Une vie sous confinement en récits : occuper le temps qui passe

Échappée
le 18 Avr 2020
3

Pendant le confinement, Marsactu invite ses lecteurs à raconter leur quotidien, à partager leurs réflexions et leurs créations dans l'Agora et en publie des extraits tous les samedis.

Illustration : Jeanne Zam.

Illustration : Jeanne Zam.

Et vous votre temps, vous l’occupez comment ? Bien sûr il y a les grands projets, qu’on tient ou qu’on ne tient pas, les prouesses culinaires plus ou moins réussies, le travail qui prend encore de la place souvent, les actions solidaires pour certains… mais les interstices, les petits intermèdes où il faut meubler ?

Jeanne Zam, dans son journal papier coloré à l’aquarelle, fait la liste de ces petits rien qu’on note pour se souvenir qu’on a rempli une journée, une de plus. Pour le 15 avril, elle écrit :

“Une journée bien remplie. Du soleil et du vent, les portes qui claquent. Une tenue que j’aurais pu porter hors confinement et une grande partie de badminton avec César.”

“Écouter, rêver, regarder, méditer, parfois s’ennuyer”

Les écrits de confinements, c’est donc aussi l’occasion de passer un bout de nez dans la porte entrouverte des intimités, dans ce qu’elles ont de plus banales. José Rose, toujours occupé à son Dicovoïd des mots du confinement, nous glisse, pour définir le mot “Occupations”, justement, quelques unes de ses habitudes personnelles qui prennent un autre sens en cette période :

“Pour ma part, j’ai rédigé comme à l’accoutumée, une longue liste « À faire » que je coche rarement il faut bien le reconnaître, ressorti le scrabble pour composer des anagrammes, retrouvé mon livre sur les gestes, envisagé d’apprendre des poèmes. (…). Par ces temps qui ne courent plus, les conseils de vie ne manquent pas non plus et beaucoup d’humains savent comment il faut vivre.

S’autoriser de menues entorses au régime mais sans grignotages excessifs sinon (voir la photo avant-après), ressortir ses livres de cuisine d’avant la guerre, penser très fort à ce que l’on va faire après, rester connectés surtout. (…) Rire, rire pour tenir, jaune ou sous cape, en éclats ou en sarcasmes, bouche close et regard pétillant. Et aussi écouter, rêver, regarder, méditer, parfois s’ennuyer, faire émerger des sensations inédites et des fulgurances pour demain, se confiner au sein même du confinement. La pleine conscience quoi.”

“Tout ce qu’on faisait avant s’estompe”

Sylvabelle, elle, se met à s’observer elle-même, quand elle ne se lance pas dans la réalisation de masques. Elle traque les effets du confinement sur sa, sur nos pensées, et tente de décrire cet étirement du temps qui va de pair avec l’éloignement des choses du monde.

“Après la stupéfaction de voir tout ce qu’on croyait impossible, se réaliser, les habitudes se prennent. On est confiné et, du coup, tout ce qu’on faisait avant s’estompe. On en vient à se demander pourquoi on donnait tant d’importance à des choses dérisoires. Et on commence même à s’ennuyer, après s’être inquiété ou amusé d’avoir tout ce temps disponible devant nous.

Notre quotidien est scandé par des informations qui tournent en boucle sur le coronavirus et on pourrait avoir le sentiment que plus rien d’autre n’existe : plus de réfugiés, plus de guerres, plus de famines, plus de réchauffement climatique, plus question de la biodiversité, de sécheresses mais plus non plus de productions artistiques ou culturelles, plus d’écoles, plus de savoirs (autres que sur le covid-19), etc. En fait, plus rien n’a l’air d’exister….”

Loreleï aussi passe à une phase plus introspective. Après quatre semaines de confinement, elle passe ses nuits à discuter avec un cousin martiniquais, y puisant des informations sur ses racines, et des inspirations fantastiques pour un roman inachevé.

“J’imagine des bandes organisées, l’enfer du jeu, les déportés expédiés du port de Saint-Martin-de-Ré dans l’enceinte fortifiée de Ducos, anciennement Trou-au-Chat, les regroupements familiaux des Martiniquais au Panama, avec escale à Santiago de León de Caracas, la ruée vers l’ouest, le Pacifique. Mes personnages continuent à vivre leur vie loin de moi. Plus que trois semaines pour raccrocher les wagonnets.”

S’en remettre à la rue

Dans les commentaires de l’Agora aussi, des petits mondes se créent, et on aperçoit ceux qui s’occupent à réfléchir et décortiquer la crise sanitaire, notamment autour d’un billet de Jacques89 : ça discute à bâtons rompus, ça oppose des chiffres et des lectures de courbes. Bref, on fait passer le temps avec des sujets très sérieux.

Finalement, chacun revient à ses occupations favorites, et c’est donc sans surprise qu’on retrouve Michéa Jacobi jouer le piéton de Marseille, arpentant les rues dans un périmètre certes restreint, et chercher, comme à son habitude, le nez en l’air, ce que la ville a à nous dire :

“On a reçu, envoyé, échangé, lu à fond ou simplement parcouru tant de vastes considérations sur cette crise sanitaire qu’elles ont fini par nous monter à la tête. Après être devenus en quelques jours à peine des experts en virologie, on s’est mis à regarder l’état et l’avenir de la nation et du monde avec la hauteur de vue des plus grand philosophes. Ou des plus bavards. Et on a fini par se croire membre de cette hétéroclite académie.

Pour nous guérir de cette désastreuse prétention, écoutons la plus anonyme et la plus universelle des spécialistes. Voyons ce que dit la rue, le temps de quelques courses et de quelques photos prises à l’occasion.”

Et Michéa de proposer donc, une sélection de pancartes, banderoles et cagettes qui servent en ce moment aux Marseillais pour s’exprimer.

Photo : Michéa Jacobi

Cet article vous est offert par Marsactu

L’équipe de Marsactu vous offre cet article pour que vous puissiez découvrir notre contenu. Si vous souhaitez nous soutenir, abonnez-vous pour ne rien manquer de l’actualité de Marseille et la région.

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. Input Output Input Output

    Vous l’occupez, ça prend un z 😉
    En ce qui me concerne, je ne ferai pas partie de tous ceux qui écriront leur “journal de confinement”. Car je tiens déjà un “Journal De Bore” http://tinyurl.com/journaldebore dans lequel je raconte mes difficultés à remplir mes journées de fonctionnaire payé à ne rien faire, lorsque je ne suis pas payé à ne rien faire…pour rester chez moi, comme de nombreux fonctionnaires en ce moment, ce qui est tout de même beaucoup plus agréable mais tout aussi anormal…

    Signaler
  2. Karo Karo

    Il y a aussi ceux qui durant le confinement qui ne font pas rien ceux qui sortent travailler , ceux télétravaillent et gérent un autre rapport au temps où finalement il reste peu de place pour prendre le temps ..

    Signaler
  3. AntoineB AntoineB

    Super votre projet!
    Les histoires de confinement se racontent aussi en photo dans le joli projet de “August photographies” . Comment poursuivre leur activité de portraitiste sans ne plus pouvoir rencontrer personne? la démarche est participative, les règles sont simples. Parti de Marseille au debut du confinement , le projet tisse sa toile …. à découvrir et pourquoi ne pas participer?
    https://www.august-photographies.com

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire