La rude journée du président Vauzelle

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le 13 Déc 2014
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Michel Vauzelle aura mis tout son poids dans la balance pour obtenir une majorité sur l'avenir de la Villa Méditerranée en toute fin de séance plénière ce vendredi. Le président du conseil régional est même allé jusqu'à assurer à certains de ses interlocuteurs qu'il démissionnerait en cas de vote défavorable. Il estimait que son projet de faire de Marseille la capitale française de la Méditerranée serait ainsi désavoué. Entre ce dossier et le vote toujours tendu du budget, Michel Vauzelle a connu une journée très compliquée dans l'hémicycle régional.

Les débats ont commencé à 10 h du matin et se poursuivent bien après la nuit. Le premier vice-président du conseil régional Patrick Allemand égraine les rapports consensuels. Les orateurs successifs ne sont plus écoutés que par deux ou trois de leurs voisins. Et pourtant, l'hémicycle est encore plein quand, passé 20 heures, Michel Vauzelle récupère la présidence de séance. Tous les élus attendent le vote sur le transfert de gestion de la Villa Méditerranée, deuxième dossier crucial de la journée après le vote du budget le matin.

A un an des élections régionales, ce dossier cumule tous les handicaps pour le président Vauzelle. Il est tout d'abord le symbole de sa volonté d'offrir à Marseille et à la France un bâtiment symbole de la Méditerranée. La "Villa Vauzellia" comme la nomment ses détracteurs a coûté 70 millions d'euros à la construction et en coûte encore plusieurs autres chaque année en fonctionnement. Son rôle a mis du temps à s'affiner. En témoignent les multiples audits (1) menés pour donner à la voisine du Mucem un destin digne de son architecture originale.

La Villa soutenue in extremis

Depuis quelques mois, Michel Vauzelle martèle que la Villa, lieu symbolique, "doit permettre à Marseillle de devenir la capitale française de la Méditerranée comme peut l'être Barcelone en Espagne". Après avoir cherché longtemps comment associer son porte-à-faux à d'autres partenaires publics, il a jeté son dévolu sur l'Agence des villes et territoires durables de Méditerranée (Avitem) qui offre l'avantage de réunir l'Etat et des collectivités locales dans un même groupement d'intérêt public.

Problème pour Vauzelle, personne ne veut payer pour sa Villa Méditerranée. Alors la région s'est engagée à continuer à prendre en charge l'intégralité des coûts comme aujourd'hui. Facture de la première année de fonctionnement : 4,4 millions d'euros pour les dépenses de fonctionnement et 0,3 pour l'investissement. Un deal valable pour un an renouvelable qui crée des remous à l'Avitem puisque la Ville de Marseille a l'intention de voter sa sortie du groupement ce lundi en conseil municipal.

C'est la deuxième fois que Michel Vauzelle inscrit le dossier à l'ordre du jour. A la première tentative en octobre dernier, il avait dû annuler son examen in extremis. La droite qui s'abstient d'habitude sur ce dossier a flairé le mauvais tour politique, le FN mais aussi ses alliés écologistes et du Front de gauche lui ont fait savoir qu'ils voteraient contre. L'examen de la convention a donc été ajourné.

Alors ce vendredi, c'est un président tendu qui se présente en séance. A la reprise après la pause méridienne, Michel Vauzelle s'énerve contre Gérard Piel, le président du groupe Front de gauche qui l'accuse d'avoir allongé la pause pour négocier avec les écologistes en pointant des "prébendes" et des "discussions de marchands de tapis". Pour Vauzelle, cette dernière expression a des connotations racistes envers "les Arabes".

Concessions et discussions de couloir

En soirée, juste avant le débat sur la Villa Méditerranée, Michel Vauzelle présente opportunément ses excuses à l'élu antibois. Pour faire voter son rapport, il sait devoir compter sur les dix voix du Front de gauche. Toute la semaine, il a régulièrement discuté avec eux, leur concédant notamment le fait de conserver un pan culturel dans l'activité de la Villa. Il a ainsi donné suite aux demandes d'Alain Hayot en proposant un partenariat avec le Mucem.

Cette alliance ne lui offre pas la majorité des voix. Il lui en manque au minimum deux pour s'assurer d'une victoire. Il doit les obtenir auprès du groupe écologiste qui, après avoir vivement débattu toute la semaine a préservé son unité au prix d'un accord inédit : l'ensemble du groupe s'abstiendra sauf deux élus qui valideront le projet.

Sur le papier, Vauzelle a donc 53 voix entre les mains contre 51 pour la droite et l'extrême droite. Dans ces conditions, "on empêche tous les nôtres de sortir, même pour aller aux toilettes", s'amuse a posteriori un collaborateur d'élus. Le maigre écart ne rassure pourtant pas Vauzelle qui va encore accuser de "racisme" une autre partie de l'hémicycle, le groupe UMP-UDI qui venait par la voix de Maurice Battin de regretter que le transfert de gestion ne s'accompagne pas d'une baisse de la charge financière. Pour Vauzelle, la droite "règle la politique méditerranéenne par le racisme", évoquant "Nice et Toulon".

Un vote dans la précipitation

Là encore, quelques instants plus tard, le président socialiste va s'excuser pour ses propos. Auparavant, les élus de droite ont quitté l'hémicycle en guise de protestation et le président s'est dépêché de passer au scrutin avant qu'ils ne reviennent, ignorant au passage la demande d'intervention d'un conseiller régional de droite revenu à temps pour voter contre. La méthode n'est pas très classe, pas plus que la manière de conclure le débat : "Déposez un recours devant le tribunal administratif, faites ce que vous voulez !"

Le conseil est prévu pour durer mais Michel Vauzelle peut commencer à se relaxer et conclure l'une des plus difficiles séances de son troisième mandat. Le matin même, il a essuyé les critiques des uns et des autres sur le budget régional qui faisaient suite à celles, particulièrement mal digérées, du Medef. Pour le Front de gauche, le "manque de volontarisme" notamment l'absence de "gel des dépenses sur la L2 ou sur Iter" justifie leur abstention. Dans un nouveau numéro d'équilibrisme, Europe écologie propose un quart d'"abstentions vigilantes" et trois-quarts de votes favorables mettant en avant "des avancées" dans la politique régionale comme la mise en place de critères d'éco-conditionnalité.

A un an des régionales, dans un contexte très difficile pour le parti socialiste, l'union de la gauche souhaitée par Vauzelle est loin d'être acquise. Il estime pourtant que sa politique plaide pour, défendant "un budget de combat" et – clin d'oeil appuyé au Front de gauche – l'action aux côtés des "travailleurs de Nice-matin et de la SNCM" au cours d'un point presse à l'issue du vote.

Candidat à un 4e mandat ?

Plus généralement, il s'est attaché à polir son profil gauche, celui qui lui fait dire que "ce qu'on appelle la gauche de la gauche est en fait la gauche". Il a rappelé qu'il s'était trouvé "en accord" avec les participants d'un récent meeting de Gauche avenir avec la frondeuse PS Marie-Noëlle Lienemann, Emmanuelle Cosse (EELV) et Pierre Laurent (PCF).

"Ma responsabilité morale est de faire comprendre à la gauche qu'il faut qu'elle soit unie dans l'intérêt du peuple de cette région", explique-t-il. Proposera-t-il de conduire un tel attelage ? Il ne se prononce pas pour l'instant et s'en explique : "Si je me déclare candidat à la présidence aujourd'hui, tous les canons se tourneront contre moi." Ce vendredi, il a déjà senti le vent des premiers boulets.

>> Actualisation le 15 décembre : Nous publions ci-dessous un courrier en réponse envoyé par Sophie Camard, la co-présidente du groupe EELV/Partit occitan.

 

 

 

1. Précision le 16 décembre à 12 h 30 : L'entourage de Michel Vauzelle nous précise qu'il n'y a eu qu'un seul audit concernant la Villa Méditerranée, celui de Bernard Latarjet que nous avions détaillé sur Marsactu. La région dément ainsi – ce qu'elle n'avait jamais fait jusqu'ici – cette information parue dans le Canard enchaîné.

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Commentaires

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  1. savon de marseille savon de marseille

    BRAVO. 5 millions de foutus en l’air pour 2015 . Merci aux écolos!. On saura s’en souvenir.

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  2. Anonyme Anonyme

    Le message a été bien reçu au plus haut niveau du Conseil régional.

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  3. Manipulite Manipulite

    Une fin de règne lamentable de Vauzelle. Avec des millions d’€ d’argent public dilapidés. Sa majorité en lambeaux doit lui demander des comptes.

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  4. Anonyme Anonyme

    insultant meprisant sa sortie sur les elus de droite qui n ont jamais frequente l enseignement superieur est significative
    lamentable

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  5. Anonyme Anonyme

    Vauzelle est un mauvais gestionnaire comme bien d’autres très nombreux politiques. Rappelons qu’il a déjà fait faillite lorsque il a été le maire d’Arles. Les élus de la région sont payés beaucoup plus que dans d’autres régions De plus la dette a explosée sans parler de nombreuses embauches.

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  6. Anonyme Anonyme

    il faut rappeler à VAUZELLE le sens du mot « racisme »

    Il est complètement barré ce président !

    Dès que tu es pas d’accord avec lui tu es raciste.

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  7. REEL REEL

    Ce bon Michel VAUZELLE est méprisant avec ceux (droite ou gauche) qui n’ont pas fait d’études supérieure, mais lui il n’a pas pu faire l’E.N.A et çà le gène surtout lorsqu’il fut au Gouvernement sous Mitterand et d’ailleurs certains de ses « camarades » le lui faisaient sentir et il en était marri.Alors il se venge sur les autres.De plus c’est peureux.Il évite d’être seul à pied dans ARLES.On le connaît , c’est un triste sire!

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  8. Anonyme Anonyme

    il part quand cet incapable?
    le dernier des affreux dinosaures de l’époque Mitterandienne… on devrait l’empailler et le montrer aux enfants avec comme cartel : « le meilleur exemple de l’abrutissement et aveuglement idéologico-politique ».
    oust du vent…. adieux l’affreux

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  9. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Beaucoup de commentaires peu élégants sur Vauzelle ici. Mais il faut reconnaître que son mandat actuel ne restera pas dans les annales comme un modèle de gestion : entre le monument pharaonique – bien mitterrandien – construit à sa gloire sur le J4, l’affaire Andrieux et le rapport très critique de la Chambre régionale des comptes (http://www.marsactu.fr/politique/michel-vauzelle-esquive-la-chambre-regionale-des-comptes-32165.html), le contribuable régional aura été mis à rude épreuve.

    Après trois mandats et à bientôt 70 ans, il est peut-être temps de passer la main à une nouvelle génération. N’y a-t-il donc à gauche aucun quadra ou quinqua ayant des idées et de l’envergure ?

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  10. Anonyme Anonyme

    Décidément, rien ne nous era épargné…après les compâraisons entre Lyon-Métropole et Le futur Branchu-Bidule, revoilà le « Marseille, à l’égal de Barcelonne »…
    PITIE, arrêtez de comparer l’incomparable, le ridicule ne tue pas, mais quand même, il y a des limites à l’indécence…Quoique, à Marseille…

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  11. Anonyme Anonyme

    pourquoi ne parlez vous pas de mdme wichnievsky qui a ete la seule a dire la verite sur le budget

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  12. Anonyme Anonyme

    pourquoi ne parlez vous pas de mdme wichnievsky qui a ete la seule a dire la verite sur le budget

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  13. Tresorier Tresorier

    Ce type a accumule l’endettement, fait exloser les effectifs, subventions et impots.

    Pour quel resultat ???

    Quand je vois l’etat du reseau TER, de l’enseignement technique, c’est a pleurer.

    Au lieu de dilapider notre argent en competences facultatives et en pur clientelisme , le CR devrait enfin faire son boulot dans ses competences obligatoires.

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  14. anonyme anonyme

    Sur la L2 et ITER, le double discours du Front de gauche est flagrant.

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  15. anonyme anonyme

    C’est sur qu’avec le PS c’est pas gagné.

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  16. Anonymec Anonymec

    La villa Méditerranée est un gouffre. Point final. Et
    le contribuable appréciera.

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  17. REEL REEL

    Il faut se souvenir comment VAUZELLE est arrivé au PS d’ARLES!
    1974,Chaban-Delmas est battu aux présidentielles.VAUZELLE qui était dans son équipe (trésorier-adjoint de la campagne)n’a pas de point de chute.Il arrive sur ARLES qu’il connaissait quand il était plus jeune!!!Rencontre Le Maire des Baux de l’époque Monsieur THUILLIER (décédé depuis) à l’Hotel Baumanière.mr THUIMMIER est proche de l’UDR (avant le RPR) donc de Feu Georges POMPIDOU, et des barons gaullistes.Il demande à THUILLIER s’il pouvait « prendre  » l’UDR locale. Elle est déjà prise par un »notable gaulliste » décédé depuis après avoir été Maire des Baux dans les années 1995.THUILLIER lui conseille d’aller vers le PS local qui venait d’être laminé par les communistes en 1971 ou PRIVAT (maire ps depuis 1947 avait été battu par les communistes -puissants à cette époque-)ce même PRIVAT dû abandonner la députation (élus depuis 1958) et le conseil général (élu depuis les années 50)le tout passé aux communistes!!!!!Vauzelle à écouté THUILLIER,. Il a tente en 1976 de faire alliance avec d’UDF local pour faire comme PRIVAT en 1947 (PS-MRP) mais il y eu l’accord national PC-PS (nouveau parti socialiste) et VAUZELLE a dû se retirer de l’accord local.On connait la suite…

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  18. Anonyme Anonyme

    en demandant une place a l udr il n etait pas un traitre puis qu il etait a lUJP
    mais ce qui est interssant c est ce parcours ou les amis comme brochand n ont jamais ete oublies
    voyez les subventions pour cannes
    vauzelle a ete toujours au service de sa personne les idees il en a une lui

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  19. REEL REEL

    Un traitre NON – un OPPORTUNISTE oui. C’est vrai qu’il aime fréquenter et Brochant et consorts.Il aime bien Cannes, c’est raffiné!!!!!!!

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  20. REEL REEL

    Un traitre NON – un OPPORTUNISTE oui. C’est vrai qu’il aime fréquenter et Brochant et consorts.Il aime bien Cannes, c’est raffiné!!!!!!!

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  21. Anonyme Anonyme

    intressant le lien avec cannes maville
    quand vauzelle parle du gaspillage des fonds publics
    cf la villa

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  22. Siribou Siribou

    Bon, on ne va pas épiloguer :c’est un machin qui ne sert à rien. Un caprice, une folie comme on disait autrefois à Marseille des constructions des grands bourgeois (lesquels, différence significative, payaient eux avec leur argent). Il reste pour le contribuable à faire contre mauvaise fortune bon cœur, et à se souvenir le moment venu de qui a dit quoi, de qui a fait quoi, de qui a soutenu par son vote ou en s’abstenant une réalisation absurde dont on ne peut se débarrasser, désormais mise sous respirateur artificiel et qui coûte encore et toujours en fonctionnement, au moins l’équivalent des coupes sombres réalisées dans le budget 2015. Ah combien les grands discours indignés cachent-ils de plats de lentilles … L’art de la politique a toujours été l’art de faire prendre des vessies pour des lanternes et à enfumer le gogo de contribuable. Chapeau l’artiste.

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