Dans la tourmente, des agents des musées marseillais peinent à être payés en totalité

Actualité
Jean-Marie Leforestier
1 Août 2018 5

Pour les agents de musées marseillais, les dimanches et jours fériés travaillés occasionnent une rémunération supplémentaire de plus de 2000 euros par an. Mais sur fond d'enquête du parquet national financier et de serrage de vis en interne, son versement traine et pénalise les agents.

Le musée d'histoire de Marseille en 2013. Jopa Elleul/Flickr.

Le musée d'histoire de Marseille en 2013. Jopa Elleul/Flickr.

Elles sont une petite vingtaine à s’être levées tôt pour faire part de leur désarroi, devant le musée d’histoire. À l’invitation des syndicats CGC et CFTC, ces travailleuses des musées expliquent attendre depuis trop longtemps le paiement d’une partie de leurs jours de travail effectués les dimanches ou jours fériés. Ceux-là donnent le droit à une rémunération supplémentaire d’habitude versée avec la paie du mois de juin. Mais cette année, le bonus se fait attendre. “Pour moi, cela représente en tout à peu près 2000 euros pour dix dimanches et quatre fériés”, témoigne une fonctionnaire du musée Cantini. Dans un précédent article de Marsactu, le syndicaliste FSU Jean-Pierre Zanlucca expliquait qu’un agent des musées gagne en effet “95 euros par dimanche travaillé et 285 euros pour un jour férié”.

Pour des agents de catégorie C, payés à hauteur d’un gros SMIC, la somme est colossale et son absence en mettrait certains en difficulté, témoigne une autre employée. “Nous avons une collègue qui dort dans sa voiture avec sa fille faute de pouvoir payer les deux mois de loyer exigés à l’entrée d’un logement”, explique-t-elle. Une troisième raconte que les bijoux de certaines doivent être mis en gage pour payer la colonie de vacances des enfants.

Pour Pascale Longhi, la secrétaire générale des Territoriaux CFE-CGC, “c’est un manque de respect et une déconsidération des agents. Le dossier est bloqué à la direction des affaires culturelles et on ne dit rien aux agents ! Ça les démotive, alors que c’est un moment avec l’arrivée des touristes où il faudrait peut-être que ce soit l’inverse”. Dans les rangs des protestataires, une fonctionnaire confirme faire parfois seulement “acte de présence, car on en a ras-le-bol”.

Un service mis sous pression par les enquêtes

Ce mardi de période estivale, ni l’administration ni l’élue à la culture Anne-Marie d’Estienne d’Orves n’ont pu répondre à nos questions. Cependant, un mail se voulant rassurant de Xavier Rey, le directeur des musées de la Ville, a été largement diffusé dans les services. L’homme sait les 350 agents de ses équipes en tension ces derniers mois : les bonus seront bien versés mais la date reste inconnue, indique le message. Les musées n’échappent pas à la large enquête sur les services municipaux conduite par le parquet national financier [lire notre dossier] mais ils ont aussi connu une enquête de l’inspection générale des services après les dénonciations – pour certaines infirmées – d’un collectif anonyme répondant au nom d’Arthur Gordon.

Lors des précédentes enquêtes menées par Marsactu, la comptabilisation des dimanches comme un enjeu important avait été soulignée par de nombreux témoignages, attestant notamment d’agents signant pour d’autres les feuilles de présence. L’inspection générale des services n’avait, elle, pas fait cas de ce point et indiquait que “des compléments de salaire pour dimanches et jours fériés entre 2000 et 2500 €/an sont justifiables et régulièrement versés”. Xavier Rey ne dit pas autre chose dans son courriel. “Le paiement du service fait dans les règles n’a jamais été remis en cause”, affirme-t-il.

Le directeur des musées avance deux motifs pour justifier ce retard : “des problématiques informatiques” et “un renforcement des procédures”. Sur ce dernier point, il se fait plus précis, relatant l’état de vigilance aiguë au sein de l’administration municipale qui a côtoyé quasi quotidiennement les gendarmes ces derniers mois. “Dans le contexte actuel, une vigilance irréprochable sur les payes annexes est attendue par l’administration […]. Les motifs exhaustifs, feuilles de présence, plannings et justificatifs individuels complètent ainsi chaque demande.” Est-ce ce surcroit de vigilance qui explique que les agents attendent encore une partie de leur rémunération ? La déléguée syndicale Pascale Longhi le croit mais ne l’entend pas. “Nous sommes favorables à ce qu’il y ait un contrôle renforcé, nous avons voté pour les pointeuses mais cela ne justifie pas que l’immense majorité des agents qui sont des gens honnêtes soient pénalisés”. Elle espère que la Ville puisse verser “dès le mois d’août” les sommes dues.

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