[Vivre à la Duranne] Un quartier presqu’île pour les transports

Série
Pierre Isnard-Dupuy
25 Avr 2019 3

À la Duranne, les habitants se déplacent en grande majorité en voiture. Aux heures de pointe, les embouteillages sont incontournables. Au fil des 20 ans d'aménagement de ce nouveau quartier, les infrastructures routières et les transports en commun ont été pensés au coup par coup de l'apparition des problèmes.

En matière de transport en commun, la Duranne, ce quartier qui émerge depuis 20 ans à une dizaine de kilomètres du centre-ville d’Aix, n’est pas un territoire perdu de la métropole. Locaux ou métropolitains, les bus permettent de rejoindre relativement facilement les zones d’activités et centres urbains. C’est du moins le cas en dehors des heures de pointe, où les salariés des entreprises des zones d’activités alentours arrivent et repartent.

Cet article est le troisième épisode de notre nouvelle série [Vivre à la Duranne] pour laquelle Marsactu s’intéresse à cette partie d’Aix qui croit, depuis pas loin de 20 ans, dans une douce campagne aixoise avec vue sur la montagne Sainte-Victoire. Vie quotidienne, urbanisme, mobilité, politique… Une série d’articles sur ce quartier est à venir. Le tout autour d’une question : comment fait-on une ville ?
Le premier épisode sur la vie des habitants est à retrouver ici.
Le deuxième épisode sur l’urbanisation est à retrouver ici.

A l’heure du déjeuner, à l’arrêt devant la place Dei Bladeiras, Rose Marie attend un bus pour Vitrolles. « Je vais manger dans un restaurant corse que j’aime beaucoup qui se trouve dans la zone commerciale. A la retraite on à le temps », sourit-elle. Cette Normande d’origine, qui a vécu sur la côte landaise, a aménagé à la Duranne en septembre pour se rapprocher de son fils. Lui est venu habiter le quartier pour le travail. Elle témoigne y avoir déjà ses habitudes : « Je m’investis dans les associations. Les gens sont sympas. J’y ai trouvé mon équilibre ». Sans permis, elle est très satisfaite des dessertes en bus qui lui permettent d’aller à Vitrolles ou au centre-ville d’Aix en « 15 à 20 minutes ». La réalité des horaires mis en place par Aix-en-Bus sur les lignes 15 et 18 offre un temps de trajet de 20 à 30 minutes en fonction de l’arrêt emprunté dans le quartier.

Un réseau de bus à améliorer

De nombreuses lignes de bus passent à la Duranne, mais se font rares le soir et le week-end.

Lucille, qui est arrivée « par hasard » dans le quartier il y a 4 ans, est également satisfaite. « Pour mes deux enfants, le quartier est génial. On les emmène facilement à pied au parc, à la crèche ou à l’école maternelle », dit-elle. Cette archéologue travaille à Marseille. Quotidiennement elle emprunte la ligne 53 du réseau Cartreize qui transite par Bouc-Bel-Air. « En 40 à 45 minutes j’arrive à la gare Saint-Charles. Il y a minimum un bus par heure et en heure de pointe un toutes les 10 minutes », explique-t-elle. Le trajet ne se fait pas toujours sans galère en cas de bouchons. « Le vendredi soir ça peut être un peu compliqué. L’autre fois on a mis 1h30 », explique Lucille. Usagère des bus d’Aix pour se rendre en centre-ville, elle regrette « qu’il y en ait si peu le dimanche » : seulement 8 allers-retours. Cette raréfaction des bus les dimanche et jours fériés est commune à tout le réseau aixois.

En bus, il n’est pas possible d’aller ou de quitter le quartier après 20h30. Les derniers depuis Aix quittent la gare routière peu avant 20 heures. Magali Blain, du comité d’intérêt de quartier (CIQ), déplore l’arrêt du service si tôt. « Sans voiture, c’est impossible de sortir sur Aix », explique celle qui se sert exclusivement de son véhicule. Or, les 9000 résidents de la Duranne n’ont accès à aucun équipement culturel ou lieu de vie nocturne sur place. Magali Blain souhaiterait également que les déplacements en bus soient favorisés à l’intérieur du quartier, avec la mise en place d’une navette entre les deux secteurs du Grand Vallat et du Petit Arbois, séparé par la route circulante d’Eguilles.

La voiture au centre des habitudes

A la Duranne, les majorités des déplacements se font en voiture. Est-ce une cause ou une conséquence des limites de développement des transports en commun ? 76% des habitants se rendent à leur travail en voiture, d’après un sondage mené par la mairie annexe fin 2016. 61% des ménages possèdent deux véhicules ou plus. En matière de déplacement, le rêve d’écoquartier laisse plutôt place à une vision de banlieue pavillonnaire à l’américaine. Pour Jean-Marc Perrin, l’élu délégué au quartier, qui s’est construit comme un véritable maire de secteur au sein de la majorité de Maryse Joissains (LR), le problème serait culturel. Lié davantage à une habitude régionale de la voiture, que résidant dans un problème d’aménagement. « Le week-end, ils s’entraînent pour le marathon et pour aller acheter leur baguette de pain à 200 m, ils prennent leur voiture », observe à propos de certains habitants, celui qui a la galéjade facile.

Vélos et piétons en vase-clos

À la Duranne, les nouvelles voiries comprennent systématiquement des espaces réservés aux cyclistes. Les trottoirs sont larges et agréables pour les piétons rencontrés. En revanche ces modes de déplacements deviennent compliqués pour celui ou celle qui veut sortir du quartier.

« Il n’y a pas de trottoir pour aller à Calas », village distant de 4 km, regrette Hélène qui aime promener en famille.

Frédéric Serres, agent des Douanes, se rend à vélo à son travail, du centre-ville d’Aix au plan d’Aillane. Sous la bannière de son association Droit au vélo à Aix (ADAVA), il propose un « covélo taf ». C’est-à-dire de partager les trajets pour « être plus en sécurité. On est jusqu’à 4 mais la plupart du temps je suis tout seul », dit-il. Jusqu’à la Duranne, il « demande à cor et à cri une infrastructure cyclable alors qu’aujourd’hui il n’y a que deux trois tronçons ».

Sur plusieurs portions de la D9, des Milles à la gare TGV, les embouteillages sont problématiques à l’heure des circulations pendulaires des travailleurs. « Partout en France, aucun endroit où il y a autant de salariés, 20 à 25 000 [sur les zones d’activités de la Duranne et des Milles, NDLR], ne connaît pas de problème. On a tout de même réussi à séparer les réseaux. Les flux pendulaires ne rentrent pas dans les lieux d’habitat », se satisfait Jean-Marc Perrin.

Depuis le début de l’aménagement, les circulations dans et aux abords du quartier ont été bien pensées affirme l’élu. Certains urbanistes mettent un bémol sur ce point. Au début des années 1990, Christophe André conseillait la municipalité PS de Jean-François Picheral. Alors que la Duranne n’était qu’un projet, « l’objectif était de faire en sorte de réduire les déplacements en proposant le logement et les activités sur place. C’était du développement durable avant l’heure. Il y avait là une vrai volonté d’aménager et penser la ville », détaille l’urbaniste qui vient aujourd’hui en bus pour donner des cours sur le domaine de l’Arbois, au-dessus de la Duranne.

Carte de la Société d’économie mixte d’aménagement du pays d’Aix (Semepa).

Mais de la belle idée sur le papier à la réalisation, les problèmes de circulation n’ont pas été anticipés. Quant les premiers immeubles sont sortis de terre, « c’était l’époque du tout voiture », reconnaît Guy Barret, ancien vice-président (divers droite) aux transports à la communauté du Pays d’Aix. « On est en train d’essayer de rattraper le coup », assure le maire de Coudoux et désormais membre de la commission transports de la métropole en citant des aménagements réalisés sur la D9 pour fluidifier la circulation des bus.

Une nécessité car la Duranne connaît une croissance exponentielle de population. Le quartier devrait atteindre 15 000 habitants d’ici une dizaine d’années. La D9 a été élargie en plusieurs étapes. Le dernier tronçon transformé en deux fois deux voies est entré en service il y a un an. D’imposants accès ont balafré la colline pour monter sur le Petit Arbois, où se construisent les futures résidences du quartier. « C’est du rafistolage », juge Christophe André, à propos de ces grand travaux décidés au coup par coup. « On rafistole au fil du temps avec les problèmes qui apparaissent », abonde Jacques Fradin de l’association d’architectes et d’urbanistes Devenir.

Une voie ferrée sans voyageurs

Dans le même temps, les modes de transports collectifs massifs, notamment le train, n’ont pas été développés. La voie Aix – Rognac passe dans le secteur et pourrait être aménagée. Des trains de bauxite et de charbon y transitent à destination de Gardanne. Si la voie est officiellement fermée aux voyageurs depuis 1939, de janvier 2007 à décembre 2008 les trains de Marseille à Briançon y ont circulé, alors que des travaux se tenaient sur la voie en Marseille et Aix. Christophe André se souvient que dans les années 1990, un projet de « RER pour desservir le triangle Marseille Aix Vitrolles était imaginé ».

Dans une note de 2007, la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) pointe l’intérêt d’une « liaison ferrée entre Aix-en-Provence et l’aéroport de Marseille Provence en moins de 20 minutes ». Elle pourrait connecter au passage Les Milles et la gare TGV. Dix ans plus tard, l’idée reste suspendue à une étude en cours de la SNCF et une décision politique de financement. La mairie d’Aix et la métropole y sont favorables, mais « il faut que la région, [compétente en ce domaine], et aussi l’État s’engagent », expose l’élu métropolitain Guy Barret.

La métropole elle-même pourrait être l’acteur clef pour harmoniser tous les modes de déplacements et rendre plus doux les liaisons entre la Duranne et le reste du monde. Guy Barret émet un doute : « Son gros problème c’est qu’elle n’a pas d’argent. On peut avoir des idées mais si on n’a pas de pétrole, ça ne sert à rien ».

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