À l’heure de l’arrêt du charbon à Gardanne, la transition manque encore de concret

Actualité
le 11 Sep 2020
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L'activité charbon de la centrale de Gardanne pourrait s'arrêter dès la fin de l'année selon un plan social que prépare l'exploitant Gazel énergie. De quoi relancer le mouvement porté par la CGT et ajouter des incertitudes à l'avenir du site alors qu'une nouvelle discussion du "pacte de transition" est prévue ce vendredi entre élus, industriel et État. Marsactu en détaille les grandes lignes.

Le cortège de la centrale de Gardanne dans la manifestation CGT d'Aix du jeudi 10 septembre 2020. Photo : Pierre Isnard-Dupuy.

Le cortège de la centrale de Gardanne dans la manifestation CGT d'Aix du jeudi 10 septembre 2020. Photo : Pierre Isnard-Dupuy.

L'enjeu

Gazel énergie précipite l'arrêt de la tranche charbon et veut engager un plan social d'ici à la fin 2020. Le "pacte pour la transition" continue lui de s'écrire entre élus, État et exploitant.

Le contexte

Le gouvernement a choisi de bannir le charbon pour la production d'électricité au 1er janvier 2022.

Après la fermeture de la mine en 2003, l’ère du charbon à Gardanne est en train de se tourner définitivement. L’évènement est anticipé par rapport à la date retenue par le gouvernement pour interdire le recours au charbon pour la production électrique en France, au 1er janvier 2022.

Gazel énergie, l’exploitant de la centrale thermique de Provence ne veut pas relancer son unité qui fonctionne au charbon et prépare un plan social imminent pour les salariés qui y travaillent, comme l’a appris la CGT en début de semaine. La première réunion du comité social et économique de l’entreprise consacrée à cette question aura lieu mardi prochain. “Le redémarrage nécessiterait de lourds investissements que la décision gouvernementale d’une fermeture au plus tard début 2022 ne rendent plus viables”, justifie Gazel énergie dans un courriel à Marsactu, sans préciser toutefois ni l’échéance, ni les mesures sociales qu’elle prendra.

Plan social et “pacte de transition”

Le plan social que prépare cette filiale du groupe EPH, propriété du magnat tchèque Daniel Kretinsky, pourrait aboutir d’ici fin 2020, estime la CGT. Les salariés bénéficieront des conditions prévues par l’État pour la sortie du charbon, que Marsactu avait détaillées : congés spécifiques d’accompagnement de 12 à 18 mois, formation et aux projets de reconversion, soutien des entreprises sous-traitantes…

Autant de mesures que la CGT rejette en bloc comme “une déclaration de guerre”, préférant défendre la conservation de l’ensemble des 170 emplois du site (voir encadré), qui comprend aussi une unité au bois, autrement appelée biomasse, d’une puissance de 150 MW en plus du charbon qui lui représente 595 MW.

Une 1ère manifestation ce jeudi en forme de rentrée sociale
Le conflit social repart de plus belle à la centrale thermique. Ce jeudi dans les rues d’Aix, sous un ciel gris automnal, les salariés de la centrale thermique de Gardanne tenaient la tête de cortège de la manifestation de la CGT des Bouches-du-Rhône qui lançait sa saison de mobilisation.
“Aucune mesure d’accompagnement ne sera négociée, c’est la position de la CGT. On ne sortira pas un mégawatt”, harangue le délégué CGT du site Nicolas Casoni au micro. De mégawatt il n’en sort plus beaucoup depuis 2015, comme l’a observé l’Usine Nouvelle, et plus du tout depuis que la grève enclenchée en décembre 2018 (lire notre reportage sur le piquet de grève de la centrale de Gardanne). Avec l’union départementale CGT et le syndicat des dockers, les salariés de la centrale promettent des actions pour se faire entendre.

Parallèlement, élus, industriel et État continuent de mettre au point le “pacte de transition” qui devrait accompagner la mutation économique du territoire. Ce vendredi une nouvelle réunion du comité de pilotage se tient à la préfecture. Marsactu a eu accès au document de travail qui est au menu des discussions. Si globalement les projets se précisent, les modalités et les dates de leur mise en place ne sont pas encore clairement établies. Et pour certains d’entre eux les années ont passé sans qu’ils ne soient sortis des cartons.

Des années qui n’ont pas fait émerger les projets de transition

Réseau de chaleur, scierie, hydrogène et recyclage des déchets parmi les pistes de transition

Depuis l’émergence du projet de conversion à la biomasse en 2011, l’État avait assuré de son soutien à l’exploitant d’alors, l’allemand E-On, via un tarif préférentiel de rachat de l’électricité, à condition que ce dernier mettent en place une cogénération. Ainsi, en plus de la production électrique, la chaleur devait être valorisée sous la forme d’un réseau de chaleur desservant l’usine Alteo et des bâtiments de Gardanne et Meyreuil. La version 2020 du projet prévoit d’alimenter le réseau de chaleur déjà existant d’Aix avant un hypothétique développement à proximité.

