Le parquet national financier enquête sur les marchés publics de la mairie d’Istres

Enquête
Jean-Marie Leforestier
2 Nov 2016 8

Ouverte à Aix-en-Provence, l'enquête préliminaire ouverte concernant les marchés publics de la mairie d'Istres a été prise en main par le parquet national financier. En parallèle de cette enquête sont attendues au début de l'année prochaine les conclusions de la chambre régionale des comptes qui s'annoncent salées.

Les affaires de François Bernardini ne s’arrangent pas. Dans une double lame rarement agréable, le maire d’Istres a au-dessus de la tête un rapport provisoire salé de la chambre régionale des comptes sur sa gestion municipale et une enquête préliminaire de la justice pénale. Ouverte par le parquet d’Aix-en-Provence, ainsi que l’avait dévoilé le Ravi, l’enquête s’intéresse à des questions d’« atteinte à la probité » – vocable qui regroupe les faits présumés de corruption. Celle-ci est désormais, selon nos informations, entre les mains du parquet national financier (PNF), basé à Paris. Au sein de l’institution, on confirme s’être saisi de l’enquête sans vouloir en dire plus pour ne pas compromettre les investigations en cours.

L’information n’est pas anodine car le PNF a été créé après l’affaire Cahuzac pour booster la lutte contre la corruption et l’évasion fiscale. Il a ainsi en charge plusieurs affaires locales dont l’enquête sur les marchés de l’eau de Marseille et celle concernant le conseiller régional LR Daniel Sperling. Si toutes les affaires pouvant relever de son champ de compétences lui sont signalées, le parquet national financier ne sélectionne que les dossiers les plus graves et les plus complexes. C’est donc le cas du dossier istréen.

Un maire déjà condamné en 2001

Selon les éléments que nous avons pu recueillir, la justice s’intéresse notamment à des irrégularités potentielles autour des marchés publics à la mairie d’Istres. Cela devrait l’amener à examiner les comptes de plusieurs entrepreneurs, au train de vie de certains élus et cadres de la Ville et aux circuits financiers qui pourraient les lier. Le PNF devra à la fois choisir les enquêteurs amenés à travailler sur le sujet et ouvrir, s’il le souhaite une information judiciaire qui conduirait à la désignation d’un juge du pôle financier.

La personnalité des potentiels mis en cause est aussi prise en compte et la possible incrimination de François Bernardini est également de nature à rendre le dossier sensible. Maire d’une commune de 40 000 habitants, président du conseil de territoire Istres Ouest Provence et vice-président de la métropole, c’est un élu qui compte dans un département particulièrement marqué par les affaires politico-financières ces dernières années. Il a surtout déjà été condamné en 2001 à dix-huit mois de prison avec sursis, 400 000 francs d’amende et cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics au sein d’une association. L’affaire l’avait alors obligé à quitter la présidence du département et (provisoirement) la mairie. Voilà un pedigree qui a aussi dû intriguer les magistrats financiers.

Des enquêtes qui se complètent

Leur travail complétera celui de la chambre régionale des comptes (CRC) dont le rapport définitif sur la gestion de la mairie d’Istres ne devrait être rendu public qu’en 2017. Dans son rapport provisoire, celle-ci fait aussi état, selon nos informations, de soupçons de conflit d’intérêts entre le maire et des entrepreneurs qui lui sont proches. Il est tenu secret malgré les demandes de communication faites au conseil municipal le 18 octobre par les opposants Lionel Jarema (PS) et Robin Prétot (LR). Conformément à la règle du contradictoire, la CRC a adressé cet été des courriers à tous les acteurs, privés comme publics. Leurs réponses serviront à la rédaction du rapport final. Plusieurs acteurs proches du dossier confirment que le résultat de l’inspection s’annonce sévère.

La CRC en aura alors fini avec le dossier municipal mais restera dans le secteur puisqu’elle mène aussi une inspection au sein de l’ancien SAN Ouest Provence, l’intercommunalité qui s’est fondue dans la métropole au début de l’année. Elle y trouvera notamment le dossier épineux de la (trop) belle villa de la directrice de cabinet, que Jean-Claude Gaudin vient de régulariser de manière étonnante. Ce symbole de la nouvelle alliance entre le président de la métropole et le maire d’Istres résistera-t-il aux enquêtes en cours ?

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE SPECIALE – 2 MOIS pour 2€

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.


A la une

Euroméditerranée expulse des familles roms sans décision de justice
Au bas de la rue de Lyon, le garage Ford restait désespérément vide depuis plusieurs années. Ceux qui avaient pu s'y rendre en 2016...
Pourquoi les commerces du sud de la ville sont toujours fermés le dimanche
Cela devait être bon l'été dernier, ça ne l'est toujours pas cette année. Les commerces du littoral Sud, ceux de Mazargues ou le centre...
[Ô mon bateau] L’astuce risquée du « 51/49 » pour récupérer une place au port
51/49. Le terme sonne comme une astuce, de celles qui se soufflent d'un air entendu sur les forums de voileux. Et en apparence c'en...
Comment le Mucem s’est retrouvé sur le maillot de l’OM
Un terrain de foot sur le toit du Mucem. L'image est un peu inhabituelle. Pour sa deuxième année comme équipementier de l'Olympique de Marseille,...
Saïd Ahamada (LREM) tente de sortir du peloton sur la route des municipales
Saïd Ahamada ne veut plus attendre. Mercredi, le député LREM de la 7ème circonscription des Bouches-du-Rhône et candidat à l'investiture de son parti pour...
L’État remet à plus tard le sauvetage de l’étang de Berre au bord de l’asphyxie
"Faut-il réhabiliter l'étang de Berre ?". Alors que l'état alarmant du site ne fait plus de doute (lire notre article), l'État vient de remettre...

Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire