Le plan métropolitain pour l’agriculture urbaine, grand projet encore en friche

Décryptage
le 2 Déc 2019
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La métropole a présenté un plan pour favoriser l'agriculture urbaine qui promet en deux ans la "sanctuarisation" de 40 hectares et l'aide à la commercialisation en circuits-courts sur Marseille. Avant d'attester d'un changement de cap les associations environnementales attendent une concrétisation des ambitions inscrites sur le papier.

La députée Valérie Boyer et la présidente de la métropole, Martine Vassal lors d'une visite dans le 11e le 21 novembre dernier. (Image PID)

La députée Valérie Boyer et la présidente de la métropole, Martine Vassal lors d'une visite dans le 11e le 21 novembre dernier. (Image PID)

C’est sous un chapeau et dans des bottes de pluie, que Martine Vassal a présenté le « plan d’action métropolitain en faveur de l’agriculture urbaine ». Il faut dire que le ciel du jour choisi pour l’annonce métropolitaine, le 21 novembre, était menaçant. « On fait un choix politique de sanctuariser ces terres en les rendant agricoles », énonce la présidente (LR) de la métropole, à l’abri d’une grange du 11e arrondissement, pour annoncer des mesures en vue de privilégier les pratiques agricoles en milieu urbain ou péri-urbain.

Sur ce terrain dit de la Maussane, où ont été conviés la presse et quelques porteurs de projet en agriculture urbaine, la métropole préempte huit hectares. La vocation de ces verts terrains, engoncés entre les grandes surfaces de la Valentine, des lotissements et la zone industrielle de Saint-Menet, est amenée à changer. Dans le futur plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI), ils passeront de « zone à urbaniser » à « zone agricole ». Le PLUI concernant Marseille et les 17 autres communes de l’ancienne communauté MPM sera voté en conseil métropolitain le 19 décembre. 

« Ici, il y a une vraie pression foncière. On fait des efforts importants et les propriétaires n’en sont pas forcément très heureux », ajoute la députée (LR) et ex maire de secteur Valérie Boyer. « C’est un premier pas pour l’agriculture urbaine. C’est la métropole qui va financer pour donner à bail ou à vendre pour permettre l’installation d’exploitants agricoles », indique Christian Burle, le vice-président (LR) à l’agriculture. Le maire de secteur, Julien Ravier, également élu Les Républicains et Patrick Lévêque, président de la chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, complètent la délégation.

40 hectares prévus à la remise en culture sur Marseille

Sur deux ans, le plan pour l’agriculture urbaine prévoit la « mise ou remise en culture de 40 hectares sur le territoire de Marseille » par l’aide à l’installation de « plus de 20 exploitations agricoles professionnelles ». En outre, il est prévu un soutien aux jardins collectifs et familiaux, au développement des circuits courts. Le budget annoncé du plan est de 2,1 millions d’euros. Sa deuxième phase, à partir de fin 2021, devrait étendre les actions aux autres villes de la métropole.

Le développement de l’agriculture urbaine vise à atteindre une meilleure autonomie alimentaire, à l’heure où les grandes villes ne disposent que de quelques jours de réserve en cas de rupture d’approvisionnement. Jusque dans les années 1950, Marseille n’était pas loin de la pleine autosuffisance. Aujourd’hui, son aire urbaine ne fournit qu’un peu plus de 2% de sa propre consommation alimentaire, selon une étude de 2017 du think tank Utopies. Entre temps, l’extension urbaine a englouti frénétiquement de la terre agricole (Lire notre décryptage) et a durablement écarté la plupart des citadins de la terre et de l’élevage. 4% du territoire de Marseille-Provence, l’ex MPM, est désormais agricole.

Malgré ce constat, selon la Cité de l’agriculture, le potentiel de développement de l’agriculture urbaine de Marseille est important. « 230 hectares, en comptant aussi les toits sur lesquels il est possible de cultiver, soit un peu moins que la superficie du troisième arrondissement », nous dit Maëlle Thueux, chargée de projet au sein de cette association qui œuvre pour l’agriculture paysanne en ville depuis 2015.   

Facteur d’amélioration de la résilience des villes

Dans un contexte d’intense urbanisation et de réchauffement climatique, l’agriculture urbaine présente bien des avantages environnementaux et sociaux : limitation des inondations, favorisation de la biodiversité, résorption des ilots de chaleur, prévention des incendies, lien social, insertion professionnelle… Mais la métropole mettra-t-elle les moyens pour atteindre les ambitions inscrites ? Dans ce territoire, la puissance publique est pointée du doigt depuis fin septembre, par un « répertoire des terres agricoles en danger », coordonné par FNE 13 (Lire notre article sur ce document réalisé par une vingtaine d’associations), pour son laisser-aller concernant la bétonisation des terres. La question mérite donc d’être posée.

Ce 21 novembre, les élus font montre d’un décalage certain face aux préoccupations de deux porteuses de projet. « Est-ce que vous allez emmener vos brebis au bord de l’autoroute ? », demande Valérie Boyer en évoquant l’A50 voisine à une bergère, qui expliquait l’intérêt de l’entretien des espaces verts par le pâturage. « Là ou il y a des métaux lourds. Il y a mieux pour elles », répond l’intéressée d’un air interloqué. D’ici à un an, Marie-Anne Corniou espère mener une vingtaine de brebis, élevées pour la production de viande, du parc du château de la Buzine vers les Calanques. « Dans le 11e il y a encore des vestiges de bergeries et de drailles, [des chemins empruntés pour la transhumance, ndlr] », raconte-t-elle. Sa bergerie s’installerait au château de la Reynarde, en collaboration avec l’association médico-sociale de Provence qui y gère une maison d’enfants.

Des préemptions, mais pas de certitude pour la remise en culture

Très vite, les échanges dévoilent les limites du plan lancé par la métropole. « Le prix du foncier est exorbitant. Il est un sérieux frein à l’installation. Pour deux hectares ici, ça coûte 500 000 euros, alors que dans les Alpilles j’en ai trouvé à 20 000 euros », interpelle une jeune femme qui dit vouloir s’installer en maraîchage. « Mais vous n’y aurez pas les Marseillais pour acheter vos légumes », interrompt le vice-président à l’agriculture Christian Burle.

« En passant par des baux à 5 ou 7 ans [comme la métropole le propose, ndlr], vous améliorez la terre et qu’est-ce que vous valorisez quand vous partez ? Rien, à part des remerciements. Au bout de cette période, dans ma situation, c’est impossible de devenir propriétaire pour poursuivre l’activité », ne se démonte pas l’aspirante agricultrice. « On ne peut pas avoir tout tout de suite. Rien ne vous empêche d’aller dans les Alpilles », répond Martine Vassal. « Moi je veux cultiver à Marseille. Je vous remercie de me montrer le chemin de la sortie », rétorque la porteuse de projet. Le malaise est palpable dans l’assemblée. « On est en train de déraper sur le but du jeu de ce que l’on voulait montrer », tente Christian Burle pour ramener la discussion sur les éléments du plan.

Le vice-président métropolitain à l’agriculture, Christian Burle, avec à droite Martine Vassal. (Image PID)

Les huit hectares présents sous les yeux des visiteurs trouveront-ils preneurs ? « On va faire un appel à projets et si l’on trouve personne, on verra », pose Martine Vassal. Lorsque Marsactu interroge les élus sur le possible recours à une régie agricole dont la collectivité serait responsable – permettant de salarier un ou des agriculteurs pour fournir par exemple les cantines scolaires, comme à Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) – « pour l’instant ce n’est pas à l’ordre du jour. Il y a suffisamment d’agriculteurs qui cherchent des terres et de débouchés commerciaux », balaie la présidente. L’épineuse question du prix des terrains reste quant à elle en suspens.

Ailleurs dans le 11e arrondissement, la préemption de la métropole devrait se jouer aussi au Vallon des douces, sauvant ainsi ce terrain que la fondation de France voulait faire fructifier en vendant sa partie constructible (relire notre article), qui ne devrait plus l’être à la faveur de l’entrée en vigueur du PLUI. « Notre premier souci c’est d’arrêter la mécanique urbaine. Il faut encore que l’on trouve une dynamique pour installer un maraîcher, valoriser l’ensemble d’arbres fruitiers de variétés anciennes », commente Alain Fourest, associatif marseillais et par ailleurs amoureux du lieu, que nous avons joint par téléphone.

Une obligation de cohérence

La bergère Marie-Anne Corniou n’a pour l’heure qu’un « engagement verbal » de la métropole à la soutenir dans son installation. Elle « attend de voir le concret », à propos de son projet comme sur l’ensemble des implications de la collectivité. « C’est un début, tant mieux. Que ça commence ! Il y a plein de choses qui mérite d’être étudiées, écoutées, analysées », exprime, dans un sentiment proche, Maëlle Thueux de la Cité de l’agriculture. Elle estime que « la démarche est positive parce que plusieurs services de la métropole travaillent en synergie, ce qui est plutôt rare, et que nos idées sont écoutées ». « C’est une politique qui doit monter en puissance et qui pourrait répondre au problème d’accès au foncier par des baux à très long terme », considère pour sa part le président de la chambre d’agriculture, Patrick Lévêque.

Du côté de France nature environnement 13 (FNE), on est un petit peu plus critique. « C’est l’exemple type de circuits-courts qu’il faut prôner. Mais la métropole a une obligation de cohérence. Rien que sur Marseille et Aix on atteint 200 hectares de zones agricoles menacées », met en balance Alain Goléa. Il est l’un des coordinateurs du « répertoire des terres agricoles menacées » à l’échelle du département. « La métropole défend encore des projet routiers consommateur de terres, comme la Linea, [de Saint-Marthe à Allauch]  ou le boulevard urbain sud qui menace les jardins Joseph Aiguier [9e arrondissement]. Quant au PLUI, il table sur l’augmentation de la population. Comment fait-on pour mieux nourrir les habitants tout en construisant plus de logements ? », interroge le militant associatif qui défend « un moratoire sur la consommation d’espace agricole » et un travail de fond sur la question. Le plan pour l’agriculture urbaine est-il prometteur ou exempt de cohérence ? La concrétisation de ses débuts traduira son envergure.

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Commentaires

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  1. Philippe Lamotte Philippe Lamotte

    Voilà une nouvelle opération de com’ politique de M. Vassal. Exemple: sur la toute première photo de l’article, l’homme à sa droite lui montre l’environnement, du manche de son parapluie mais elle fixe l’objectif de l’appareil photo droit devant elle. On dirait qu’ça t’gêne de marcher dans la boue … !

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    • Un électeur du 9 ème Un électeur du 9 ème

      Je partage tout à fait l’avis de Philippe Lamotte : il s’agit bien d’une opération de communication de Mme Vassal qui les multiplie en ce moment.

      Le pire c’est que l’on voit souvent Mme Vassal au fil des jours à la une de Marsactu, déjà vendredi avec l’article sur la visite dans le 4/5 et encore aujourd’hui lundi et que même si le texte de l’article comporte une dimension critique s’appuyant sur des témoignages, les photos s’impriment davantage dans l’esprit des lecteurs. Si Mme Vassa,l comme le signalait le titre de vendredi est et « en conquête sur tous les secteurs », elle est aussi en conquête auprès de tous les lecteurs, ceux de Marsactu compris.

      De par le choix des photos Marsactu semble participer ici à des opération de communication pilotées par la présidente de la Métropole et du Conseil général ainsi qu’à cette œuvre de sacralisation des élus dans un pouvoir vertical alors que nous sommes déjà en période électorale (il faut voire les équipes fournies de Mme Vassal le samedi matin en distribution de tracts dans le 9 ème arrondissement avec la photo de Mme Vassal au recto).

      J’ai fait il y a quelques années une analyse de l’iconographie de la presse régionale depuis les années 50 dans une autre région. Dans les années 50, si une rue était en travaux le photographe montrait l’ouvrier avec son marteau-piqueur, aujourd’hui c’est l’adjoint à la circulation qui a présenté la délibération ou le maire que l’on verra.

      La photo de Clémentine Vaysse dans l’article du le 25 Sep 2019 était beaucoup plus intéressante sauf qu’il manquait une légende précise permettant de la localiser. De même dans cet article d’aujourd’hui il eut été plus intéressant de photographier les différentes personnes citées (la bergère Marie-Anne Corniou ou l’’aspirante agricultrice si elle l’avait accepté), ou bien une photo de ces terres agricoles dans le contexte urbain, en bord d’autoroute ou de zone industrielle mais pour cela il fallait que le photographe prenne le temps et prenne sa photographie derrière la délégation en visite, là où l’on aperçoit les zones urbanisées.

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Le fond de l’article est intéressant. L’iconographie est en effet plus discutable : deux photos, deux Martines (dont l’une est nettement plus intéressée par l’appareil photo que par la discussion), ça fait beaucoup en cette période électorale. Ce n’est tout de même pas elle le sujet, contrairement sans doute à ce dont elle est persuadée.

      Martine en fait des tonnes pour paraître « écolo » : grand bien lui fasse, elle a derrière elle vingt ans de politique municipale anti-écolo à faire oublier ; mais on n’est pas obligé de tomber dans le panneau.

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  2. Patrick Magro Patrick Magro

    Lorsque Claude Vallette et moi même, accompagné par un ingénieur agronome de la Safer, nous nous sommes rendus à la Fondation de France à Paris en 2012, nous avions conscience que l’acquisition des Douces allait fixer de fait la prix de référence du mètre carré agricole dans Marseille intra-muros. Après un début de négociation à 8€ nous sommes sorti avec un prix à 5€ dans le cadre d’un accord global. J’ignore si 7 ans après, au moment où
    la transaction semble se concrétiser ce prix est toujours le même. Patrick Magro. Vice-président de MPM Urbanisme/ Agriculture 2008-2014

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  3. EGP1375 EGP1375

    Une initiative qui va dans le bon sens: meilleur protection de l’environnement, préservation des espaces verts et du cadre de vie, lutte contre le réchauffement des centres urbains, amémlioration d el’auto-suffisance alimentaire et des circuits courts. Marseille a été massacrée pendant des décennies par les promoteurs immobiliers avec l’assentiment des élus et des « responsables » en charge de l’aménagement, le patrimoine culturel et naturel a été détruit (et continue d’être détruit) sans vergogne, défigurant le terroir et la culture locale (voir en particulier les cas d’Allauch, Bois-Luzy, St Barnabé etc etc). Il ne suffit pas de faire des façades végétalisées et toits terrasses avec des rangées de tomates pour préserver l’environnement de Marseille et du terroir. Il faut une réelle politique de protection du patrimoine et de valorisation des éléments remaquables (bâti et végétal) qui existent. Les habitants et électeurs restent vigilants.

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    • Tarama Tarama

      Pourquoi en parler au passé. Marseille est massacrée par Madame Vassal et ses amis, et on dirait qu’à l’approche de la fin de mandat, les cadeaux aux copains du BTP n’ont fait que s’accélérer. Il y a une véritable hystérie de bétonnage dans tous les quartiers, pas un m² n’échappe à l’appétit des promoteurs.

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Encore un effort Martine et nous allons te retrouver rue d’Aubagne en train de chanter :« A l’aïgo sau, leï limaçoun !N’aven dei gros, e dei pichoun. » , ou bien au milieu des cabro en train de nous apostropher avec  » A la chèvre du Rove »
    Tout ceci pour faire l’hôtentique au milieu des cabrins .
    C’est du n’importe quoi

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  5. Richard Mouren Richard Mouren

    Et si on gelait les zones agricoles (encore récemment cultivées) des « Hauts de Ste Marthe » qui sont des terrains de bonne qualité, d’un seul tenant, bien plus propices que les parcelles au pied des collines du sud de Marseille?
    Ceci dit, tout à fait d’accord avec ce problème récurrent de l’iconographie de Marsactu: ce matin 3 décembre 6 sujets dont 3 concernant Vassal illustrés par sa binette.

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