Autre serpent de mer, une scierie devrait s’intégrer à proximité et en “synergie avec la centrale biomasse”. Le document de travail révèle la société qui devrait gérer la scierie, à savoir la Société forestière énergie bois (Sofeb) situé à Aubagne. Par ailleurs, le document confirme la volonté de structuration d’une filière bois projetant, sans précisions, une opportunité de développement d’activités autour de la chimie du bois et confirmant des formations spécifiques amenées à être développées au lycée agricole de Valabre.

Se confirme également la volonté de faire émerger des production d’hydrogène et de méthanol, qui serviraient à l’industrie et aux “mobilités durables”. Connecté au ferroviaire, une partie du terrain de la centrale pourrait aussi voir s’installer un centre technique pour les trains de la ligne Marseille-Aix, en lien avec “l’abandon de la motorisation diesel via la technologie du train sur batteries”. Le dernier axe envisagé concerne l’économie circulaire avec des projets évoqués autour du recyclage des plastiques et de recyclage des déchets du BTP pour produire de nouveaux matériaux de construction, portés par les entreprises Durance Granulat et Eurovia. De 100 à 120 emplois pourraient être créés si l’ensemble des projets voient le jour.

Des élus partagés entre “bon sens” et “coup de poker”

Il ne faut pas oublier que c’est l’État qui a tordu la main de l’industriel en décidant d’arrêter le charbon.

Jean-Pascal Gournès, maire de Meyreuil

À la veille de la nouvelle étape de construction du “pacte de transition” qui se tiendra ce vendredi en préfecture, les élus portent des regards très contrastés. “Il me faut plus de garanties pour l’emploi”, réclame le maire LR de Gardanne Hervé Granier tout en estimant que “les projets vont dans le bon sens”. Son homologue divers droite de Meyreuil, Jean-Pascal Gournès, partage un même sentiment. “Je comprends qu’à un moment donné l’industriel veuille arrêter l’hémorragie et aller vite sur le plan de sauvegarde de l’emploi. Il ne faut pas oublier que c’est l’État qui a tordu la main de l’industriel en décidant d’arrêter le charbon, affirme celui qui est aussi conseiller métropolitain délégué à l’industrie. L’État a une grande responsabilité qui nécessite que le volet social soit réussi.” Pour l’élu, les 10 millions d’engagement financier promis par l’État ne suffiront pas.

En solidarité avec les salariés, le conseiller départemental PCF Claude Jorda envisage de pratiquer la politique de la chaise vide. “Je ne remets pas en cause les projets, je suis en désaccord avec la démarche. Comment peut-on discuter pacte de territoire et en même temps précipiter l’arrêt de l’activité ?”, argue celui qui est aussi conseiller municipal d’opposition alors qu’il défile avec la CGT ce jeudi dans les rues d’Aix.

“C’est un coup de poker. Hydrogène, méthanol, ce sont des mots magiques qui font bien dans les salons feutrés en ville, fustige le député écologiste François-Michel Lambert qui ne voit pas d’ambitions dans ce qui est avancé et un compte insuffisant pour la création d’emplois. Lui préfèrerait “plus que jamais que soit récupéré le foncier” pour proposer une zone multi-activités et du résidentiel (lire notre entretien avec François-Michel Lambert à propos de sa vision sur l’avenir des 80 hectares de la centrale de Gardanne). Contactée, la préfecture n’a pas donnée suite à nos demandes dans le temps imparti à la publication de cet article.

Le “pacte de transition” s’appuie en son centre sur l’unité biomasse qui elle même est source d’incertitudes. Son démarrage, qui n’est toujours pas effectif, a multiplié les difficultés techniques, comme Marsactu l’avait révélé. Initialement l’unité devait atteindre son fonctionnement normal en 2014. “L’objectif de l’entreprise est la pérennisation de la tranche biomasse, pour laquelle elle a investi près de 300 millions d’euros”, assure Gazel énergie. Une nouvelle phase de rodage est planifiée dans les prochaines semaines mais, pour poser leur rapport de force, les syndicalistes CGT annoncent que les salariés ne la mettront pas en œuvre. Les associations écologistes manifestent quant à elles ce vendredi pour dénoncer une nouvelle fois l’impact qu’elles jugent néfaste de l’unité sur l’avenir des forêts. Des points de blocage supplémentaires loin de susciter des certitudes sur l’avenir industriel de Gardanne.

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