Vassal, Berland : des campagnes sous pression sociale

Actualité
le 21 Fév 2020
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Le candidat soutenu par La République en marche et la cheffe de file des Républicains doivent tous deux faire campagne en composant avec des rassemblements où l'on retrouve des militants CGT et gilets jaunes.

Martine Vassal entourée de ses têtes de liste.

Martine Vassal entourée de ses têtes de liste.

L'enjeu

Les candidats LR et LREM doivent faire face à des manifestations régulières qui pertubent leurs évènements de campagne, au croisement des enjeux nationaux et locaux.

Le contexte

La réforme des retraites et les tensions sociales liées à la fin de mandat de Jean-Claude Gaudin entraînent des incidents réguliers dont les candidats savent aussi jouer.

Martine Vassal se fraie un chemin au milieu des policiers qui forment un corridor à la sortie du théâtre du Gymnase où elle vient de présenter ses colistiers. Une vingtaine de fonctionnaires ont enfilé leur brassard orange en toute hâte et ont fait le court chemin depuis le commissariat de Noailles pour protéger la sortie de la candidate Les Républicains à la mairie de Marseille et lui permettre de filer dans sa voiture électrique de campagne.

La sortie s’est faite par la petite porte, celle qui donne sur la Canebière et non par l’entrée principale du théâtre, la faute à la présence d’une vingtaine de manifestants criant notamment « Martine Vassal hors-la-loi ». Le slogan est connu depuis des mois et s’affiche en grand sur le squat du 59, Saint-Just où logent des migrants mineurs qui devraient en théorie être pris en charge par le département que l’élue préside. Quand on interroge les présents, il s’agit plus largement de viser l’équipe sortante à la mairie de Marseille et notamment « sa responsabilité dans la rue d’Aubagne ».

Quelques semaines plus tôt, à La Plaine, la candidate avait déjà dû faire face à une poignée de manifestants. L’épisode avait connu un fort écho puisqu’une militante a passé la nuit en garde à vue après avoir été interpellée avec un inoffensif couteau à bout rond (lire notre article sur cet incident de campagne). Elle en est ressortie sans charge.

« On va vous empêcher de vous exprimer »

Chez La République en marche aussi, les rassemblements se multiplient pour contrer les actions d’Yvon Berland et de ses colistiers. Début février, une réunion publique de Mathieu Grapeloup, tête de liste dans les 4e et 5e arrondissements, a ainsi été infiltrée par des gilets jaunes décidés à perturber le rassemblement. « Nous, ce qu’on dit, c’est que, comme vous ne voulez pas nous écouter, on va vous empêcher de vous exprimer », explique Jean-Jacques Latil, un de ces militants.

La CGT, notamment de l’AP-HM, est elle aussi mobilisée dans certains rassemblements comme celui accompagnant les vœux d’Yves Moraine en présence de Martine Vassal dans les 6e et 8e arrondissements. « On a eu une initiative vis-à-vis de l’ouverture de la permanence, explique Guillaume Algrin, secrétaire général de la CGT hôpitaux SUD. Face à la validation du Copermo qui prévoit la vente de l’hôpital Salvator et la moitié de Sainte-Marguerite, nous avons protesté en manifestant devant la permanence du candidat du gouvernement. Et quand nous sommes allés aux vœux du maire de secteur, on leur a dit que c’était scandaleux de faire de la promotion immobilière dans les hôpitaux. Et on leur a rappelé leur manière de fonctionner et leurs dérives clientélistes et affairistes ». Quant à l’intrusion dans le champ politique alors que la CGT a un temps soutenu le Printemps marseillais, le syndicaliste la minimise : « aujourd’hui la CGT ne soutient personne et la charte d’Amiens ne nous interdit pas de discuter avec des politiques, par exemple pour participer à leur programme pour les hôpitaux Sud »

Le passage de la CGT a laissé quelques tags et des affiches sur la permanence d’Yvon Berland et sa colistière Caroline Pozmentier. « C’est de la peinture qui part à l’eau et la permanence était nickel dans la journée », minimise Guillaume Algrin. Cela n’a pas empêché les deux candidats de déposer plainte.

« On essaie de les semer »

La perturbation des campagnes ne s’arrête pas là. Profitant de fuites, des gilets jaunes organisent des « contre-tractages » qui profitent de la distribution de prospectus par les militants d’Yvon Berland pour diffuser les leurs dans la foulée. « Ils nous suivent parfois sur des distances assez longues. La dernière fois, on tractait aux Cinq-avenues puis à Longchamp mais heureusement, ils ne nous ont pas suivis jusqu’aux Chutes-Lavies. On essaie de les semer, ce n’est pas très agréable », témoigne Mathieu Grapeloup qui toutefois ne veut « rien changer à la diffusion de nos événements car on sait qu’ils trouveront toujours un moyen d’être au courant ».

