La communication catastrophique de Jean-Claude Gaudin ajoute à la crise politique

Décryptage
le 13 Nov 2018
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Depuis le drame de la rue d’Aubagne, la communication personnelle du maire et celle de la mairie ont nourri la critique plutôt que de l’apaiser.

Photo Patrick Gherdoussi divergence-images.com

Photo Patrick Gherdoussi divergence-images.com

7 h 40 ce lundi sur Europe 1, Jean-Michel Aphatie conclut son éditorial en demandant la démission de Jean-Claude Gaudin. Comme les participants de la marche blanche de samedi. Comme le député La République en marche Saïd Ahamada. Le drame de la rue d’Aubagne est une crise politique nourrie par les insuffisances de la mairie en terme d’éradication de l’habitat indigne.

Dimanche, Jean-Claude Gaudin a salué la « dignité » d’une marche qui s’est conclu en lui demandant -au mieux- de quitter son poste. « La spontanéité est de chercher le coupable, le bouc-émissaire », excuse-t-il. Face aux manifestants, les drapeaux étaient en berne, crêpés de noir. Deux heures après, ils flottaient à nouveau au vent avant d’être à nouveau entourés de noir le lendemain matin face à notre étonnement. Ces petits morceaux de crêpes noirs qui apparaissent et disparaissent symbolisent une communication hésitante qui n’arrange rien à la crise politique.

« D’un côté, il y a l’exploitation politicienne qui est une ignominie – et je crois savoir que le maire a refusé de serrer la main à Saïd Ahamada aux cérémonies du 11 novembre. De l’autre, on peut tout comprendre des gens qui sont sous le coup de l’émotion », veut dédramatiser le président de la majorité municipale, Yves Moraine. Pour lui, cette même émotion empêche pour l’heure toute réplique « rationnelle » aux critiques de la gestion municipale. C’est pourtant ce à quoi s’est essayé le maire dès jeudi dans une grande conférence de presse. Mais sa réponse a fait flop : les chiffres déployés ressemblaient plus à de l’enfumage qu’à un exercice de transparence et la presse a quasi unanimement critiqué sa prestation.

« Nous avons voulu montrer la rigueur de la politique municipale. Aurions-nous dû montrer plus d’émotions ? Le temps était à la rigueur plutôt qu’au cinéma », reprend fermement Yves Moraine qui participait à cette conférence de presse. La contradiction dans le discours de l’élu, un des rares à accepter de répondre à nos questions, est apparente : dans un temps qu’il juge lui-même dédié à l’émotion, Jean-Claude Gaudin n’a pas marqué la sienne et a presque paru détaché de l’événement. « D’habitude c’est un climat beaucoup plus agréable que j’essaie de provoquer, là vous voyez bien que les événements nous amènent à beaucoup plus de solennité, de respect », a d’ailleurs conclu le maire de manière étrange.

« Il a répété ce qu’on lui a dit de dire »

« Deux heures avant, personne ne savait ce qu’il allait raconter, s’étrangle un pilier de la majorité. Il a répété ce qu’on lui a dit de dire mais c’était de la folie de lui faire faire ça. On l’envoie parler alors qu’il découvre la situation car le reste du temps on le protège. Il découvre la réalité, comme pour les écoles : on ne lui fait inaugurer que des choses qui vont bien. Le problème, c’est qu’en le protégeant comme ça, on le fait vivre dans un monde parallèle ». Version concordante mais plus positive d’un proche soutien : « Un maire d’une ville de plus de 800 000 habitants ne peut clairement pas tout connaître. Il fixe un cap mais n’est pas un giga chef de services, il ne peut pas tout connaître même s’il reçoit des rapports. Après, on rentre dans l’habileté du communicant qui réussit à faire croire qu’il maîtrise ou pas le côté technique. »

Depuis ce moment raté, la communication du maire, elle aussi en mode « situation de crise », essaie de rectifier le tir. Il faut d’abord incarner la mobilisation municipale, réelle, et la mairie diffuse dimanche une photo façon « situation room » de la Maison blanche.

Le maire lunettes sur le nez semble au cœur d’un dossier dont l’urgence n’est plus celle de la recherche de victimes, arrêtée, mais le relogement et la prise en charge des personnes évacuées. Une semaine après le drame, la com’ s’enclenche tardivement.

Le contre-temps permanent

Deuxième pan de la riposte, le maire a convié la presse en catastrophe dimanche après avoir répondu le matin à France info. Sans notes, il rappelle qu’il est un « maire humaniste », insiste sur l’assistance apportée aux victimes et exprime sa peine comme ses regrets sur toutes les antennes. Il assure aussi qu’il n’a renoncé à participer à la marche blanche que par crainte de « provoquer des tensions ».

Dans son viseur, il y a les militants les plus remontés contre la rénovation de la Plaine dont beaucoup ont participé au défilé de samedi. Mais l’exaspération des manifestants allait clairement au-delà. Le slogan « Ce n’est pas la pluie », qui prospère, fait directement référence à ses premières déclarations qui liaient le drame aux « fortes pluies » du week-end du 3 et 4 novembre. Là encore, le retard pris semble difficilement rattrapable.

Politiquement, jean-Claude Gaudin concède qu’il aurait certainement pu faire davantage. Mais il assume son bilan global : « Je ne regrette rien ». Pourtant, en coulisses, des élus chargés des questions sociales racontent leur difficulté à faire passer leurs dossiers, les recrutements inexistants ou les moyens qui n’arrivent pas. « Quand vous arrivez au cabinet avec un dossier un peu social, un peu sensible, les gens du cabinet disent, « allez, arrête, c’est du bashing ! », témoigne un adjoint au maire. « Quand Arlette Fructus présente un dossier logement, on la laisse exposer la question mais, quand elle est partie, on se dit que c’est trop compliqué », confirme un fonctionnaire haut placé.

Souvent, le dossier est tranché, sans même en référer au maire, par l’entourage proche de l’édile constitué des inamovibles directeur de cabinet et directeur général des services (DGS) Claude Bertrand et Jean-Claude Gondard ainsi que du DGS adjoint Jean-Pierre Chanal, ancien journaliste du Provençal devenu communicant de la Société des eaux de Marseille avant d’intégrer la Ville. « Bien sûr que l’entourage cherche à mettre en avant ce qui fonctionne, tranche un fin connaisseur de la machine municipale. Mais un élu qui a besoin d’un coup de main politique a toujours accès au maire ».

Gaudin manque de seconds

Reste que dans l’exercice de la riposte, le maire est plutôt seul, même si les adjoints compétents – Arlette Fructus, Julien Ruas – font leur part, comme les maires de secteur Sabine Bernasconi et Yves Moraine. À ce jeu, il peut aussi y avoir des accrocs. Sabine Bernasconi a lâché en pleine conférence de presse : « Mais je ne sais pas ce que c’est le permis de louer ! » Yves Moraine a été pointé du doigt pour en pleine crise avoir participé à « une soirée autour du chocolat » comme l’indiquait un message sur Facebook : « Ce n’était pas une fête du chocolat mais le lancement d’une association qui veut améliorer la solidarité et le dialogue dans les quartiers. Nous avons fait un post où cela a été très mal présenté et je m’excuse auprès des personnes qui ont été sincèrement choquées », se justifie-t-il aujourd’hui, conscient de son erreur de communication.

Martine Vassal, la nouvelle présidente de la métropole compétente en matière d’habitat, est laissée en réserve de la famille pour, le temps venu, présenter un plan et des propositions sans être trop apparue durant la tempête. Comme elle, plusieurs cadres essaient de ne pas être trop éclaboussés, quitte à charger en off le maire. Un fidèle du maire se désole : « L’élu qui veut être réélu la prochaine fois a tout intérêt à charger Jean-Claude Gaudin qui lui ne se représentera pas ».

(avec Benoît Gilles) 

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Commentaires

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  1. Input-Output Input-Output

    Si la mairie de Marseille n’était mauvaise qu’en communication, la ville ne serait pas dans cet état, et ce à tous les points de vue ! Mais à sa décharge, les marseillais ont continué à voter pour lui pendant toutes ces années, ils n’ont donc finalement que les élus qu’ils méritent…

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    • LN LN

      Alors, quelques précisions ….

      Elections municipales 2014 :
      Population globale : 855 393
      Inscrits : 491 097
      au 2éme tour : 236 545 votants
      Election Gaudin : 96 813 voix soit 42.4%
      Représentant finalement QUE 11.3% des marseillais.

      Avec ca :
      On arrête les généralités (c’est lourd au bout d’un moment)
      On emploie les bons mots (on ne mérite rien en démocratie)
      On supprime les phrases à la c… toutes faites (je supporte plus)

      Je vous en remercie 😉

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    • Julien Vinzent_ Julien Vinzent_

      Bonjour,
      loin de moi l’idée de couper les cheveux en quatre, mais comme le chiffre revient souvent, je me permets une petite précision : il faut ajouter aux voix réalisées au second par les listes de Jean-Claude Gaudin celles réalisées dans le 6/8 (21 527), où il a été élu dès ce tour et où il n’y a donc pas eu de vote au second tour. Soit 118 340 voix.

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  2. Dark Vador Dark Vador

    « Les marseillais ont continué à voter pour lui »… J’ai lu récemment une étude qui concluait que moins de 200.000 Marseillais faisaient l’élection… je comprends mieux du coup son élection et sa réélection : il lui suffit de « soigner » cet électorat…

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    • LaPlaine _ LaPlaine _

      Le score de Gaudin c’est un peu plus de 90 000 voix au premier tour…

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      … un peu plus de 90 000 voix sur un peu moins de 500 000 inscrits. Si la majorité nullicipale est confortable en nombre de sièges, elle a été élue par à peu près un électeur sur cinq. Ca aurait pu inciter à l’humilité, mais non…

      En 2020, l’un des enjeux est le vote des partisans du premier parti politique marseillais : celui des abstentionnistes.

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  3. julijo julijo

    Ah non !! on ne mérite pas.
    Il m’est arrivé de le dire, mais il s’agit uniquement d’une boutade cynique. Et infondée. C’est loin d’être une majorité de marseillais qui ont voté gaudin. Il me semble me rappeler de quelque chose comme 20 à 25 % des électeurs….les abstentions et la loi électorale ont fait le reste.

    Je me sens responsable, moi qui n’ai jamais voté gaudin, de ne pas avoir suffisamment expliqué à mon entourage le danger de re élire un tel personnage dont l’incompétence est prouvée depuis des années, et qui est le roi de la manipulation et de l’enfumage dont la cour est une bande de nuls profiteurs.

    A moi, à nous tous, de faire en sorte que ça se passe autrement. Nous tenons encore une fois la preuve de la dangerosité d’une telle équipe et qu’une bonne communication ne fait pas une bonne politique….alors une mauvaise !

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  4. Lionel Bérenger Lionel Bérenger

    D’ailleurs, ceci expliquant cela, monsieur Moraine était en « visite » à l’école des Bergers ce matin… La fameuse politique à réaction.

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  5. Lionel Bérenger Lionel Bérenger

    Assez d’accord avec darkvador, on est tout aussi responsable. On ne peut pas porter les mêmes personnes au pouvoir pendant 23 ans et se plaindre sans agir derrière ! On a eu trois occasion de le virer de cette mairie le Gaudin. Et l’excuse « oui mais y’a personne en face » ça tient plus.

    Il y’a un véritable souci de perception et d’implication dans cette ville. Et c’est assez bizarre (ou pas en fait), mais, la marche blanche de ce weekend était très émouvante, très impressionnante, mais c’était une marche essentiellement de bobos blancs et c’est ça en dit beaucoup je trouve sur ce qu’on est devenu. Le fameux creuset marseillais en papier crépon…

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  6. Patrick6000 Patrick6000

    sans parler de son tweet magique : « Nous sommes effondrés par ce qui vient de se passer. Nous sommes en pleine compassion avec les familles et leurs amis. Nous nous inclinons devant ces huit personnes qui ont perdu la vie. »

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  7. Jean Peuplus Jean Peuplus

    Cette atroce tragédie n’est que le triste résultat de politiques publiques d’affichage qui coutent bien moins chers que la résorption des causes. Aucun élu (ville, département, métropole, région) ni les représentants de l’État du reste, ne peuvent ignorer l’état catastrophique de l’habitat du centre ville, le délabrement des bâtiments scolaires et la malbouffe dans les cantines, les défaillances du réseau de transport ainsi que l’ensemble des dysfonctionnements des services publics et plus particulièrement au niveau du social. Mais tout le monde dans une parfaite bonne conscience s’abrite derrière des études, des audits, des plans qui ne sont jamais achevés faute de moyens.

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    • Palissade Palissade

      Pour la malbouffe, c’est très exagéré : 50 % de produits bio AB servis sur l’année. C’est pas mal, non ?

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  8. Electeur du 8e Electeur du 8e

    « [Gaudin] découvre la réalité, comme pour les écoles : on ne lui fait inaugurer que des choses qui vont bien. Le problème, c’est qu’en le protégeant comme ça, on le fait vivre dans un monde parallèle. »

    Si on ne demande pas au maire d’une grande ville de connaître dans le détail tous les dossiers, on peut tout de même exiger que son action s’inscrive dans le cadre de quelques priorités définies en fonction de la réalité du terrain et des besoins qui en découlent. Gaudin aurait donc « découvert » a posteriori la réalité des écoles de sa ville, la réalité du mal-logement dans sa ville… Mais quand bien même il serait « protégé », où vit-il pour ne rien voir et ne rien savoir ? Ne lit-il jamais aucun journal, jamais aucun rapport ?

    Cette ignorance de la réalité n’est certainement pas une circonstance atténuante pour un élu chargé de préparer l’avenir de la collectivité qu’il dirige. Bien au contraire. Au point que je doute fortement de la crédibilité d’une telle « explication ». L’incompétence, vaguement masquée jusqu’ici par la communication (avant que celle-ci ne déraille), les promesses et les pagnolades, me paraît plus plausible.

    Désormais, le roi est nu. Qu’il s’en aille.

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  9. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    “[Gaudin] découvre la réalité, comme pour les écoles : on ne lui fait inaugurer que des choses qui vont bien. Le problème, c’est qu’en le protégeant comme ça, on le fait vivre dans un monde parallèle.”
    Pourquoi et qui ? Qui est ce « on » et quels intérêts sert-il en faisant vivre ce vieux monsieur dans un « monde parallèle » ?
    Une poignet de collaborateurs de haut-niveau et d’élus influents, moins de 10 certainement, peut-être même moins de 5… Peu formés, peu expérimentés, au fond pas vraiment intéressés par la politique, ni le service public ou l’intérêt général.
    Et tous les autres autour, obligés et courtisant des précédents gérant une mosaïque de mini-sinécures ou de mini-clientèles géographiques (MON secteur, MON canton !) ou sociales (MA communauté, MA corporation, MON syndicat !)…

    Qu’ils s’en aillent tous ! Mais pour que ce « dégagisme » se mette en oeuvre encore faut-il qu’une alternative politique apparaisse…

    Or, on voit bien que les seules forces politiques « décentes » (=ni l’extrême-droite, ni la droite républicaine déchue) que sont la FI et la REM ne sont pas sur des itinéraires permettant d’envisager une alliance. Et pourtant ce sont bien ces forces là qui représentent ensemble les marseillais et qui sont ensemble susceptibles de constituer une alternative.

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    • Voyageur Voyageur

      La FI, j’en sais rien, mais la REM on y vient pour capter des postes, de l’influence dans les commissions, les combinaisons, l’argent public. Donc les différences entre le discours de la REM et ce que font ses représentants, militants, et électeurs tient en une phrase : « faites ce qu’on vous dit pas ce qu’on fait ».

      Dans notre pays nous n’avons pas eu la « troika » qu’ a subit la Grèce, parce que la troika en France, c’est la REM.

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  10. didier L didier L

    Le trio que vous citez, premier cercle du maire n’est pas de ceux qui cultivent le plus la transparence et la créativité, ce dont a besoin une grande métropole. Pas fan de Juppé pour autant, je constate qu’il a su insuffler à Bordeaux ce souffle qui manque depuis toujours à Marseille. Merveilleuse ville par sa population, sa diversité, son esthétique, son histoire mais gérée sans réelle vision depuis si longtemps. La richesse de Marseille est sa population, ses rues, ses paysages, son port, la Méditerranée et hélas pas ses élus. Le clientélisme est la règle et le manque de professionnalisme le résultat, observable dans d’autres domaines que l’habitat. A suivre.

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