Soupçon de primes illégales au cœur de l’enquête interne dans les musées de Marseille

Enquête
le 27 Sep 2017
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Par voie anonyme, certains agents des musées dénoncent les avantages indus dont certains d'entre eux bénéficient tout en étant couverts par la hiérarchie. L'enquête interne diligentée par la Ville pourrait permettre de mettre à jour un système de passe-droits bien huilé tout en soulignant l'état d'abandon dont ces agents se disent victimes.

Exposition Jack London à la Vieille Charité.

Exposition Jack London à la Vieille Charité.

Ce n’est là qu’une coïncidence mais, Jean-Pierre Zanlucca, secrétaire général du syndicat SDU-FSU, la souligne volontiers : en 2009, les musées de Marseille étaient secoué d’un double scandale. Lors de l’exposition « De la scène au tableau », un pastel d’Edgar Degas, intitulé les Choristes était dérobé. Dans le même temps ou presque, un système de fausse billetterie était mis au jour, dévoilant des détournements de fonds mis au point par plusieurs employés municipaux, condamnés en correctionnelle à des peines de prison et de fortes amendes.

Rebelote 9 ans plus tard avec le vol d’une stèle égyptienne, révélé la semaine dernière par Marsactu, dans les salles du deuxième étage du musée d’archéologie méditerranéenne de la Vieille charité, le week-end des 9 et 10 septembre. Quelques jours auparavant, la Ville décide de lancer une enquête interne diligentée par l’inspection générale des services pour des « comportements supposés répréhensibles » dénoncés par courriers anonymes (lire notre article).

Des comportements que les agents anonymes regroupés sous le pseudonyme d’Arthur Gordon décrivent comme des passe-droits et prébendes octroyés à certains agents et couverts par la hiérarchie. Une situation qui vient souligner selon eux, l’état d’abandon des musées. Comme le vol de la stèle est présentée comme une triste conséquence du sous-effectif chronique d’un service essentiellement constitué d’agents reclassés où règne un absentéisme chronique.

« Deux agents soupçonnés d’emplois ficitfs »

Au-delà du fait-divers, ce vol coïncide-t-il avec la mise à jour d’un système couvert par la direction des musées ? Le secrétaire général du SDU-FSU n’écarte pas l’hypothèse. « Je fais des points réguliers avec le secrétaire général des musées, Jean-Jacques Jordi, explique-t-il. C‘est lui qui a évoqué le cas de deux agents soupçonnés d’emplois fictifs au sein des musées lors de notre dernier rendez-vous, début septembre. » Deux noms mis en avant par les lettres anonymes et présents dans la liste de 11 agents des musées visés par l’enquête interne à la Ville et que Marsactu a pu consulter. « En 2011, j’ai fait un remplacement de cinq mois dans le musée où l’un de ces agents est censé travailler et je ne l’ai jamais croisé », affirme Jean-Pierre Zanlucca.

Nous avons interrogé Jean-Jacques Jordi à propos de cet agent dont le nom revient le plus souvent à la fois dans les courriers et dans les témoignages que nous avons pu recueillir directement. En marge du vernissage de l’exposition Jack London, jeudi 8 septembre, il affirmait qu’après vérification, cet agent technique des musées avait participé à la préparation de l’ensemble des expositions dans les musées depuis le début de l’année. Approché par Marsactu le même jour, ledit agent a nié avec la plus grande vigueur bénéficier d’un quelconque passe-droit et pointé les mauvaises langues qui s’agitent dans les musées.

Les chefs d’équipe dans le viseur

Outre ces deux agents, les autres personnes visées par l’enquête interne sont les membres de la haute hiérarchie du service, Jean-Jacques Jordi, le secrétaire général déjà cité, Christine Gozzi, responsable des ressources humaines au sein de ce service et la conservatrice du musée Cantini, Claude Miglietti. Les autres noms sont ceux de chefs d’équipe de surveillants de salle de différents musées de la ville. Fonctionnaires de catégorie C, ils ont la responsabilité des équipes qui se relaient pour assurer la surveillance des salles sur deux cycles de quatre jours par semaines. Ce sont eux qui signent les feuilles de présence et valident les heures supplémentaires, les dimanches et jours fériés travaillés des agents placés sous leur responsabilité, sous la supervision de la cellule des ressources humaines.

Or, si les dimanches travaillés sont effectivement mieux payés, les agents qui travaillent durant les sept jours fériés annuels lors desquels les musées sont ouverts ont droit à une jolie prime. « Un agent qui travaille un jour férié est payé 285 euros en plus et les dimanches sont payés 95 euros », calcule Jean-Pierre Zanlucca. Or, selon le règlement intérieur des musées que nous avons pu consulter, ce sont les chefs d’équipe qui répartissent ces jours travaillés parmi les agents placés sous leur responsabilité, comme ils le font pour les heures supplémentaires. Le tout sous la supervision de la cellule des ressources humaines et des référents présents dans chaque musée. Certains auraient-ils été tentés de fermer les yeux sur une absence ou de privilégier un agent en lui octroyant des heures supplémentaires ?

« Les damnés de la fonction territoriale »

Au Samu social, l’enquête préliminaire diligentée par le parquet a permis de mettre à jour un décalage entre les heures déclarées au service des ressources humaines et celles qui étaient inscrites dans le planning du service. Selon les agents de ce service, ce système était connu de longue date par l’administration municipale. Reste à savoir si l’enquête interne qui commence dans les musées aura les mêmes chances de prospérer ou de simplement calmer la révolte qui couve parmi les 280 agents des musées. Jointe à plusieurs reprises par Marsactu, l’adjointe à la culture, Anne-Marie d’Estienne d’Orves n’a pas répondu à nos appels.

Dans un mail adressé le 27 août à Jean-Luc Mélenchon, le député de la France insoumise, les agents cachés sous le nom d’Arthur Gordon écrivaient : « le bruit des pantoufles est plus assourdissant que les bruit des bottes (…) Nous, les damnés de la fonction territoriale  ! Nous, qui avec un salaire misérable sacrifions dimanche et jours fériés pour améliorer notre sinistre quotidien financier quand d’autres doublent leur salaire sans même venir ! Mais vous n’êtes pas venu non plus… » Quelques jours plus tard, la Ville lançait son enquête interne.

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