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Régionales : “l’invendable” Villa Méditerranée

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Rédaction de Marsactu
2 Déc 2015 8

Symbole de la présidence Vauzelle, la Villa Méditerranée attend de savoir quel sera son destin après les élections régionales. Les candidats LR et FN ont fait de sa vente une promesse de campagne. Pourtant, le bâtiment, peu fonctionnel, est loin d'être des plus faciles à recaser. Le plus probable est qu'il reste sur les bras du futur exécutif régional.

Vend bâtiment d’architecte, 10 000 mètres carrés, situé à deux pas du Mucem, vue imprenable sur la digue du Large, porte-à-faux de 40 mètres, bassin artificiel de 2000 mètres carrés. Contestée même avant la pose de la première pierre, la Villa Méditerranée s’est invitée furtivement dans la campagne des régionales. Qu’en faire ? Il y a un mois et demi, le candidat LR Christian Estrosi la brandissait comme le symbole de la gestion dispendieuse du président Vauzelle. Pour lui, une seule solution : la vendre. La candidate FN Marion Maréchal-Le Pen se saisissait elle aussi de l’exemple : avec “4 millions annuels de coût d’exploitation, on lui trouve une autre affectation ou on la vend.”

La Villa est un vieux rêve du président sortant, bien décidé à faire de la région PACA la “tête de pont de la politique méditerranéenne de la France”. Moyennant des années d’études et 70 millions d’euros, le bâtiment a fini par sortir de terre. S’est vite posée la double question de son utilisation et de ses frais de fonctionnement. Au fil des mois, le destin glorieux promis s’est étiolé. Son pan culturel très fourni pendant l’année capitale de la culture 2013 se résume aujourd’hui à une maigre convention avec le Mucem voisin.

“Certainement un bien invendable”

Pour les oppositions actuelles, la solution serait donc une simple vente. Après une petite étude de marché, il ne suffit pas de vouloir la céder pour en être débarrassée. La proposition a l’avantage d’occuper l’espace et de ne pas avoir à parler du fond. “Pour être très sincère, je ne suis même pas sûr qu’on puisse trouver un acheteur”, a admis Renaud Muselier, tête de liste Les Républicains dans les Bouches-du-Rhône, lors d’un chat à La Marseillaise. Il est vrai que la “Villa Med” n’est pas vraiment du genre à se vendre en deux jours sur Le bon coin. “A mon avis on ne peut pas en faire grand-chose. Quant à lui donner une valeur, c’est encore plus délicat. Ce qui est certain c’est que la valeur de ce “machin” sera toujours très éloignée de l’argent dépensée par la collectivité pour le bâtir”, commente un spécialiste du secteur. “C’est certainement un bien invendable, confirme un autre expert. Cela ne correspond pas à du tertiaire.”

Ceci étant dit, l’emplacement pourrait avoir de quoi inspirer plus d’un investisseur privé avec un projet fou. Il y a l’amphithéâtre de 400 places en sous-sol mais tout cela semble mince pour attirer un investisseur privé. En faire un casino ? Le bâtiment n’est pas si facile à transformer, pas sûr que les architectes laissent qui que ce soit agrémenter les vitres de “l’agrafeuse” (un autre de ses surnoms) d’un énorme logo Partouche. Sur le fond, l’idée de voir la Villa Med changer de vocation ne semble pas effrayer outre-mesure les architectes. “Ce bâtiment n’a pas vraiment trouvé sa place, c’est cela qui me chagrine, confesse Ivan Di Pol, l’un des architectes. La mettre à disposition d’associations ? Si l’idée fait rêver sur le papier, c’est plutôt un cadeau empoisonné tant les frais d’entretien et de fonctionnement sont importants.

Un budget de 4,5 millions d’euros par an

Lors du chat à La Marseillaise, Muselier avait poursuivi : ““On ne sait toujours pas à quoi elle sert. On peut quand même se poser la question de l’utilité de l’argent public sur ce dossier”. Bien que sa voilure ait été réduite de près de moitié depuis son inauguration en 2013, le bâtiment reste effectivement un gouffre d’argent public. Aux 70 millions d’euros de sa construction s’ajoutent chaque année des frais de fonctionnement importants. En 2013, la région la dote de 7,8 millions d’euros de frais de fonctionnement et d’investissement. Rapidement, son budget est rogné pour atteindre 5,3 millions d’euros. Malgré le transfert vers un groupement d’intérêt public, l’Agence des villes et territoires durables de Méditerranée (Avitem)*, la Villa Med s’est vu encore attribuer 4,4 millions d’euros en 2015 et 2016 par la région, plus 175 000 euros dits d’investissement.

