Bientôt rachetés, les ouvriers de la centrale de Gardanne veulent garder le charbon

Reportage
le 28 Déc 2018
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Les ouvriers de Gardanne, en grève depuis le 7 décembre, demandent un moratoire sur la fermeture des centrales à charbon, que le gouvernement a établie à 2022. L'annonce récente du rachat du site par EPH, magnat de l'énergie tchèque, a ajouté à l'angoisse ambiante.

Image Clara Martot.

Image Clara Martot.

Ce jeudi, comme depuis trois semaines, la cheminée de la centrale thermique de Provence, hissée à 300 mètres, ne crache pas de fumée. Il y a bien un peu de charbon qui brûle sur le site de Gardanne, mais il est amassé à l’entrée et coiffé par un drapeau CGT. Le syndicat a remporté 94% des voix aux dernières élections. « Alors quand on a proposé la grève reconductible en assemblée, tout le monde a dit oui », rapporte Nadir Hadjali, vice-représentant CGT sur la centrale. C’était le 7 décembre dernier.

Ce jeudi, en pleine période des fêtes de fin d’année, une quinzaine de salariés de l’usine tiennent le piquet de grève. « C’est les vacances, donc on fait un peu comme on veut. Mais à la rentrée, il faudra reprendre la mobilisation fermement ! », sourit Nadir Hadjali. Avant de promettre : « pas un seul mégawatt ne sortira de la centrale tant que nous n’obtiendrons pas de moratoire. » Le gouvernement a réaffirmé à plusieurs reprises la fermeture des quatre dernières centrales à charbon de France d’ici à 2022. Alors à Gardanne, on se prépare à « tenir dehors pendant des mois. »

Uniper avait annoncé sa volonté de vendre ses actifs français au mois de septembre

D’autant que l’annonce du rachat de la centrale par EPH, groupe énergétique tchèque spécialisé dans le rachat d’usines à charbon et autres combustibles dits « sales », brouille davantage l’avenir du site. Car si le propriétaire Uniper a annoncé le 24 décembre être entré en négociations exclusives avec EPH, aucun détail, ni sur les motivations de l’acheteur, ni sur la somme de la transaction, n’est connu à ce jour.

Des élus locaux en soutien

« La fermeture de la centrale, ce n’est pas la première fois qu’on nous l’annonce. C’est un contexte perpétuel. La question n’est pas d’être pour ou contre le charbon. Il y a des centrales thermiques en Allemagne, en Chine, en Inde. Annoncer la fermeture imminente de quatre centrales en France et appeler cela la transition écologique, non seulement c’est hypocrite, et chez nous, la conséquence, c’est un chômage de masse », analyse Nadir Hadjali. Si l’on compte 180 salariés sur le site, la CGT compte elle 450 emplois avec les sous-traitants, et 1000, en ajoutant les emplois indirects liés aux transports et l’industrie maritime. Une fermeture rapide fait alors craindre un plan social dévastateur pour cette région industrielle, déjà amputée de son activité minière depuis 2003.

« Nous défendons un moratoire depuis le début et nous pensions à faire grève bien avant le mois de décembre. Quand on a vu la mobilisation nationale des gilets jaunes, nous avons eu envie de sauter le pas et de partager leur lutte », explique Nadir Hadjali. En plus de cette nouvelle convergence, les salariés peuvent compter sur le soutien historique du maire de Gardanne, Roger Meï (PCF) qui expliquait à Marsactu vouloir réfléchir à produire un « charbon plus propre ». C’était le 19 octobre, jour où le ministre de la transition écologique François de Rugy avait reçu les élus du territoire pour entamer la première phase de concertation du CTE, étalée sur trois mois.

Le CTE, pour contrat de transition écologique, doit accompagner la reconversion du site selon une feuille de route que doivent signer le gouvernement et la métropole. La nature de cette reconversion reste à définir de toutes pièces, ce qui inquiète les élus. C’est pourquoi en octobre, un courrier signé notamment par la déléguée métropolitaine à l’industrie Béatrice Aliphat et adressé au gouvernement demande « des garanties sur l’usine et les salariés, avant toute signature du CTE », explique la conseillère départementale EELV Rosy Inaudi, également signataire. Par ailleurs, cette dernière a porté sur la table du ministre un projet de reconversion du site misant sur le développement d’une filière bois. Mais ces soutiens politiques, bien que venus de toutes les instances locales ne peuvent anticiper la volonté du futur propriétaire EPH.

Le « Bernard Tapie des centrales à charbon »

Les salariés de Gardanne ne sont pas contre un changement de main. Sauf que EPH, qui a également racheté l’autre centrale à charbon d’Uniper, celle de Saint-Avold (Moselle), y a déjà conclu un accord pour revendre son activité gaz à Total. Ainsi, la crainte d’un démantèlement similaire se propage à Gardanne, car le site possède également une double activité : charbon et biomasse. « On a peur que le nouveau propriétaire joue au Bernard Tapie des centrales à charbon. On craint qu’il rachète aujourd’hui parce que le charbon est en baisse, qu’il rentabilise ses affaires à sa manière, puis qu’il revende demain la partie biomasse qui elle, vaut de l’or », assure Nadir Hadjali.

La poursuite de l’activité biomasse, question centrale pour l’avenir du site

Les fameuses chaudières charbon, nommées tranche 5, « vous les voyez pas de l’entrée », explique Michael, technicien à la centrale depuis 19 ans, et connaisseur des lieux « sur le bout des doigts« . Ce que l’on voit depuis le piquet de grève, c’est donc la tranche 4, celle qui expérimente une activité biomasse depuis un an. Sous le feu des critiques, notamment parce qu’elle implique une importation importante de bois, le développement de cette énergie considérée comme renouvelable est soutenu par les salariés du site.

Mais pour eux, l’hypothèse d’une poursuite de l’activité biomasse sans l’activité charbon est « impossible. Il faut que EPH le sache. Nous ne supporterons pas une vente à la découpe ici comme ils l’ont entamé en Moselle. » Ces mots sont martelés par Nadir Hadjali, mais pour les quelques autres grévistes mobilisés en cette période de fêtes, le discours a laissé place au silence et à l’attente. Celle d’une annonce d’EPH, qui concrétiserait une ligne de direction. Celle d’une visite du ministre François de Rugy, promise aux élus lors de la réunion d’octobre. Et celle des conclusions de l’agence mandatée par la CGT pour explorer des hypothèses de transition. « On leur a demandé de tester des projets avec charbon, et sans charbon », affirme Nadir Hadjali, accroché, comme ses collègues, à l’espoir pourtant lointain d’un moratoire.

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