À la centrale de Gardanne “pas de charbon, pas de biomasse” pour la CGT

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Clémentine Vaysse
20 Mai 2016 19

Depuis plus de trois semaines, la centrale thermique de Gardanne est à l'arrêt du fait d'un mouvement de grève. Son propriétaire, Uniper, menace d'arrêter la production d'électricité à partir du charbon après l'annonce par François Hollande du relèvement de la taxe carbone. Cela pourrait déboucher sur la suppression de 90 emplois d'ici l'été alors que la partie biomasse doit être mise en service sous peu.

Un pique-nique, au pied des cheminées d'une centrale à charbon. L'idée, qui peut paraître des plus originales, perd de sa folie quand on sait que l'événement est organisé par la CGT, le syndicat majoritaire de l'entreprise gardannaise. En pleine mobilisation contre la loi travail, l'organisation a choisi le lieu pour son meeting départemental ce 19 mai. Le site est à l'arrêt depuis le déclenchement d'une grève reconductible le 28 avril suite à l'annonce d'une potentielle fermeture de la partie charbon par la direction d'Uniper, désormais émancipée du groupe allemand EON. Plus aucune fumée ne sort des gigantesques cheminées qui caractérisent la centrale.Du charbon, importé depuis la fermeture des mines de Gardanne au début des années 2000, y est brûlé pour produire de l'électricité lors des pics de consommation, notamment en hiver. Sauf l'année dernière où les salariés avaient bloqué le site pendant six mois pour s'opposer à l'externalisation de certaines activités. Avec le maintien de la seule activité biomasse (combustion de bois et de déchets verts, aujourd'hui en travaux après un premier test), 90 des 170 emplois s'envoleraient avec cette activité historique. Alors, nouvelle menace, nouveau blocage : "Plus aucun mégawatt ne sortira de la centrale de Gardanne tant que les travailleurs n’auront pas de garantie sur la pérennisation de leur outil de travail et de leurs emplois", a prévenu la CGT lors de l'annonce il y a trois semaines. Aujourd'hui, faute d'avancées, ils menacent donc de bloquer la partie biomasse de la centrale, actuellement en test.

Un nouveau plan social

centrale-gardanne-meeting-cgt"Depuis la privatisation [en 2004], on a connu au moins trois annonces de ce type. À chaque fois, on s'en est sortis. Mais cette fois-ci, l'annonce a été brutale, c'est la première fois qu'ils le font ainsi", explique Nadir Hadjali, responsable CGT. Dans un "flash info" interne en date du 28 avril, la direction d'Uniper évoque les conséquences de l'annonce d'un "prix plancher du carbone" faite par le président de la République lors de l'ouverture de la conférence environnementale trois jours auparavant. Pour réduire l'écart de prix entre l'électricité produite par le charbon et par le gaz, la taxe carbone va être relevée pour les installations utilisant des ressources fossiles, pour atteindre un prix de vente de l'ordre de 30 euros le mégawatt. Un sacré coup pour les cinq centrales à charbon restantes en France, pointées pour leur seuil de pollution atmosphérique astronomique. Selon Le Monde, qui cite le ministère de l'environnement, le but du gouvernement serait de "réduire à 200 heures le fonctionnement des centrales à charbon" contre une moyenne de 4000 heures par an actuellement. En clair : ne faire tourner ces installations qu'en cas d'urgence mais les garder tout de même en activité."Compte tenu de l'incertitude que la perspective de création d'un prix plancher fait peser sur la viabilité de l'activité de l'entreprise, Uniper ne serait pas en mesure de pérenniser son activité en France au-delà du semestre en cours", est-il expliqué aux salariés. Le jour même, l'entreprise double la communication interne d'un communiqué reprenant lui aussi noir sur blanc la menace d'un plan social "qui devra inclure un nombre significatif de départs contraints, puisque les possibilités de mesure d'âge ont été épuisées par les plans de départs volontaires précédents". Uniper demande à l'Etat des "mesures d'accompagnement sociales équitables". Elle rappelle également qu'elle a fermé cinq de ses sept unités fonctionnant au charbon entre 2013 et 2015. Contacté, Uniper s'est refusé à tout commentaire supplémentaire.

L'été pour échéance

Pas de commentaire non plus de la part du ministère de l'environnement suite à cette annonce et à la réaction d'Uniper. Le préfet de région, Stéphane Bouillon s'est rendu le 18 mai à la centrale de Gardanne et a rencontré direction et syndicats. S'il ne s'agissait officiellement que d'une visite de la partie biomasse, prévue de longue date, ce dernier aurait donné rendez-vous en juin aux représentants des salariés pour plus de détails sur l'application de ce prix carbone plancher.La date limite fixée tant par l'entreprise que par le gouvernement correspond à la mise en exploitation de la partie biomasse. "La direction a décidé d'anticiper", regrette le cégétiste Nicolas Casoni. "Nous avons calculé que les centrales à charbon et ou fioul représentent 5% des émissions de carbone françaises et en même temps, on remplace les trains par des bus ? On n'est pas contre la taxe carbone mais c'est complètement incohérent, s'interroge le représentant CGT. Ce que l'on a dit à la direction et au préfet, c'est "pas de charbon, pas de biomasse". S'ils ferment une tranche, on s'arrangera pour fermer l'autre." Le syndicat assure pour l'heure ne pas entraver les travaux qui ont encore lieu sur cette partie de l'usine qui fonctionnera au bois et aux déchets verts. "Soit c'est tout le monde, soit c'est personne. On ne cassera pas mais personne ne pourra y travailler", défend la CGT.Si le départ d'Uniper se confirme, les salariés craignent une "vente à la découpe" qui séparerait la partie biomasse de celle charbonUn scénario qu'ils jugent impossible, du fait de services partagés entre les deux unités. En vingt ans, l'usine a changé maintes fois de propriétaire : Charbonnages de France, l'espagnol Endosa, l'allemand EON et maintenant sa branche Uniper. Les salariés s'y sont habitués "Nous on dit à Uniper que s'ils ne souhaitent pas rester, on ne les retient pas", ajoute Nadir Hadjali.Cette fois, la donne apparaît plus complexe car la partie biomasse, lancée définitivement cet été, est elle aussi controversée. Présentée comme la plus grande installation de ce type en France, son approvisionnement, entre filière locale et importations suscite bien des interrogations aux niveaux environnemental et économique. L'Etat soutient très largement ce projet en garantissant le rachat de l'électricité à un prix préférentiel pour environ 100 millions d'euros par an. Un coup de pouce que le gouvernement pourrait rappeler à Uniper lors des discussions à venir.

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