Le phénomène vient d’avant les campagnes. Un habitué des luttes sociales marseillaises rappelle le précédent rassemblement « devant la permanence d’Alexandra Louis », députée LREM, en août ou la commémoration du drame de la rue d’Aubagne le 5 novembre 2019 dont la sénatrice et candidate à la mairie de Marseille Samia Ghali avait été chassée. Il met cela sur le compte d’un « dégagisme local qui concerne aussi et surtout la génération Gaudin suite aux effondrements, aux évacuations et à la répression démesurée ». Dans un autre registre, le collectif du 5-novembre s’est aussi invité à plusieurs reprises dans les événements publics organisés par Martine Vassal.

La police s’adapte à la nouvelle donne et se fait plus présente. « On essaie d’avoir des informations en amont, explique-t-on à la préfecture de police. Avec le contexte de réforme des retraites, il y un contexte particulier autour du candidat soutenu par LREM. » Mais la même source assure qu’il n’y a « pas de dispositif spécifique autour des candidats. On est vigilant soit sur des déplacements dans un endroit sensible soit en cas de grand rassemblement de personne, voilà tout ».

Utilisation politique

Les candidats, quant à eux, ont choisi de profiter de ces rassemblements pour s’affirmer. Yvon Berland a dénoncé « la dégradation par 50 activistes de [sa] permanence » tout en soulignant avoir pris le temps de « dialoguer » avec ces visiteurs non désirés. Martine Vassal a quant à elle choisi de frapper fort. « Je ne laisserai pas cette ville tomber dans les mains du chaos », expliquait-elle au soir des invectives à La Plaine. Depuis, son camp n’a de cesse d’agiter la menace de « l’extrême-gauche ». « Dans les années à venir, je vois un vrai risque d’insurrection », explique ainsi Gérard Chenoz, vieux routier de la politique, en charge du projet d’aménagement de la Plaine et désormais candidat dans les 6e et 8e arrondissements.

Cette crainte affichée sert surtout une offensive grossière contre un autre concurrent, le Printemps marseillais. Pour Gérard Chenoz, ce rassemblement qui agrège notamment des partis de gauche comme le PCF et le PS serait en réalité « manipulé par l’extrême-gauche ». Attaque qui fait dire à un de ses soutiens : « la réaction après ce qui s’est passé à La Plaine était prévue de longue date. Cela fait des mois que ça dure et il y avait la volonté de marquer le coup ». Et tant pis si la justice a depuis largement minimisé les faits dénoncés.

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Commentaires

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  1. Brallaisse Brallaisse

    Voltaire : je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrais pour que puissiez le dire.
    CGT : je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrais pour que vous ne puissiez pas la dire.
    Tout est dit en quarante mots.

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    • patrick patrick

      macron : il faut être d’accord avec ce que je dis et fais et sinon fermez vos gueules

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  2. Jacques89 Jacques89

    Harcelez! Harcelez! si vous ne savez pas pourquoi, eux ils le savent! Proverbe Gilet Jaune.

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  3. MarsKaa MarsKaa

    Martine et les LR « on ne laissera pas cette ville tomber dans le chaos »…. ah…parcequ on n y est pas déjà, dans le chaos ? Et grâce à qui ?

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  4. Un électeur du 9 ème Un électeur du 9 ème

    Avec Vassal, et bientôt la coalition Vassal-Berland, la grande majorité des marseillais sont soumis à une pression anti-sociale qui touche notamment le logement, l’école, les transports, la ségrégation urbaine, la déficience d’équipements culturels et sportifs pour la culture et le sport au quotidien pour le plus grand nombre, comme les reportages de Marsactu le montrent chaque jour.

    Et nous ne parlons pas ici des positions qu’ils soutiennent au niveau de la politique nationale antisociale de Macron-Philippe..

    Il est donc tout à fait normal que leur campagne soit sous pression sociale.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Faut aller voter, les enfants et ne pas s’abstenir. Sinon faut pas pleurer.

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Autrement dit Patrick tout dans les biscottos et rien dans la tête.

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    • Jacques89 Jacques89

      Faute de pouvoir répondre au précédent commentaire, je dirais donc ici, qu’il y en a plein (et pas que des enfants) qui on voté Macron et qui se sont desséché à force de pleurer! Je n’aimerais pas être à leur place.

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  6. Pascal L Pascal L

    « Il est tout à fait normal que leur campagne soit sous pression » dit « électeur du 9e » , … peut-être mais ça n’excuse en rien les intimidations, la violence et le saccage des permanences. C’est le degré zéro de la politique
    Il ne faut pas exagérer : M. Marcron n’est pas le Tsar en 1910 (il y a 10 ans personne ne le connaissait). On peut toujours dire que c’est la marionnette du capitalisme mondial, du grand patronat français, des banquiers juifs, des cosmopolites, de l’anti France, des quarante familles, que tous les média sont à sa solde …etc (barrer les mentions inutiles) mais faut pas pousser dans la nostalgie !
    Les élections sont un moment où l’on peut compter ses soutiens de manière calme et apaisée et c’est important dans une démocratie. Aussi les connards de tout bord qui pensent que si on n’est pas d’accord avec eux, on est forcément aliéné sont toujours les premiers à les remettre en question
    Qu’ils soient bruns, rouges ou extrémistes religieux, ce sont toujours les mêmes ressorts à l’œuvre. Il y a toujours des fanatiques qui se sentent légitimes à aller casser de l’opposant car dans leur tête c’est eux qu’on bâillonne. Exemple triste et récent : l’autre cinglé en Allemagne qui vient de tirer sur des pauvres gens.

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  7. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Il ne faudrait pas avoir la naïveté de croire que les « pressions sociales » qui s’expriment dans la rue viennent de nulle part. Jamais un président de la République ni un gouvernement n’ont à ce point méprisé et tenu à l’écart les corps intermédiaires, et en particulier les syndicats. On récolte toujours ce qu’on sème. Lorsque même un syndicat aussi complaisant que la CFDT finit par exprimer de la défiance, l’intelligence commanderait d’écouter et de dialoguer, plutôt que de croire avoir raison seul contre tous… et d’alimenter tensions et manifs.

    Le contexte marseillais ajoute une couche aux tensions nationales. L’effondrement de la rue d’Aubagne, et plus récemment l’affaire de l’eau polluée au chrome hexavalent, ont montré l’indifférence et le mépris de la mairie pour une partie de la population marseillaise. L’héritière, membre depuis deux décennies de cette équipe indifférente et méprisante, ne pensait tout de même pas que personne ne lui ferait récolter ce qu’elle a semé, avec un maire dont elle est si solidaire qu’elle refuse de faire son bilan sans langue de bois.

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    • Pascal L Pascal L

      Je suis d’accord avec vous (très souvent d’ailleurs). C’est logique (mais pas forcément normal) que ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir soient plus exposés car tenus comme responsables mais selon moi ça n’excuse en rien la violence politique.
      En effet, nous auront la possibilité de nous débarrasser légalement de M. Macron dans deux ans. et de remettre le dossier retraite en travail à l’assemblée.
      Mais i y a aussi un manque de logique à vouloir des hommes politiques modestes et intègres (ceux-là ne se présentent pas car modestes), qui ne viennent pas du monde politique mais qui soient expérimentés, qui écoutent tout le monde mais qui doivent décider vite et sans jamais se tromper, qui ne se mettent pas en scène mais qui sont visibles dans les médias. Le mouton à 5 pattes.
      Même des spécialistes de la politique comme M. Mitterrand se sont plantés : moins de 2 ans après son élection il y avait 1 millions de personnes dans la rue (poussées par le RPR) pour empêcher quelques restrictions sur l’enseignement privé. Alors que M. Macron se trompe ne m’inquiète pas plus que ça.
      On peut vouloir une politique « citoyenne » mais le citoyen a-t-il le temps de faire réellement de la politique (le citoyen grec -uniquement mâle d’ailleurs – d’il y a 2500 ans et qui avait du temps car des esclaves, n’existe plus) et surtout les consensus sont-ils toujours possible. Donc pour l’instant les connards (j’insiste sur le terme) qui jouent au gros bras sont des ennemis de la démocratie quelques soient leurs arguments
      « Quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet mais ce n’est pas pour prendre de ses nouvelles » disait il y a longtemps Albert Camus.
      Espérons que le président prochain ne sera pas celui qu’on ne peut jamais critiquer pacifiquement sans se faire casser la tête.

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  8. Brallaisse Brallaisse

    Le seul message, il faut voter.
    Les gens se plaignent, ne votent pas et pleurent.

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