Volée de bois vert pour la centrale de Gardanne

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le 9 Jan 2014
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On est venu de l'extérieur de la région pour assister aux voeux de Michel Vauzelle, mardi à Marseille. Des manifestants des Cévennes, du Luberon, de la montagne de Lure ont interpellé le président du conseil régional sur le projet de centrale biomasse de Gardanne. Comme Marsactu l'avait détaillé en juin 2013, cette conversion du charbon au bois n'est pas sans poser des questions environnementales, malgré l'apparente utilisation d'une énergie renouvelable.

Depuis l'autorisation accordée par le préfet en novembre 2012, l'opposition grandit et se structure dans les territoires où l'exploitant E.On entend s'approvisionner pour alimenter cette unité de 150 mégawatts. Le parc national des Cévennes craint pour sa châtaigneraie (il a signé un protocole d'accord avec E.On mercredi). En décembre, une centaine d'élus du Vaucluse et des Alpes-de-Haute-Provence ont adopté une motion commune contre le projet. "On est dans l'incohérence totale avec les politiques qu'on mène localement", pestait mardi une élue du pays de Banon (04). Une version étendue des problèmes de la métropole, qui sera chargée de contribuer à la transition énergétique…

"La majorité politique va basculer"

Soutien de la manifestation de mardi, le co-président du groupe EELV au conseil régional Christian Desplats rappelle que sa collectivité "n'est pas partie prenante ni financièrement ni administrativement. Mais le signal politique de Michel Vauzelle auprès du gouvernement serait très important." Avec les prises de positions récente de Jean-Louis Joseph, président du groupe PS à la région, et Christophe Castaner, député PS et maire de Forcalquier, il estime que "la majorité politique du conseil régional va basculer rapidement" sur ce dossier.

De fait, le maire de Gardanne Roger Meï et le conseiller général du canton, qui mettent en avant la défense de l'emploi local, se retrouvent bien isolés. Le député de la circonscription, François-Michel Lambert (EELV), a lui fait part de ses doutes de longue date. Sur le fond, les griefs rejoignent ceux exprimés par un organisme du ministère de l'agriculture, qui critiquait "un gigantisme des projets inadapté aux réalités de répartition de la ressource (…) qui n’assure pas suffisamment la valorisation de la chaleur".

Sur la forme, les opposants regrettent une concertation jugée tardive et insuffisante. À l'image de notre invité Rémy Carrodano, les collectifs mobilisés recoupent d'ailleurs ceux qui mènent bataille sur les gaz de schistes, pour lesquels la décision de l'État s'était faite dans l'opacité. Un comité régional biomasse a cependant été mis en place en 2012, notamment pour réfléchir à l'approvisionnement de la centrale de Gardanne et celle de Brignoles (83), un autre projet d'envergure. Mais sa 2e réunion fin décembre n'a fait qu'inquiéter un peu plus les élus locaux, en fixant des "zones d'approvisionnement prioritaires". Au sortir de ce comité, la préfecture insistait elle sur la "sous-exploitation" de la ressource : "À peine un tiers de la capacité renouvelable de production de bois est récolté dans la région. Ainsi, le gisement supplémentaire potentiel de bois-énergie a été estimé à environ 580 000 tonnes annuelles."

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Commentaires

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  1. Citoyen de l'Estaque Citoyen de l'Estaque

    La biomasse énergie est aujourd’hui considérée comme une énergie nouvelle renouvelable (ENR). Elle entre ainsi dans un cadre réglementaire qui vise à favoriser son développement afin de réduire les émissions de CO2 associées. Par ailleurs cette reconversion créera des emplois dans une ville sinistrée.
    Ce monsieur est un « contre tout »……et avance parfois quelques énormités.

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  2. Tardif Tardif

    Vous voyez, Citoyen de l’Estaque, plutôt que de piller la châtaigneraie cévenole pour créer de l’emploi à Gardanne, les Cévenoles préfèrent conserver la maîtrise de leur paysage et créer de l’emploi… chez eux. Merci.

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  3. Citoyen de l'Estaque Citoyen de l'Estaque

    La nature reprend toujours le dessus.
    Tardif, pourquoi êtes-vous autant pessimiste ?
    Les cévenols ,qui en tireront aussi leurs marrons du feu, pourront y trouver quelques emplois forestiers aux autochtones, tout en mettant en valeur une ressource aujourd’hui mal exploitée, exposée aux risques naturels, aux intempéries, et au temps qui passe …..

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  4. Tardif Tardif

    Ce projet E.On est fondamentalement prédateur, et pas du tout « renouvelable ». Il s’agit d’un pillage. D’ailleurs, il ne comporte aucune mesure de gestion forestière sur le long terme pour les Cévennes, et il envisage aussi un apport massif de bois importé d’autres continents en « complément ».

    Les Cévenoles sont assez grands pour développer eux-mêmes des projets de mise en valeur économique de leur forêt, de manière locale et renouvelable. Et c’est d’ailleurs ce qu’ils font.

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  5. Citoyen de l'Estaque Citoyen de l'Estaque

    Prédateur, pillage…En voilà des termes mesurés,alors que les pouvoirs publics cherchent des ouvertures pour une transformation énergétique!Tout ce qui est exagéré est insignifiant, disait Talleyrand…Bien cordialement

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  6. Candide Candide

    Les Cévènoles sont des CAMISARDS. De tradition. Revendiquée et maintenue.
    Bon courage à ceux qui voudraient ne seraient-ce qu’émettre l’idée de raser les Chataigneraies, et avec elles une des dernières source de survivance : boletus edulis, indissociable…et tout ça pour chauffer les piscines des retraités parisiens ?
    HA ON VA RIRE !!!

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  7. Candide Candide

    @JL41 : ça revient…De jeunes « néo-ruraux » (les guillemenets sont juste là pour souligner le mépris de certains urbains) se sont remis à valoriser la chataigne, et Di.u sait que c’est du taf…Ramasser les bogues piquantes, traiter les fruits qui demandent beaucoup de travail pour : trier, dé-verminiser, sécher-blanchir, etc etc, il y a loin de la récolte à la valorisation…
    La chataigne et ses dérivés sont des produits de « luxe » qui VALENT leur prix…
    Mais on y revient…Et il est loin le temps où, confiture aux cochons, ces arbres séculaires étaient débités pour leur tanin. Et maintenant ce serait direction le four pour les survivants ?…
    ‘gaffe les gars…Bientôt on reconnaitrat un chataignier comme un chêne truffier : c’est l’arbre avec une vielle avec un fusil dessous;)

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  8. JL41 JL41

    1/3 Candide, effectivement, la châtaigne revient, depuis une quinzaine d’années, après l’exode rural et l’abandon des châtaigneraies. On en consomme 300 000 t en France, mais on ne réussit à en produire que 10 000 t à partir de nos châtaigneraies. A une époque ancienne, les agriculteurs des Cévennes vivaient à 80 % du châtaignier. Parmi ceux qui restent ou sont nouvellement venus (vos néo-ruraux ?), certains trouvent plus simple de vendre leurs châtaigneraies plutôt que des les restaurer, d’autant que de nouvelles maladies les assaillent. Ils feront partie des clients de la future centrale thermique au bois de Gardanne. Les exploitants agricoles encore attachés aux Cévennes, ont peur que les exploitations forestières les plus accessibles et encore sauvables y passent, plutôt que la forêt profonde et peu accessible avec ses besoins de restructuration.

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  9. JL41 JL41

    2/3 C’est vrai, Candide que la châtaigne est un produit de luxe. Les châtaignes pelées que l’on trouve en période de fêtes de fin d’année, s’achètent de 11 (grandes surfaces) à 24 € le kg (produit bio en magasin bio). La purée de marrons dont la vente a chuté, évolue vers des produits moins sucrés, mais c’est le mélange qui donne un résultat goûteux, alors que le miel s’est diversifié et fait maintenant un tabac récolté à la fleur.
    Le bois avait son marché : lames de parquet, mobilier public des collectivités, mobilier de jardin, piquets de clôture. Mais déjà le chêne vert des Cévennes avait la préférence pour les étais de mines, à Alès comme à Gardanne. Mais les lames de parquet et le mobilier de jardin viennent maintenant de Chine, qui est aussi le premier producteur mondial de châtaignes, ce qui tue ce second marché du châtaignier. On est donc en bascule. Pour les uns, la reconversion de la centrale de Gardanne, avec une exploitation raisonnée des forêts, est une chance. Pour les autres, le coup de grâce.

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  10. JL41 JL41

    3/3 Partout dans le monde, du Gard à la Chine, en passant par le Portugal et l’Italie, l’épluchage des châtaignes est mécanisé, jusqu’à la dernière peau, que certains retirent encore collectivement avec leurs invités, avant d’en entourer un rôti de porc au choux rouge et châtaignes. Boire un bon Pinot noir d’Alsace avec, un anticancéreux reconnu.
    Nous importons ce que nous consommons du Portugal et d’Italie. Cette origine est en général signalée, qu’il s’agisse des bocaux achetés en grande surface ou des surgelés Picard. Ce n’est pas une question de main d’œuvre à bas prix, Verfeuille fait cela à Génolhac dans le Gard, d’octobre à décembre, mais une question d’insuffisance de la production en France. Il reste que l’épisode manuel du tri après épluchage est déterminant.
    On ne peut pas imaginer que la centrale au bois de Gardanne détruire ce qu’il nous reste de production nationale. Si ce projet aboutit, il faut négocier un contrat de remise en culture de la châtaigne, un contrat de réhabilitation des châtaigneraies, et lier par contrat les autorisations de prélèvement à la réussite de cette réhabilitation. Plutôt que de s’opposer de façon romantique, sans projet.

