La métropole, lamarque, lebus et le plan com

Décryptage
Julien Vinzent_
20 Juil 2018 10

Aux manettes d'une dizaine de réseaux de transports depuis la fusion des anciennes intercommunalités, la métropole a entrepris de les regrouper sous une marque unique. "La métropole mobilité" fera donc rouler lebus, lecar, letramway et lemétro, tout simplement. Ou pas.

“Avec lacarte, si j’habite à Marseille et que je dois me rendre à Aix-en-Provence pour travailler, je pourrais prendre lemétro, puis lecar et enfin lebus à Aix pour me rendre sur mon lieu de travail.” Oui, vous pourriez tout à fait dire ça. Même si l’absence d’espace après “le” ou “la” vous paraît un peu bizarre à l’écrit… Ce choix du langage courant, c’est celui de la nouvelle communication de la métropole pour ses transports. On retrouve là l’idée adoptée en 2007 avec “Le Vélo”, les vélos en libre-service marseillais, source de quelques quiproquos dans les conversations entre cyclistes.

Mais la principale évolution annoncée mercredi est celle de l’unification des appellations, qui suit de peu la commercialisation du tarif métropolitain à 73 euros en février. À partir de septembre, exit le pass Provence ou la Transpass, toutes les nouvelles cartes d’abonnement délivrées – pardon lescartes – seront aux mêmes couleurs ocre. “Cette carte, c’est pour la première fois un objet qui sera dans la poche de tous les métropolitains qui utilisent le service de mobilité, qui les réunira”, s’est projeté le vice-président délégué aux transports Jean-Pierre Serrus. Une métropole, des métropolitains et non plus des Marseillais, Aixois ou Berrois…

De même, là où Lyon a son TCL, Toulouse son Tisseo, Aix Marseille-Provence avait une multitude de noms (RTM, Ulysse, Libébus, les lignes de l’agglo, les bus de l’Étang…) pour les réseaux issus des six anciennes intercommunalités fusionnées en 2016. Tous seront regroupés dans une marque unique, “La métropole mobilité”. Laquelle, de métropole ? Pas besoin d’y réfléchir. Pourquoi voudriez-vous que ce soit celle de Grenoble puisque vous êtes en train d’attendre un bus à Vitrolles ? “La marque unique a beaucoup d’humilité, parce que c’est un outil de la mobilité. On n’est pas en train d’être prétentieux et de chercher un énième nom, a justifié Jean-Pierre Serrus. Il faut que cette marque soit très accessible, que l’ensemble des métropolitains et des visiteurs puissent comprendre d’un coup d’un seul de quoi il s’agit.”

Extrait du dossier de presse.

Drone et ballet de sonnettes

“Humilité”, même si cette présentation sentait leplancom. Diffusé en direct sur Facebook, accompagné de deux films d’animation, l’événement faisait l’objet d’une réalisation au cordeau. Une caméra montée sur une grue, un drone et un caméraman mobile étaient chargés de filmer le ballet des levélo faisant tinter leur sonnette puis l’arrivée de lebus et de lecar, applaudis par leprésident et levice-président, soigneusement placés devant lesiège de lamétropole par des croix au sol, avec à leurs côtés lesélus et lestechniciens. Pour le faire savoir plus largement, une campagne d’affichage sur le thème “1 marque, 1 réseau, 1 territoire” prend le relais depuis ce jeudi.

Lesjournalistes, eux, avaient bien en tête les critiques sur le coût de cette opération : 10 millions d’euros selon Sylvia Barthélémy, la présidente du conseil de territoire du pays d’Aubagne et de l’Étoile. “On ne peut pas non plus rester les bras croisés !”, s’est exclamé Jean-Claude Gaudin, faisant comprendre que l’élue aubagnaise n’avait pas digéré l’abandon du Val’tram (lire notre article). “Ceux qui ont des responsabilités, et parfois pas des moindres, qui balancent des chiffres qui sont des caricatures, le font au détriment des métropolitains”, s’est crispé le vice-président délégué aux transports.

Un chantier sur cinq ans

Tout bien pesé, la caricature n’en est qu’à moitié une : il en coûtera près de cinq millions d’euros (“1,7 million d’euros la première année, puis 600 000 euros par an sur quatre ou cinq ans”), pour déployer la marque sur l’ensemble des véhicules, arrêts de bus, guichets, fiches horaires et sites internet. La différence entre les deux chiffres tient au fait que Sylvia Barthélémy avait fait le calcul théorique du remplacement immédiat de l’ensemble de la signalétique. “C’est une attaque tout à fait infondée. Il n’a jamais été question de mettre aux nouvelles couleurs les 600 bus en une nuit”, a réagi Jean-Pierre Serrus, qui a mis en avant une stratégie “progressive”, donc plus économe, tirant parti du renouvellement du matériel. Le métro attendra par exemple l’arrivée des nouvelles rames en 2022.

Tellement progressive que certains points flottent encore. Ainsi, la RTM ne sait pas vraiment quand et comment le tramway sera floqué aux nouvelles couleurs. “On est en train d’y réfléchir car il est aujourd’hui très esthétique”, glisse Maxime Tommasini, son président. Autre casse-tête, bien plus crucial : faut-il conserver les anciens numéros pour ne pas perdre les usagers, quitte à faire coexister plusieurs lignes 10 à différents endroits du réseau ? À la métropole, on précise “qu’une refonte de la numérotation est prévue en concertation avec les opérateurs mais également les usagers”, sans toutefois donner d’échéance.

Des “+” et des “?”

En attendant, le budget tient avant tout à “un effort pour marquer rapidement l’interurbain”, explique Jean-Pierre Serrus. Les premiers véhicules à arborer ces nouvelles couleurs, dès cet été, seront les cars qui relient les gares routières de Marseille et d’Aix. Outre des raisons pratiques, car l’opérateur est une régie de la métropole, il s’agit symboliquement de “la première ligne interurbaine de France en nombre de voyageurs”, rappelle-t-on.

Cette tête de gondole sera aussi la première à être dotée du petit “+” qui signale une ligne “premium”. Lecar+ est alors censé être fréquent, rapide, fiable, avec une grande amplitude horaire. Avec une navette toutes les cinq minutes en heure de pointe et un dernier départ autour de minuit, cette ligne 50 de l’ex réseau Cartreize était déjà bien placée pour remplir cette promesse, même si elle est encore souvent engluée dans les embouteillages. Sa capacité sera renforcée en septembre avec l’acquisition de dix cars à double étage, offrant 92 places au lieu de 64, puis la mise en service en octobre d’un nouveau tronçon de voie réservée sur autoroute, au niveau de Plan-de-Campagne.

Pour d’autres lignes, le “+” risque de rester au stade de l’autocollant sur la carrosserie. Ainsi, le B2 entre Bougainville et Saint-Antoine affiche une fréquence de 15 minutes, n’est pas en site propre sur la majorité de son trajet et s’arrête à 21 h 30 pour être remplacé par la ligne de nuit 526. Quant aux grands projets, qui d’ici 2025 doivent permettre à 92 % de la population d’être à moins de 10 minutes du réseau “premium” (y compris en prenant leur voiture), ils sont encore suspendus à un financement d’envergure de l’État. Faute de quoi, à Saint-Loup comme au lycée Saint-Exupéry ou aux Milles, cela restera lemétro? et letram?.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

1 € LE 1ER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.


A la une

À Marseille, l'”ancien monde” ne craint plus La République en marche
Poignées de main chaleureuses, cigarillo aux lèvres, petites blagues décontractées, Dominique Tian est ici chez lui et il entend bien le montrer. Vendredi 12...
Martine Vassal bricole un agenda environnemental à un milliard d’euros
Moins d'un mois. C'est le temps record qu'il aura fallu aux équipes de la métropole pour se greffer sur l'agenda environnemental du conseil départemental....
Les premiers arbres de La Plaine tombent malgré la résistance
La pluie tombe, les arbres aussi et certains manifestants pleurent en voyant les premiers tilleuls chuter dans un grand crac sinistre. Ils hurlent aussi...
Conflit d’intérêts à la tête de l’institut de recherche pour le développement
Charles Duchaine est de retour à Marseille. Pas le premier juge de l'affaire Guérini en personne, mais les contrôleurs de l'agence française anti-corruption (AFA)...
À Saint-Victoret, des travaux qui se font tout seuls embarrassent la métropole
C'est un joli parc à la sortie du bourg de Saint-Victoret en direction de la gare de Pas-des-Lanciers. A côté du centre aéré fraîchement...
L’institut Ricard drague les habitants de l’Estaque avec une ferme à poissons du futur
"Nous avons proposé un projet de ferme que l'on pourrait appeler... permaquacole !", lance fièrement Patricia Ricard, petite-fille de Paul et présidente de l'Institut océanographique du...

Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire