Au PS, sortants et “seconds couteaux” pour les législatives de la peur

Actualité
le 12 Déc 2016
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Affaibli par les défaites électorales et l'impopularité de l'actuel gouvernement, le PS 13 n'a pas vu affluer les candidatures pour les législatives de juin prochain. Des cadres importants du parti ont choisi de faire l'impasse, laissant la place à des candidats bien moins connus. Un mauvais choix pour certains, un renouvellement contraint mais bienvenu pour d'autres.

Jean-David Ciot en 2013 lors d'une conférence de presse au siège du PS13. Photo Esther Griffe.

Jean-David Ciot en 2013 lors d'une conférence de presse au siège du PS13. Photo Esther Griffe.

“Au mieux, on fait deux députés mais on peut aussi faire zéro.” Ainsi parle un hiérarque socialiste des Bouches-du-Rhône alors que le département compte seize circonscriptions législatives et son parti sept députés sortants dans ses rangs ou dans ceux des formations alliées. L’homme qui s’exprime se définit lui-même comme “un pessimiste” mais sa déclaration vient souligner combien les législatives 2017 sont celles de la peur pour le PS. Seul un miracle à la présidentielle semble pouvoir le sauver d’une débâcle annoncée en juin. Ce jeudi, les militants ont procédé aux investitures dans ces territoires, validées samedi par le conseil fédéral, le parlement local du parti.

Si la donne est nationale, le PS 13, joue encore plus gros. L’année 2015 a vu la gauche perdre deux collectivités importantes : le conseil départemental et le conseil régional où elle a totalement disparu. Ce sont autant de leviers d’action, d’influence politique, de ressources – notamment en terme d’emplois de collaborateurs – en moins pour le parti. Avec les cotisations d’élus qui baissent, la fédération a été contrainte à un mini plan social et les couloirs du siège de la rue Montgrand se sont vidés. À cela s’ajoute un parti toujours aussi divisé, marqué par le guérinisme et les guerres de barons. À la métropole, le maigre bataillon de socialistes s’est divisé en deux camps quasi égaux.

Les législatives qui s’annoncent ne dérogent pas à ce contexte. Le parti se divise notamment autour de la succession de Sylvie Andrieux et, malgré le vote des militants, la querelle reste vive. La désignation du candidat qui affrontera Valérie Boyer (LR) dans la 1ère circonscription fait l’objet d’une contestation du candidat malheureux, Yannick Ohanessian. Mais le premier secrétaire fédéral, le député d’Aix Jean-David Ciot, préfère positiver : “En 2012, les sortants actuels – Patrick Mennucci, Marie-Arlette Carlotti, Jean-David Ciot… – ont été désignés par le parti au niveau national dans le contexte que l’on sait. Cette fois, ce sont les militants qui ont voté et j’observe d’ailleurs que les sortants qui souhaitaient se représenter n’ont pas été contestés.” 

À lire aussi : Les candidats aux législatives choisis par les militants socialistes

Cinq sortants seront en effet candidats : Patrick Mennucci, Henri Jibrayel, Marie-Arlette Carlotti, Jean-David Ciot et l’écologiste pro-gouvernemental François-Michel Lambert que le PS soutient. Mais derrière eux, les candidats ne se sont pas bousculés. Les primaires internes de la 1ère et la 3e circonscription sont les deux seules à avoir eu lieu et certaines figures importantes du parti ont renoncé à être candidats. Parmi les signes qui trompent rarement : en 2012, sur les sept circonscriptions qui, aujourd’hui, n’ont pas de sortant PS cinq candidats sur sept étaient des hommes. Une vague rose se profilait. Cette fois, on compte six candidates sur sept postulants. Effet des règles de parité et de non-cumul, certainement mais pas seulement.

Les maires préfèrent leur mairie

Au rang des absents, les regards se tournent essentiellement vers les maires des deux plus importantes villes socialistes, Vitrolles et Miramas. Leurs circonscriptions respectives, la 12e et la 16e, ont en commun d’offrir un terrain fertile au Front national mais ça n’a pas suffi à les convaincre. À Miramas, Frédéric Vigouroux était pourtant programmé de longue date pour succéder à Michel Vauzelle qui a choisi de prendre sa retraite politique. L’édile – que nous avons tenté en vain de joindre – était même depuis 2012 son suppléant. Il a finalement renoncé et laissé le champ libre à une proche de Michel Vauzelle, l’adjointe au maire d’Arles Nora Makhlouf.

À Vitrolles, Loïc Gachon a aussi fait l’impasse et c’est Isabelle Rovarino, qui s’occupe d’économie au sein de l’équipe municipale, qui va concourir. “J’y ai réfléchi longuement mais la loi sur le non-cumul des mandats aide à faire un choix. Je choisis ma ville comme beaucoup d’autres maires. Regardez Nicolas Isnard (LR, ndlr) à Salon et Gaby Charroux (PCF, ndlr) à Martigues.”

“On ne peut pas se défiler”

L’argument ne convainc pas tout le monde au sein du parti socialiste. Henri Jibrayel se fait sévère : “On ne peut pas se défiler devant une élection comme celle-là. Si on est dans une logique de reconquête des collectivités perdues, les maires de grandes communes se doivent d’aller au combat. Là, ils préfèrent battre en retraite. On est dans sa mairie, on s’y complaît et, à la dernière minute, on envoie les 2e, 3e, 4e couteaux !” Même son de cloche de Patrick Mennucci qui, au sein des instances du parti, a demandé solennellement à Gachon et Vigouroux d’y aller : “Je considère que c’est une marque de faiblesse et de confort de la part du parti.” Un jeune cadre socialiste complète : “Et puis il ne faut pas oublier que le score des législatives commande les moyens publics alloués au parti. On ne peut pas simplement s’en servir quand on en a besoin.”

À distance, Gachon répond sans polémique : “Député à Marseille, vous servez les intérêts de Marseille. Hors Marseille, c’est différent : la circonscription va au-delà de votre commune et cela peut donner l’impression que vous la délaissez. Je ne veux pas donner l’impression que je préfère une carrière à l’intérêt politique des Vitrollais.” Candidate désignée dans la 11e circonscription voisine, Gaëlle Lenfant l’appuie : “On est à la fin d’un système. Il est paradoxal de voir que ce sont ceux qui ont voté la loi sur le non-cumul poussent à briguer tous les mandats. On ne peut pas en appeler en permanence à un renouvellement de la vie politique, à de nouveaux visages et mettre toujours les mêmes.”

Cette spécialiste des questions d’égalité hommes-femmes, qui avait échoué de peu en 2012 sur la même circonscription, regrette toutefois la façon dont ces élus ont renoncé. “Aux régionales, explique l’ancienne vice-présidente de la région PACA, on aurait pu mieux préparer la succession de Michel Vauzelle. Pour ces législatives, c’est un peu la même chose. Il aurait fallu, il faut, préparer les jeunes pour qu’ils ne soient pas comme des bleus au moment de l’élection. Mais les élus ont toujours du mal à prendre un jeune avec eux pour le faire grimper plus qu’eux.”

“Un contexte politique très compliqué”

Parmi ces “bleus”, il y a Isabelle Rovarino sur la 12e circonscription (Vitrolles-Marignane). Elle raconte volontiers la façon dont elle s’est engagée dans “ce combat”. “Loïc Gachon, qui aurait été légitime évidemment, a officialisé lors de la fête de la rose de Vitrolles sa non-candidature et c’est à ce moment-là que l’idée de me présenter a commencé à germer. Pascale Morbelli [adjointe à la culture de Vitrolles, ndlr] qui était légitime aussi ne souhaitait pas être candidate. Alors, je me suis dit que je devais prendre un risque pour protéger la circonscription du Front national. Bien sûr, je ne suis pas connue, je n’ai pas depuis un an vadrouillé sur ce territoire mais je ne sors pas de nulle part. J’ai derrière moi vingt ans de militantisme et le bilan municipal de Vitrolles.”

Jean-David Ciot tente une synthèse : “Quand vous préparez des gens et qu’à l’arrivée, ils n’y vont pas, bien sûr que c’est compliqué. On va dire qu’on prépare l’avenir en renouvelant les candidats. Et il faut dire que cette situation est aussi le résultat d’un contexte politique très compliqué où, pour la première fois, le président de la République n’est pas en capacité de se représenter.” Pour les candidats, commence en effet un exercice peu évident de défense d’un bilan loin d’être plébiscité à droite comme à gauche. Certains s’empressent même de s’en écarter. Henri Jibrayel commente : “C’est pour ça que je mise sur la proximité et mon équation personnelle. Parce que les lois, je les ai votées et on ne va pas se mentir : le bilan n’est pas féerique.”

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Commentaires

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  1. Tarama Tarama

    On peut apprécier les considérations sur le cumul des mandats de Mennucci et Jibrayel. Un élu, ou plutôt un Élu, unique, qui doit guider les brebis-électeurs. Une pensée bien moderne donc.

    “Un renouvellement contraint mais bienvenu pour d’autres”. C’est faux. Il n’y aura pas de renouvellement lié à cette élection. Les “petits” candidats socialistes seront balayés, et disparaîtront. Lors d’une échéance plus favorable, à l’alternance suivante par exemple, les gros poissons réapparaitront, comme par magie.

    Et cette tendance forte du ps d’envoyer au casse-pipe des femmes et des candidats à patronyme d’origine étrangère (cumulant parfois les deux) lorsque la circonscription est ingagnable, est assez détestable.

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  2. corsaire vert corsaire vert

    Quoi qu’ils fassent le PS à Marseille est un ramassis de nuls opportunistes , cumulars.
    Pour sauver leur tête ( mandat bien entendu ) ils devraient faire alliance avec la droite qui ne vaut pas plus cher et présenter les listes communes LR PS et pourquoi pas FN dans le genre ” pique et pique et colegram” pour la répartition !
    La radicale ( pas tant que ça tout compte fait !) Lisette Narducci n’a vraiment eu aucun état d’âme pour se rallier à Gaudin au 2 eme tour des municipales … pas d’amour propre quand on fait de la politique .
    Quant à moi ce sera vote blanc , il me reste de l’amour propre …

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  3. Armelle Rioualen Chevassu Armelle Rioualen Chevassu

    “Parce que les lois, je les ai votées” : bel aveu. Et ce monsieur Jibrayel imagine que cela va l’absoudre ? vous me direz cinq pater et dix avé, et hop, je me représente ????

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  4. patrick patrick

    Déjà se présenter comme ps c’est cuit d’avance, mais là, ps à Marseille avec cette crasse politique aussi indigente et minable c’est mission impossible. Ils seront remplacés par les même mais de droite. Quel avenir pour nous ?

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