[Revue des troupes] Les lepénistes en campagne dans le sens du vent

Reportage
Benoît Gilles
19 avril 2017 2

Nouvel épisode de notre revue des troupes, à la rencontre des militants locaux de l'élection présidentielle. Alors que Marine Le Pen tient ce mercredi un grand meeting à Marseille, nous avons suivi des membres du Front national dans la visite du marché d'Istres. Grand vent et rares chalands n'entament pas leur conviction : "Marine sera devant".

Des militants FN sur le marché d'Istres. Photo : B.G.

Ils n’ont pas choisi le jour idéal pour faire campagne sur le marché d’Istres. La commune bordée par la mer de Berre à l’est et une mer de pierres à l’ouest. Le mistral y prend son élan pour aller ébouriffer d’une claque bien fraîche les communes qui bordent la Crau. Ce mardi, peu de forains ont installé leurs étals sur le cours qui enchâsse le vieil Istres. Cela fait longtemps que les Istréens ne viennent plus au marché pour bader, mais en ce jour de mistral blanc, les chalands sont rares et se pressent.

Les militants et élus FN sont venus de l’ouest et de l’est. Depuis Tarascon, la conseillère régionale Valérie Laupies est accompagnée de trois de ses militants. En juin, elle représente le parti frontiste dans la 16e circonscription qui englobe Arles, une partie de la Crau, la Camargue ainsi que le nord d’Istres. En 2012, elle avait failli l’emporter face à Michel Vauzelle (PS) qui ne se représente pas. Emmanuel Fouquart a rejoint deux militants du cru. Également conseiller régional, il est en lice pour la 13e circonscription qui part de Martigues et remonte jusqu’au sud d’Istres en passant par Fos et Port-Saint-Louis.

« Tarascon, c’est très maghrébin »

« Pour l’instant, c’est la présidentielle », rappelle une militante de Tarascon, tracts sous la main, café dans l’autre. La petite troupe frontiste s’est réfugiée au Bar de l’Europe qui fait face à la fontaine moussue. Dehors, quelques militants de la France insoumise tractent pour Mélenchon. Trois militants fillonistes feront une courte apparition un peu plus tard.

Les élus profitent de la pause pour échanger sur les méthodes de campagne. Fouquart est « ravi » de l’accueil sur les marchés : « Une bonne réception », assure-t-il. Valérie Laupies est plus sceptique : « Les gens ont fait leur choix. Ils en ont marre d’être sollicités et je les comprends. Je préfère les manifestations plus thématiques. Si je vais à une fête du mouton, je peux échanger sur leurs problématiques et le reprendre sur les réseaux sociaux. Et puis les marchés, à Tarascon, ça sert à rien, c’est très maghrébin. Mais c’est important d’en faire un de temps en temps pour montrer que le FN est là ».

Emmanuel Fouquart aime les marchés pour « le contact humain ». « Je présente le tract et quand ils voient Marine, ils prennent. Je ne force personne, pas comme les communistes », explique l’élu martégal qui estime qu’un marché, « c’est 500 tracts distribués ». A Istres, ils seront loin du compte.

« Ne prends pas n’importe quoi ! »

En un tour de cours, ils auront distribués peu de tracts génériques et pas beaucoup plus pour le meeting de Marine Le Pen, ce mercredi au Dôme. Les attitudes sont diverses : certains accueillent la documentation avec le sourire ou plus machinalement. Beaucoup refusent. « Maman, ne prends pas n’importe quoi ! », s’emporte une jeune femme en voyant sa mère saisir un tract qu’elle froisse aussitôt.

Elus et militants FN admirent un jeune chien sur le marché d’Istres. Photo : B.G.

Les deux Istréens qui accompagnent les élus n’en démordent pas : la ville est une terre de conquête. « On a fait 51 % au second tour des régionales« , sourit Christian Sini. Les abstentionnistes étaient plus nombreux que les électeurs de chacune des listes et les votes blancs ou nuls frôlaient les 10 % mais la barre de la majorité est bel et bien franchie.

À en croire les militants, la dissolution progressive du groupe FN au conseil municipal – comme ailleurs dans le département – n’effraie pas les électeurs. Pour l’heure, il ne reste plus que Paul Mouillard, le vétéran, à siéger sous ces couleurs. Son colistier, Boualem Bessaad ne donne plus signe de vie. « On dit même qu’il a quitté Istres pour Saint-Martin de Crau », assure le militant.

Pause Provence

Lors d’une pause dans l’agence de La Provence où ils font une visite de courtoisie, Valérie Laupies assure que si c’est un « Boualem du Bachaga Boualem », elle le retrouvera « en deux coups de fil ». Le chef de file harki est mort à Mas-Thibert, entre Arles et Port-Saint-Louis et le FN continue d’y cultiver les attaches de l’Algérie française. Manque de pot, Boualem est son prénom, le « perdu de vue » reste introuvable.

