Les enquêteurs du parquet national financier s’installent à l’hôtel de ville de Marseille

Info Marsactu
Benoît Gilles
28 Mai 2018 16

Depuis plusieurs jours, les gendarmes en charge de l'enquête du parquet national financier réalisent leurs auditions directement à l'hôtel de ville. Agents des bibliothèques, des musées, des cimetières, chauffeurs et secrétaires d'élus se succèdent dans ce petit bureau situé à quelques mètres de celui du maire.

Ce n’est ni une métaphore, ni une métonymie. Depuis plusieurs jours, des gendarmes de la section de recherche de la gendarmerie auditionnent des agents territoriaux de la Ville de Marseille dans un bureau de l’hôtel de ville, à quelques mètres à peine du bureau du maire.

Cette présence régulière a été directement confirmée à Marsactu par des agents de la Ville, entendus ces derniers jours par les gendarmes. De source proche de l’enquête, on indique que l’installation des gendarmes dans d’autres bureaux que les leurs est une pratique courante que rien n’interdit, quelle que soit la proximité desdits bureaux avec la haute hiérarchie municipale.

Elle est également confirmée par la gendarmerie qui évoque toutefois des auditions menées « ponctuellement » sur place « pour des raisons pratiques ». Du côté de la Ville, on écarte la question de la formule lapidaire « les enquêteurs poursuivent leur travail » sans plus de commentaire sur cette présence au « château ». Pourtant plusieurs sources distinctes indiquent que ces auditions se déroulent depuis au moins deux semaines avec toujours le même modus operandi.

Agents cueillis en plein service

Ainsi, mercredi et jeudi dernier, certains agents ont directement été convoqués par un représentant de la section de recherche venu les chercher sur leur lieu de travail. « Un gendarme en civil, arme de service à la ceinture, qui vous accompagne pour une audition en qualité de témoin, ça n’est pas banal », explique l’un d’eux sous couvert d’anonymat. Ainsi escortés, ces agents ont dû ainsi se rendre à l’hôtel de ville, souvent pour la première fois.

Là, les attend une batterie de questions « essentiellement centrées autour de la question de l’organisation du travail, les congés et récupérations et les heures supplémentaires », explique une autre agent, elle aussi convoquée ces jours derniers. Ils seraient ainsi près d’une centaine entendus dans ce cadre depuis 15 jours.

Opérations funéraires, musées, bibliothèques, parc automobile, les enquêteurs semblent avoir ciblé un certain nombre de services où ils effectuent des auditions d’agents en apparence choisis de manière aléatoire. « Ils agissent comme par sondage en prenant des agents avec de l’ancienneté et d’autres plus récemment arrivés. On retrouve également tous les grades avec des agents de catégorie C, des cadres intermédiaires et des chefs de service », détaille l’un des témoins entendus.

« Trois heures d’audition, ça secoue »

Dans le même temps, d’autres agents de la Ville ont été convoqués au siège de la section de recherche, avenue de Toulon. C’est le cas de plusieurs agents et chefs de service notamment des musées, du service logistique ou du parc auto municipal. « Les gendarmes qui nous ont interrogés connaissaient précisément le fonctionnement des musées, indique un agent, toujours sous couvert d’anonymat. Leurs questions portaient notamment sur les dimanches travaillés, les jours fériés et leurs compensations. Ils donnaient l’impression d’avoir lu le rapport de l’inspection général des services qui pourtant n’a pas été rendu public par la haute administration. »

D’après plusieurs sources concordantes, les enquêteurs centrent une partie de leurs investigations sur les heures supplémentaires et particulier sur un volant fixe d’heures supplémentaires dont bénéficieraient certains agents. C’est notamment le cas des chauffeurs et secrétaires d’élus particulièrement concernés par ces dépassements horaires systématiques. « Nous avons été contactés par plusieurs secrétaires d’élus qui ont été entendus ces jours derniers, indique Luc Bedrossian secrétaire général de la CTFC, allié à la CFE-CGC. Elles s’inquiètent de voir supprimer le volant de 25 heures supplémentaires qui leur étaient accordés tous les mois, ce qui est le maximum autorisé. Pour beaucoup d’entre elles, cela fait partie de leurs salaires. Nous tentons de les rassurer en leur indiquant qu’il y a la possibilité d’obtenir d’autres types d’indemnités en compensation ».

« Bientôt il y aura plus de gendarmes à l’hôtel de ville que de policiers à la Busserine, grince Patrick Rué, secrétaire général de Force ouvrière. Cela crée une ambiance désastreuse chez les agents. J’ai reçu une secrétaire qui ne dort plus depuis deux nuits. Les 3 heures d’audition se sont bien passées mais quand même cela secoue. » Revient alors la petite phrase prémonitoire de Jean-Claude Gondard dans la Provence : « Pour les agents, c’est bien simple : ou bien ils discutent avec nous, ou bien ils le feront devant la police judiciaire ».

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