[Document] Le rapport d’inspection sur les musées pointe les défaillances de la hiérarchie

Actualité
Benoît Gilles
23 Mar 2018 12

Marsactu a mis la main sur un document confidentiel qui synthétise l'épais rapport de l'inspection générale des services sur la gestion des musées de Marseille. Il confirme les éléments déjà révélés et pointe les "défaillances nombreuses de la totalité de la chaîne hiérarchique de ce service".

Le musée d'histoire de Marseille en 2013. Jopa Elleul/Flickr.

Entre le "circulez y a rien à voir" et la sévère remise en question de la hiérarchie des musées municipaux. Marsactu a mis la main sur une version définitive du rapport de l'Inspection générale des services (IGS) sur la gestion des musées de Marseille. Ce document de 11 pages daté du 15 février est une très mince synthèse du rapport définitif rendu à l'administration. Il confirme en de nombreux points le document que nous publiions il y a quelques jours (lire notre article).

S'y retrouve le même constat sévère sur la gestion des musées et la responsabilité de la hiérarchie dans leur dérive. Agents livrés à eux-mêmes, salles fermées sans information de la hiérarchie, défaut de contrôle des absences comme des agents réellement présents, bagarres dans les salles devant les visiteurs, surveillante voilée écoutant le Coran à fort volume... Il y a bien un problème, voire des problèmes, dans les musées marseillais.En revanche, le rapport de l'IGS est loin de confirmer les allégations d'Arthur Gordon, mystérieux groupe d'agents qui avait choisi une voix anonyme pour dénoncer des "passe-droits, emplois fictifs et emplois du temps aménagés". Ainsi quatre des cinq chefs d'équipe cités par le dénonciateur anonyme sortent blanchis de l'enquête interne. "Leur présence est confirmée par leur hiérarchie et les autres agents interrogés", indique le document. D'autres agents eux-mêmes cités feront l'objet d'un rappel à l'ordre. C'est le cas d'un technicien rattaché au musée Cantini dont le rapport note qu'il "gère lui-même son emploi du temps et développe son autorité au-delà même de ses fonctions".

"Très souvent absent de son poste"

Son frère qui occupe un poste similaire est "le plus souvent inconnu des personnes questionnées". Bien que "très souvent absent de son poste", sans fiche de poste connue, l'intéressé actuellement en congé de longue maladie n'a pu être interrogé. Une cheffe d'équipe est également pointée sur sa capacité à s'absenter de son poste sans contrôle. Elle est également citée pour bénéficier d'un grand nombre de dimanches et jours fériés travaillés cumulés à l'année. "Au total, des compléments de salaire pour dimanches et jours fériés entre 2 000 et 2 500 €/an [et par agent. Ndlr] sont justifiables et régulièrement versés", pour l'ensemble des surveillants de salle. Au-delà, ils ont attiré l’attention de l’IGS. Et c'est particulièrement le cas de cette agent cité par Arthur Gordon.Un autre agent du Musée d'art contemporain est pointé pour avoir pris sept semaines de congés dans une période estivale où "le règlement intérieur en autorise deux". Entre le 14 juillet et le 6 septembre, il a ainsi cumulé 55 jours d'absence. Au musée d'histoire, c'est une agent voilée - ce qui lui est interdit en tant que membre de la fonction publique - qui "écoute le coran en salle d'exposition" qui a été dénoncée par des visiteurs sur le site Tripadvisor. Averti de ce comportement, l'administration du musée n'a pas sanctionné son comportement.

Le fusible des ressources humaines

Quant à la responsable de la cellule "ressources humaines" déjà passablement au centre de discussions relatées par Marsactu, elle en prend pour son grade au point d'apparaître comme le véritable fusible. Décrite par ses subordonnées comme "autoritaire et imprévisible", cette cadre A a vu ses "capacités d'encadrement" usées par "le déficit d'encadrement", des "comportements individuels propices aux conflits" sans compter "des locaux en open space inadaptés à la confidentialité des informations". Étrangement, le secrétaire général des musées, souvent cité comme l'alter ego de cette responsable, n'est jamais cité et n'a pas été interrogé par les inspectrices.Sur les emplois du temps et les rémunérations, les constats dressés par le rapport ne sont pas plus rassurants. L'inspection générale des services note que des "suppléments salariaux indus" ont pu être générés par le biais d'heures supplémentaires non vérifiées dans leur réalité. De la même façon, "les déclarations de présence réalisées en début de journée ne permettent pas d'attester durablement de la présence des agents".
Face aux absences récurrentes et imprévisibles des agents de surveillance de salle, les chefs surveillants, en charge des feuilles de présence, peuvent se trouver en situation de négociation sur des présences factices les week-end, ou sur des repos compensatoires cumulés avec le paiement d'heures supplémentaires (conférences au musée d'Histoire, journées du Patrimoine, ...) afin de maintenir les musées ouverts.
"Conflits et défaut de management à tous les niveaux", "constat de défaillances nombreuses de la totalité de la chaîne hiérarchique", le rapport est sans appel sur la responsabilité de l'encadrement du service : "informée et consciente des dérives comportementales individuelles, qu’elle n’a pas résolues, la hiérarchie peut être considérée comme complaisante à l’égard des faits décrits", écrit l'inspectrice générale Odile Blanc, en conclusion.

14 recommandations

L'ensemble de ces constats débouchent sur 14 recommandations. Deux concernent trois agents dénoncés par Arthur Gordon dans ses mails anonymes. Les douze autres visent à rationaliser le fonctionnement des musées en renforçant le contrôle de la chaîne hiérarchique, à partir des conservateurs et chefs d'établissements. Les inspectrices conseillent de mieux former les agents, de faire passer des contrôle d'aptitudes aux chefs d'équipe et de permettre une meilleure reconnaissance salariale des chefs d'équipe tout en les dotant d'un véritable statut.Ce document de synthèse n'est pas destiné à une large diffusion au-delà de la direction du service. Lors du prochain comité technique, le 29 mars prochain, le secrétaire général du SDU/FSU compte demander la communication du rapport complet aux représentants du personnel municipal. Pour l'heure, à entendre l'administration, cette demande ne sera pas satisfaite.

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