Mille logements et plusieurs tours pourraient pousser autour du Corbusier

Décryptage
Clara Martot
15 Fév 2019 24

Le nouveau plan d'urbanisme du secteur de la Cité radieuse prévoit des projets immobiliers de grande ampleur dans une zone résidentielle où les projets ont été gelés pendant deux ans. Aux yeux des riverains, comme pour l'architecte des bâtiments de France, la construction de plusieurs tourelles pourrait nuire à la mise en valeur de ce bâtiment classé au patrimoine de l'Unesco.

Photomontage des orientations d'aménagements par Philippe Bernon, un membre du collectif.

Photomontage des orientations d'aménagements par Philippe Bernon, un membre du collectif.

Le bruit de la circulation du boulevard Michelet résonne jusqu’au pied de la Cité radieuse. L’unité d’habitation Le Corbusier classé au patrimoine de l’Unesco depuis 2016 se plante dans un carré de verdure très modeste qui s’est peu à peu transformé en grand parking à ciel ouvert. Pour être conforme à la réglementation des sites classés, aucune construction ne saurait être tolérée sur ce petit périmètre.

Mais au-delà, sur cet îlot, les prescriptions du futur PLUi (plan local d’urbanisme intercommunal) sont claires. Cette feuille de route métropolitaine qui régit l’urbanisation des 18 communes autour de Marseille prévoit sur ce périmètre mille nouveaux logements répartis entre des pavillons, des immeubles de différentes hauteurs et trois « tourelles » de 54 mètres. Ces ambitions immobilières sont pour le moment au stade zéro dans la mesure où les trois propriétaires privés des terrains alentours, dont Casino et une franchise Peugeot, n’ont pas exprimé officiellement leur volonté de vendre. D’ailleurs, durant deux ans, les permis de construire ont été gelé le temps qu’un plan d’urbanisation soit érigé sur cette zone.

Mais comme le résume l’élue adjointe à l’urbanisme Laure-Agnès Caradec, « quand l’un d’entre eux voudra lancer le processus de vente, les grandes lignes du projet immobilier seront arrêtées ». De quoi changer radicalement le quotidien d’un quartier qui, en dehors de la Cité radieuse et du Brasilia, se résume presque à du logement pavillonnaire ou des petits ensembles collectif.

Au Nord, le projet de l’architecte Roland Carta dont les travaux ont commencé à l’automne en lieu et place de la franchise Renault va déjà faire sortir de terre 700 nouveaux logements. Une première vague de béton qui pousse les associations de riverains à s’opposer à de nouvelles constructions immobilières de cette ampleur dans leur quartier. Comme l’a signalé la Marseillaise, ils ont lancé une pétition et tentent d’inciter leurs voisins à s’exprimer dans le cadre de l’enquête publique qui court jusqu’au 4 mars prochain.

Depuis le toit de la Cité radieuse, les grues du projet de l’architecte Roland Carta

Membres du conseil syndical de la Cité radieuse, Danielle Sigaut et Bernard Soumireu détaillent les raisons de leur indignation commune. « Nous sommes conscients de notre qualité de vie et nous sommes pour des constructions immobilières. Mais nous souhaitons des projets raisonnés, accompagnés d’espaces communs, de services publics et de places de parking. » Or, l’OAP (pour orientation d’aménagement et de programmation) qui détaille les aménagements possibles du quartier se montre assez timide sur ces points.

Pour la Ville, « rien n’est figé »

Si plusieurs pages de ce document s’attardent à préconiser les types de végétation et de clôtures à retrouver dans les futurs espaces verts, la Ville s’étale beaucoup moins sur les impératifs en terme de logements sociaux ou de services. Concernant le premier paramètre, l’OAP exige de favoriser « l’installation de jeunes ménages avec enfants et de ménages modestes ». Il s’agit de l’unique allusion du document.

« C’est certain que c’est léger, mais il faut garder en tête que le PLUI n’est pas arrêté. Tout est encore possible : des HLM, des bâtiments de bureaux… Nous avons juste tranché sur une forme urbaine et une dynamique de fonctionnement », tient à rassurer Laure-Agnès Caradec interrogée sur ce sujet. En terme de fonctionnement justement, l’OAP préconise « une offre d’équipements publics adaptée » aux futurs arrivants mais concrètement, mis à part une « extension » du groupe scolaire Grand Saint-Giniez, aucune autre structure n’est nommée.

Des objections au projet

Dans ses réunions avec les riverains, la métropole insiste sur le « garde-fou » que constitue le PLUI contre des projets immobiliers barbares. Dans son avis, l’Architecte des bâtiments de France (ABF) estime tout de même que cette première feuille de route laisse place à « des possibilités de densification trop importantes car imprécisément définies« .

L’architecte qui est consultée dans tout ce qui a trait aux bâtiments classés s’attarde aussi sur le maillage des immeubles. Trop serré par endroits, il est jugé « incompatible avec les attendus de protection et de mise en valeur de la Cité radieuse dans le contexte de son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco. »

Or, rappelle l’ABF dans son avis, des discussions ont eu lieu entre des membres du comité de pilotage de l’Unesco et la Ville concluant sur la nécessité de dégager un axe Nord/Sud d’une largeur de 30 mètres pour laisser une perspective de vue sur le bâtiment classé. L’OAP a retenu seulement 10,5 mètres.

En tant que création du Corbusier, la Cité radieuse est classée patrimoine mondial de l’Unesco.

Autre impératif lié la Cité radieuse : dégager une perspective qui permettent à l’unité d’habitation d’être visible. Et si le PLU actuel permettait une vue dégagée depuis le boulevard Michelet, celle-ci se retrouverait menacée car l’OAP prescrit à cet endroit la construction d’un immeuble de quatre étages… Ainsi, conclut l’avis de l’Architecte des bâtiments de France, « cette OAP devra être reprise afin de pouvoir conserver les objectifs travaillés au cours de l’étude urbaine et des comités de pilotage du patrimoine mondial de l’Unesco dans lequel la ville de Marseille est impliquée. » Bernard Soumireu, qui habite la Cité radieuse depuis une trentaine d’années, soupire : « cela m’étonne toujours que la Ville n’ait pas manifesté plus d’intérêt pour la Cité radieuse depuis son classement à l’Unesco. »

Des « tourelles » de 54 mètres

La question de ces perspectives ou « cônes de vue » est chère à l’habitant : « notre comité syndical a produit plusieurs documents sur cette question. Nous concluons que les tours nous inquiètent. » Le PLUI prévoit en effet la construction de trois tourelles de 54 mètres, soit seulement 2 mètres  de moins que la Cité radieuse. L’emprise de ces tours n’est en revanche pas fixée, faisant dire à l’ABF qu’il faut veiller à ce que leurs « allures » ne soient pas « trop massives ». Une critique vraisemblablement anticipée par la Ville qui, dans le PLUI, donnent à ces trois futurs bâtiment le chic nom de « tourelles ». Laure-Agnès Caradec est formelle : « tours et tourelles ne sont pas la même chose. Les tourelles seront l’oeuvre d’un geste architectural plus fin, pour ne pas boucher la vue sur Le Corbusier. »

L’élue assure enfin que « l’espace au sol libéré par trois immeubles en hauteur permet d’offrir une certaine qualité de vie ». Ces trois tours, tout comme les îlots résidentiels au nord du Corbusier et les immeubles de bas étages, doivent assurer le « développement d’un quartier résidentiel », promet le PLUI. Sa version définitive dira si les tours ont résisté aux nombreuses critiques qu’elles inspirent, au-delà du simple cercle des riverains.

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