De quel bois se chauffe la centrale de Gardanne ?

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Julien Vinzent_
24 Juin 2013 8

Cela pourrait être un des étendards de la « transition énergétique » voulue par le gouvernement doublé de la sauvegarde industrielle chère  à Arnaud Montebourg. Pourtant, l’annonce le 16 mai du lancement des travaux de la centrale biomasse de Gardanne – pour une ouverture début 2015 – n’a pas suscité d’acclamations. C’est que derrière l’image d’une reconversion verte – du charbon au bois – le projet d’Eon soulève de nombreuses interrogations, économiques, sociales et même environnementales.

La faiblesse de la plus grande unité de production de France, 250 mégawatts (MW) pourrait justement être sa taille : six à dix fois plus que les autres centrales retenues dans le cadre d’un appel d’offres bouclé en 2012, qui lui assure un tarif de rachat de l’électricité garanti. Une telle puissance est synonyme d’un appétit hors normes : entre 800 000 et 1 million de tonnes, majoritairement du bois mais aussi des déchets verts et jusqu’à 15% de charbon.

La région inquiète pour la filière

Les premières alertes sont venues d’élus locaux, en particulier Annick Delhaye, vice-présidente du conseil régional déléguée à l’énergie. « Cela fait huit ans que nous travaillons à la mise en place d’une filière bois-énergie, on ne veut absolument pas qu’elle soit détruite par un seul demandeur, qui serait Eon », justifiait-elle. L’ampleur des besoins face à un potentiel régional aujourd’hui estimé à 700 000 tonnes va même à l’encontre du modèle promu par la région : « Ce qu’on souhaite, c’est un maximum de proximité, mettre en place des circuits courts pour faire du développement local ».

Les rapports qui se sont succédés récemment (voir notre chronologie interactive en fin d’article) ont pointé systématiquement la question du plan d’approvisionnement, censé passer en 10 ans de 40% d’importations à une ressource exclusivement locale. Si tant est qu’un rayon de 400 km peut être considéré comme tel…

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En janvier, le conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER, ouf) critiquait, à propos des lauréats de l’appel d’offres, « un gigantisme des projets inadapté aux réalités de répartition de la ressource (…) qui n’assure pas suffisamment la valorisation de la chaleur ». Cet organisme dépendant du ministère de l’agriculture s’étonnait de plans « rédigés comme si la biomasse correspondait à une ressource inerte, mise à disposition des producteurs d’énergie ». Bref, comme le charbon tiré des mines du bassin gardannais.

Dans la même veine, la mission de réflexion sur l’avenir de la forêt et de la filière bois, menée par le nouveau président de l’ONF, estimait début juin que « la biomasse est une énergie éminemment locale qui se marie mal avec les grands projets nécessitant des approvisionnements très lourds ». De quoi conforter les réserves du député de Gardanne François-Michel Lambert (Europe Ecologie-Les Verts), qui a présenté la semaine dernière un rapport parlementaire sur la biomasse. Il insiste sur les conséquences économiques possibles sur les filières concurrentes, par exemple l’usine de pâte à papier de Tarascon.

Devant la commission du développement durable de l’Assemblée, il a proposé d’adopter une hiérarchie basée sur la rareté de la ressource : « D’abord le bois d’oeuvre (charpentes, meubles, etc., ndlr), puis le bois d’industrie (papier notamment, ndlr) et au bout du bout le bois d’énergie ». À l’intérieur de cette dernière catégorie, il appelle à rechercher « la performance énergétique la plus élevée ». Ce dont est loin le projet d’Eon. Basé exclusivement sur la production, il affiche un rendement (35%) bien moindre que les chaudières (productrice de chaleur) et les centrales à co-génération (électricité et chaleur).

La menace d’une fermeture

Pourquoi, dans ces conditions, l’État a-t-il accordé une garantie de rachat d’électricité chiffrée à 100 millions d’euros par an ? Pour François Michel-Lambert, ce soutien public devrait amener à poser des conditions, notamment sociales. Sauf, que « face à nous on a quelqu’un qui a un fusil et qui dit « c’est soit ça, soit je tire » ». Il ne s’agit en effet pas d’une création mais d’une reconversion, sur les cendres d’un réacteur mis en service en 1967 et voué à l’arrêt. La chronologie le montre : c’est après le lancement de l’appel d’offres qu’Eon a annoncé en juin 2011 la fermeture de cinq tranches dont Gardanne.

Le député écologiste assure être convaincu qu’Eon « est dans une logique de fermeture à la Mittal », où promesses et chantage alternent avant de « trouver un bouc émissaire pour justifier l’arrêt du projet ». Chantage, le terme est employé dans une motion adoptée la semaine dernière par le congrès départemental de la CGT. Car en parallèle, Eon est engagé dans une bataille avec les syndicats, qui ont obtenu début juin l’annulation d’un plan de 215 suppressions de postes, dont 20 à Gardanne.

D’où une attitude prudente de la mairie de Gardanne. Pour François-Michel Lambert, « plutôt que de se préparer à une inauguration, il est urgent de sortir la boîte à outils », avec parmi les pistes « une nationalisation partielle ». En espérant que, dans ce dossier, l’hypothèse ne soit pas qu’un feu de paille. Sinon, la comparaison avec Mittal serait d’autant plus adaptée.

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