“Ce doit être un bâtiment à surveiller en permanence”, s’alarme tout de suite notre second expert en immobilier. C’est un bien qui a sa valeur par son emplacement, son architecture. Mais ce n’est pas non plus la statue de la liberté”. “C’est le même problème que le stadium de Vitrolles”, explique-t-il par ailleurs. Avant même de s’interroger sur sa valeur, son utilisation pose problème. Depuis le début, sa capacité d’accueil limitée fait glousser ses détracteurs. “Aujourd’hui, le lieu peut recevoir 1100 personnes, 1500 avec une autorisation exceptionnelle délivrée par les pompiers”, défend Ivan Di Pol. Mais le porte-à-faux ne peut recevoir que 300 personnes simultanément selon ce dernierqui indique que “c’est une question d’accessibilité pour les pompiers et d’issues de secours”. Pour pouvoir mettre plus de monde dans l’avancée, il faudrait notamment construire un escalier extérieur. Pas franchement l’esprit du porte-à-faux.

Trouver un acheteur ou une utilité

À gauche, on ne parle pas de vente mais le sujet est plus délicat. La majorité sortante s’est souvent divisée sur le sujet. À la fin de l’année 2014, dans un contexte pré-électoral, le président Vauzelle avait dû mettre sa démission dans la balance pour convaincre ses alliés écologistes et du Front de gauche de voter pour un rapport concernant la Villa. Aujourd’hui, même le candidat PS à la présidence du conseil régional prend ses distances : Il est indéniable que Michel [Vauzelle] a une vraie vision de la Méditerranée. C’est pour cela qu’il a fait la Villa. À sa place, je ne l’aurais pas fait parce que je n’ai pas cette vision, explique tout en douceur Christophe Castaner, la tête de liste socialiste. Il était un président ambassadeur, je serai un président VRP.

À la région coopérative, si l’on a eu des doutes sur sa construction, on défend le bâtiment. “Maintenant, elle est là et doit renforcer sa dimension espace de congrès et ses partenariats”, esquissait la candidate de la Région coopérative (EELV-Front de gauche) Sophie Camard sur I-télé fin octobre. Le vice-président EELV sortant Jean-Yves Petit complète. “Ça ne sera pas de trop d’avoir un lieu où les peuples de Méditerranée peuvent dialoguer. Et encore plus lorsqu’on entend les propos de Maréchal-Le Pen et Estrosi”, lance-t-il. Quant au coût de l’institution, il “espère que l’Etat ou la métropole mettront au pot”“Nous voulons en faire l’ambassade de l’Euroméditerranée et faire que l’ensemble des collectivités s’impliquent”, détaille pour sa part Christophe Madrolle (Front démocrate), tête de liste dans les Bouches-du-Rhône pour l’alliance dirigée par le PS.

Il reprend ainsi le projet mené depuis plusieurs années par le président socialiste sortant, Michel Vauzelle. En tant que parlementaire, il avait remis en octobre 2013 au président de la République un rapport titré “Avec la jeunesse méditerranéenne, maîtriser et construire notre communauté de destin”, il avait vanté le bâtiment pour y “installer une représentation de la délégation interministérielle à la Méditerranée”. Le service se présente comme “une instance de réflexion et de défense des intérêts français en Méditerranée”.  Placé sous les ordres du premier ministre, il a longtemps été l’objet d’une lutte de pouvoir avec le ministère des Affaires étrangères. Finalement placée dans le giron du Quai d’Orsay, la Dimed n’a deux ans plus tard toujours pas pris ses quartiers sur le J4.

L’État est toutefois impliqué aujourd’hui dans le groupement d’intérêt public* gestionnaire de la Villa. Mais jusqu’à présent, il ne s’implique guère financièrement. Prévoyante, la Ville de Marseille a elle quitté le groupement. La région soutient seule son porte-à-faux. Son passage dans une structure extérieure devait aussi protéger le bâtiment des soubresauts politiques. Marion Maréchal-Le Pen a clairement fait savoir que, sans surprise, la coopération méditerranéenne ne faisait pas partie de ses priorités. Si elle l’emportait et qu’elle lâchait la Villa ou réorientait son objet, les autres membres de l’Avitem – au premier rang desquels l’État – seraient alors face à un dilemme : laisser faire le FN ou mettre la main au portefeuille.

Clémentine Vaysse et Jean-Marie Leforestier

* Regroupant le commissariat général à l’égalité des territoires, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Marseille Provence métropole, Toulon Provence métropole, l’établissement public Euroméditerranée et Métropole Nice Côte d’Azur.

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