Militant istréen, Grégory Gabanou voit dans les ennuis judiciaires du maire un terreau tout aussi favorable. Déjà condamné au début des années 2000, François Bernardini doit faire face à une nouvelle enquête du parquet national financier pour ses liens présumés délictueux avec des patrons locaux. En 2014, il avait appelé à une liste d’union gauche-droite pour faire barrage au FN. Qu’il fasse ainsi l’objet d’un intérêt judiciaire nourrit la thèse du « tous pourris ». « Il m’a dans le nez parce que je suis secrétaire d’un syndicat autonome à la métropole, déclare Grégory Gabanou. Mais mon patron, c’est Gaudin, pas le maire, ni le président du conseil de territoire ».

Grégory Gabanou distribue des tracts sur le marché d’Istres. Photo: B.G.

La bise au policier

Le militant syndical et politique n’est pas embarrassé par sa double casquette. « On ne me le reproche pas, au contraire, sourit-il. C’est le principe d’un syndicat autonome. Nous ne sommes inféodés à aucun parti et chacun choisit. » Dans son tour du cours, il porte donc le costume et la rose bleue à la boutonnière et claque la bise à un policier municipal sans se cacher.

Dans la petite troupe, tous ont la conviction que Marine Le Pen virera en tête au premier tour. Les sondages qui resserrent les écarts à quatre jours du scrutin, ils n’y croient pas. « Macron se dégonfle et on ne voit pas ce qui le regonflera, assure Valérie Laupies. Et entre Mélenchon et Fillon, ça va être serré. Nous on préfère Mélenchon parce que les bourgeois de droite voteront plus pour nous que pour lui. Pour le reste, on verra dimanche. »

2
commentaires

A la une

Interne au sein du service de géronto-psychiatrie de l'hôpital Valvert, Alexia Frison-Ramard a choisi le syndrome de Diogène comme sujet de thèse de doctorat. Pendant un...

Diogène est parfois votre grand-père, votre voisine ou un oncle lointain qui entasse et ne jette rien au point de risquer d'être enseveli sous les déchets. Marsactu vous offre une plongée en trois épisodes à la découverte de ce syndrome qui hante nos rues. L'histoire commence dans un banal immeuble du 5e arrondissement. Une fuite d'eau amène les habitants sur la piste de la manie d'entassement de leur voisine et sur l'impasse institutionnelle et juridique pour tenter d'y mettre fin. Elle se poursuit avec le quotidien de Christophe Di Pietro dont l'entreprise est spécialisée dans le débarras de l'extrême : appartements encombrés de déchets ou de collections d'objets qui virent à la submersion. Enfin la psychiatre Alexia Frison-Ramard a choisi ce syndrome comme sujet de sa thèse de doctorat. Elle détaille le mode de prise en charge des patients âgés qui développent ces symptômes.

La série d’articles consacrée aux résidences fermées a été réalisée en partenariat avec une équipe de chercheurs du Laboratoire population environnement développement (LPED) de...

L'odeur vient comme un avertissement. L'immeuble est banal. Une copropriété du centre-ville de Marseille, sans grand luxe, ni marque d'indignité. L'ascenseur est capricieux. Mieux...

Personne n'est venu ce vendredi au tribunal administratif pour représenter les sociétés du groupe SMA, pas plus Alexandre Guérini, son fondateur, que son principal...

Dans la matinée du 10 mai dernier, un inspecteur de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes se présente au...

Abonnez-vous pour voir les commentaires.

  1. corsaire vert corsaire vert

    J’en ai lu et entendu des âneries mais là le niveau de la » discussion » est vraiment au ras des pâquerettes , comme le cerveau des pro FN d’ailleurs !
    C’est vrai qu’entre un chien et un enfant Syrien il n’y a pas à hésiter …

    Signaler
  2. Electeur du 8e Electeur du 8e

    J’ai croisé récemment un commando de distributeurs de tracts et d’affiches FN dans mon quartier : de braves représentants du 3ème âge bien mis, dont on imagine difficilement qu’ils puissent se sentir exclus.

    Mais le niveau est sans doute assez bas. Ils avaient collé une affiche, tranquillement, sur la façade de mon immeuble – sans doute pour manifester leur respect de la propriété privée. Arrivé peu avant moi, un voisin a exigé qu’ils la décollent. Réponse : « c’est pas nous ». La colle était toute fraîche… Bonjour le courage et la maturité des petits soldats de la haine.

    Signaler

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire