Des cars sur l’autoroute pour remplacer le projet enterré de Val’tram

Actualité
Julien Vinzent_
20 Mar 2018 11

Après avoir gelé le projet de tramway entre Aubagne et La Bouilladisse, pointant sa dérive budgétaire, la métropole a présenté aux élus de ce territoire une alternative. Basée sur une renforcement de la ligne de car existante, qui emprunte l'autoroute, cette solution n'a pas convaincu la présidente du pays d'Aubagne Sylvia Barthélémy, qui veut en appeler à la population.

Maquette du projet de Val Tram

Maquette du projet de Val Tram

Un itinéraire bis pas au goût des maires du pays d’Aubagne. Ce lundi matin, le vice-président délégué aux transports de la métropole (LAREM) Jean-Pierre Serrus leur a présenté un projet de ligne de cars entre Aubagne et Aix-en-Provence, qui desservirait Roquevaire, Auriol et La Bouilladisse. Également défendue dans la soirée devant les élus du conseil de territoire d’Aubagne, cette liaison est censée fournir une alternative au projet de tramway Val’tram, officiellement “gelé” par la métropole le mois dernier. Pour ne pas dire enterré.

“Mais cela n’a strictement rien à voir, s’exaspère Sylvia Barthélémy, la présidente du conseil de territoire (UDI), qui a organisé une conférence de presse suite à cette rencontre. Notre projet passait dans les communes, on allait cueillir les gens chez eux. Qui va aller sur l’autoroute pour prendre le bus, avec un système très compliqué de passerelles ?” Près de la moitié des logements sociaux programmés dans les prochaines années, ainsi que le futur lycée de la Bouilladisse, sont prévus le long du tracé du Val’tram, ajoute-t-elle. “Tout notre projet de territoire se trouve bouleversé. Je vais lancer une consultation de la population, par téléphone et par internet”, annonce-t-elle.

À (re)lire : Quand Martine Vassal volait au secours du “tramway des champs”

Amélioration de l’existant

Pour l’heure, la métropole n’a pas souhaité commenter son nouveau projet, qui sera présenté lors d’un point presse dans la semaine. Mais le document réalisé par le bureau d’études Eureca, que Marsactu a pu consulter, confirme les grandes lignes de la présentation de Sylvia Barthélémy. Plusieurs stations sont identifiées, sur des parcelles proches de l’autoroute permettant d’abriter des parkings relais et des passerelles surplombant l’autoroute pour rejoindre l’arrêt en sens inverse. Selon les premières projections, ces aménagements coûteraient 25 millions d’euros, six fois moins que le dernier montant estimé pour le Val’tram.

L’ensemble reprend peu ou prou le trajet de la ligne Cartreize 72, qui relie déjà La Ciotat à Aix en passant par Aubagne, avec davantage d’arrêts. Principale différence : le qualificatif “premium”. Issu de l’agenda de la mobilité métropolitaine, le document guide voté en décembre 2016 (lire notre article), il distingue les lignes offrant une fréquence de pointe d’au moins 10 minutes et une amplitude horaires étendue.

Ce statut “premium”, le Val’tram l’avait à la base, avec les engagements qui allaient avec. “Voté en 2014, il avait été inscrit sans problème à l’agenda de la mobilité, rappelle Sylvia Barthélémy. À partir de là, tout allait bien, nous avons lancé des études plus approfondies, acheté les emprises foncières auprès de la SNCF. Fin 2016, il a même été inscrit en autorisation de programme pour 127 millions d’euros, le feu vert absolu.”

Quid des rames déjà achetées ?

Le tracé du Val’tram.

Mais, malgré les subventions promises par l’État, le conseil régional et le conseil départemental, la métropole a ensuite progressivement appuyé sur le frein. D’abord découpé en deux phases pour étaler son impact budgétaire, le projet a ensuite été reporté sine die. “Il n’est pas question de condamner nos finances avec des projets initiés par les anciens EPCI avant la création de la métropole. Nous avons ainsi souhaité des études complémentaires sur la réalisation du Val tram d’Aubagne : il ne serait pas responsable de s’engager sans réfléchir dans un chantier dont le coût annoncé est désormais passé de 97 millions d’euros à presque 150”, a justifié le président Jean-Claude Gaudin le 13 février.

Face à cet affichage de vertu financière, Sylvia Barthélémy rappelle que le Val’tram permettait de réaffecter les rames et le centre de maintenance rendus inutiles par l’abandon en 2014 d’une bonne partie du projet de tramway de la précédente majorité. Comme l’a récemment souligné la chambre régionale des comptes, ce sont 20,6 millions d’euros de dépenses qui ont été mis en sommeil par cet arbitrage politique (lire notre article). “C’est de l’argent public, la métropole continue de rembourser les emprunts”, insiste Sylvia Barthélémy. La solution de la métropole, à laquelle l’élue assure ne pas se fier, pourrait constituer un curieux retournement : le tramway actuel pourrait être prolongé vers la Penne-sur-Huveaune. Comme prévu initialement par Magali Giovannangeli, ancienne présidente communiste du pays d’Aubagne et de l’étoile.

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