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  11. Lison Lison

    Contribution très intéressante JL41! On aurait envie que vous preniez en main l’affaire. Rien a redire. Si, quand même avec votre rôti de porc aux châtaignes et choux rouge, choisissez plutôt un Cotes du Rhône ( je suggère Vacqueyras ou Saint Joseph selon le goût) ou sinon si vous tenez au pinot noir taper dans les bourgognes, un Fixin ou un Cotes de Nuits village feraient de très bons médicaments. Et gardez donc votre pinot noir d’Alsace pour un rôti de thon ou du lapin.

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  12. Tritou Fougueux Tritou Fougueux

    Si je comprends bien, Eelv est pour la dissémination des polluants, mais opposé à leur maîtrise à la source. Oui au chauffage bois des particuliers , qui pourront continuer de brûler des plastiques et des bois traités , en emmettant moult dioxines et NON à un contrôle en sortie de cheminée. Des que le mot industrie es prononcé EElv dit non, dommage.

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  13. JL41 JL41

    Où l’on reparle de la filière bois que la région prétend depuis longtemps dynamiser : « Lancé en 2012 par l’opérateur allemand Eon pour reconvertir une centrale thermique au charbon à Gardanne, au nord de Marseille, ce projet biomasse hyper subventionné par l’État français, doit mobiliser à terme un million de tonnes de biomasse forestière et de déchets bois par an.
    « Ils seraient collectés jusqu’à 400 km de cette unité. Provence, Languedoc et Auvergne pourraient alors voir une grande partie de leurs projets liés à l’économie forestière disparaître si les prix proposés par Eon sont attractifs. A l’inverse, le recours par cet industriel aux importations mettrait à genoux les producteurs locaux qui ne satisferaient plus aux conditions du marché. »
    http://www.econostrum.info/La-filiere-bois-provencale-face-a-un-mega-projet-industriel_a18851.html

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  14. Anonyme Anonyme

    La ressource bois est renouvelable.
    Il suffit de faire un plan de régénération, éventuellement des réglements.
    des états comme l’Oregon font une exploitation intensive de leurs bois, mais avec des plans de repousses avec des plantation obligatoires.
    Il me semble même que c’est obligatoire en France pour les coupes en forêts. Les propriétaires forestiers ne font pas n’importe quoi et ne peuvent pas.

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  15. Anonyme Anonyme

    Les résidus de combustion déposés sur les parois de la cheminée de près de 300 m de haut qui connait la composition du « machefer » ? C’était déposé au vallon de saint pierre et aujourd’hui à la Malespine? souffre etc. La CRIIARD est intervenu. Aucune suite n’a été donné par la municipalité qui s’est contenter de dire que c’était réglé.
    Les courriers attestent les interrogations, une analyse des résidus avant mise en décharge une précaution indispensable.

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  16. Anonyme Anonyme

    Les résidus de combustion déposés sur les parois de la cheminée de près de 300 m de haut qui connait la composition du « machefer » ? C’était déposé au vallon de saint pierre et aujourd’hui à la Malespine? souffre etc. La CRIIARD est intervenu. Aucune suite n’a été donné par la municipalité qui s’est contenter de dire que c’était réglé.
    Les courriers attestent les interrogations, une analyse des résidus avant mise en décharge une précaution indispensable.

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  17. JL41 JL41

    Cette histoire est quand même étrange. On a voulu faire grand, viser un haut niveau de productivité, un apport décisif à la production d’électricité régionale, déficitaire par rapport à notre consommation. 1 milliard d’aides de l’Etat, près de 1 million de tonnes de bois brulé par an, une production de 150 mégawatts d’électricité.
    Dans le projet aidé par l’Etat, nos forêts devaient être capables de fournir ce million de tonnes et se renouveler au même rythme. Et voilà que pour tempérer les inquiétudes des professionnels de la filière bois, on ne pompera que la moitié dans nos forêts, en assurant le renouvellement des châtaigneraies du Gard, on l’espère, et le reste viendra du Venezuela : http://www.econostrum.info/Retour-a-l-equilibre-du-marche-des-bois-provencaux_a19804.html
    2 700 tonnes de bois brûlé par 24 h, ça fait quand même de la fumée, avec au moins un peu de goudron : qu’est-ce que les bronches des habitants vont devoir distiller ?
    Ce ne sont pas des bateaux à voiles qui vont nous ramener ça du Venezuela, mais des bateaux qui consommeront du fuel lourd bien crasseux.
    Est-ce que ces 500 000 tonnes nous viendront par Hambourg (Eon a d’autres usines en Allemagne) puis en train, ou par Fos et en train (et pas par route on l’espère), ce qui contribuera au maintien d’emplois de manutention ?
    Et au Venezuela, est-ce qu’on fera repousser la même quantité de bois que celle prélevée, ou s’agira-t-il de déforestation ?
    On a déjà 250 chaufferies au bois en PACA et autant sont en projet. Quel sera l’impact de l’usine de Gardanne sur les cours du bois à brûler ? D’un seul coup, ces petites installations, très intégrées à leur milieu, vont paraître peu rentables. Ne risque-t-on pas de revenir au gaz ou à l’électricité sans les avoir amorties ?

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