe dans les 4e, 5e, 6e, 7e et 8e.

Quant à la Capelette (10e) couverte par une ZAC, le logement social n’y est pas une priorité. « Il y a déjà beaucoup de logements sociaux de fait que nous devons transformer en logements sociaux », balaie-t-elle. Il faudra donc attendre le projet partenarial d’aménagement et la grande opération d’urbanisme voté le 20 juin prochain pour savoir comment la métropole et la Ville comptent produire du logement social dans le centre-ville élargi.

« Saturation commerciale »

Autre point inédit qui figure dans les réserves des commissaires-enquêteurs, le coup de frein donné à la création de zones commerciales. Le document évoque clairement la « saturation commerciale observée sur le territoire métropolitain », et le « déficit d’attractivité des centres-villes » pour appeler à « stabiliser les surfaces et polarités commerciales » en attendant que la métropole adopte un schéma directeur de l’urbanisme commercial.

Les recommandations et réserves entrent aussi dans le détail des orientations d’aménagement et de programmation (OAP). Les commissaires enquêteurs se sont intéressés au fameux projet d’aménagement qui devait entourer la Cité radieuse, inscrite au patrimoine mondial comme d’autres réalisations du Corbusier (lire notre article). La commission d’enquête recommande d’instaurer « un périmètre d’attente » pour reprendre la concertation sur ce sujet sensible. « Nous sommes attentifs au classement Unesco, se défend Laure-Agnès Caradec. Nous allons reprendre la concertation avec les riverains, l’architecte des bâtiments de France et les habitants de la cité radieuse tout en restant sur les bases de l’OAP. Cela veut dire que nous allons repenser les espaces verts, les voies traversantes et la hauteur de certains bâtiments ».

Vers une suppression du parking Longchamp ?

Sur le parc Longchamp, la réserve portée par les opposants a été entendue par la commission : celle-ci prévoit de supprimer l’emplacement réservé pour le « parking de proximité du parc Longchamp » et d’étendre l’espace boisé classé qui gèle les possibilités de construction. Cette réserve ne semble pas démonter Laure-Agnès Caradec pour qui l’extension des espaces boisés classés peut empêcher à terme de « faire des aires de jeux ou des toilettes. En EBC, on ne peut rien faire ». Quant au parking, « s’il doit se faire, il se fera. Nous sommes propriétaires. Il n’y a pas d’arbres à cet endroit et nous avons un avis favorable de la commission des bâtiments historiques qui n’est pas caduque ». Le maintien du projet tient donc de l’opportunité politique. Porté par Bruno Gilles, candidat dans le secteur en 2014 qui postule aujourd’hui à la mairie centrale, « il est toujours nécessaire », affirme le président du conseil de territoire, Jean Montagnac. Une question qui devra être tranchée par le ou la future tête de liste aux prochaines municipales.

Un peu plus loin à l’Est, le projet d’hôpital privé de Saint-Barnabé a reçu un feu vert des commissaires enquêteurs. Le nouveau projet présenté par le groupement est en tous points conforme au PLU en ce qu’il revoit à la baisse le nombre de bâtiments, leur hauteur et l’héliport qui devait le surmonter. Pas sûr que cette nouvelle contente les riverains qui devraient fourbir de nouveaux recours.

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