Bus, car, métro… la métropole augmente ses prix et oublie les plus démunis

Décryptage
Rémi Baldy
28 Mar 2019 18

Après avoir lancé un pass intégral pour accéder à l’ensemble des transports en commun de son territoire, la métropole met en place un système de tarification adaptée avec des prix adaptés pour les étudiants ou les seniors. En revanche, les bénéficiaires de la CMUC ou allocataires du RSA devront payer plein tarif.

Crédits : Emilio Guzman

Crédits : Emilio Guzman

L’enjeu est « majeur » prévient la métropole à l’heure de s’attaquer au prix des transports en commun. La première cible est le pass intégral qui va enfin avoir le droit à sa tarification segmentée, autrement dit l’application de prix plus attractifs pour certaines catégories de la population. Lancé en février 2018, le Pass Intégral permet d’utiliser tous les transports en commun du territoire avec une seule carte et un prix unique de 73 euros mensuel ou 816 euros par an.

Si le concept du pass intégral semble tomber sous le sens, pour les usagers des transports métropolitains il s’agissait d’une première révolution (lire notre article). Pour continuer sur sa lancée, le conseil métropolitain va donc voter ce jeudi l’adaptation de ces tarifs segmentés. Comme cela se fait souvent dans ce type de démarche, dans le rapport soumis au vote, la métropole définit ainsi cinq profils : les « scolaires » jusqu’au bac, les « étudiants » de moins de 26 ans, le tarif « solidarité » qui concerne les bénéficiaires de la CMUC ou allocataires du RSA, les « seniors » -soit les personnes de plus de 65 ans- et le « tout public » destiné à payer plein tarif.

Solidarité oubliée

Mauvaise surprise pour les membres de la catégorie « solidarité », ils devront, pour profiter du pass intégral, s’acquitter chaque mois de… 73 euros. Un prix plein tarif de fait puisque la nouvelle grille tarifaire ne mentionne pas le profil « solidarité ». Pourtant, Jean-Pierre Serrus, ex-vice président métropolitain en charge des transports, annonçait en juillet « un tarif social fin 2018 début 2019 ». Son successeur, Roland Blum, explique que cette question est toujours à l’étude. « Il faut réussir à harmoniser les prix entre chaque territoire, mais aussi les critères pour entrer dans le tarif social », précise l’élu. 

Dans la pratique, chaque territoire propose en effet des réductions, voire la gratuité, aux personnes ayant des faibles revenus. Mais chacun définit ses propres règles ou conditions. En ne s’attaquant pas à ces différences, la métropole laisse bien de côté ce qu’elle qualifie de « populations les plus fragiles ». Une personne voulant partir de Marseille pour aller à Aix et censée bénéficier d’un tarif réduit ne pourra donc pas profiter du pass intégral avec un prix adapté. Elle devra justifier de sa situation auprès de la RTM, de TER et d’Aix en Bus. Pour Cartreize, la question ne se pose même pas car le service ne propose pas de tarif réduit pour les bas revenus.

« La tarification des différents réseaux est aujourd’hui complexe, hétérogène et souvent spécifique à l’échelle de périmètres inférieurs à celui de la Métropole », pointe la délibération expliquant que l’harmonisation des tarifications est un « enjeu majeur » pour augmenter le nombre de voyageurs.

Pas de TER ni de LER en tarif réduit

L’harmonisation tant voulue ne concerne pas non plus l’ensemble des titres de transports dédiés jeunes et les seniors. Ils peuvent bénéficier d’un tarif de 30,40 euros pour, non pas un pass intégral, mais pour un pass métropolitain. Deux noms pour une différence de taille : l’impossibilité de prendre les TER et les LER, gérés par la région avec une seule et même carte.

« Ces pass métropolitains étudiants et seniors pourront être étendus aux services de TER ou LER, lorsque la région donnera suite aux sollicitations de la métropole, à l’instar de ce que permet déjà le pass intégral », tacle le rapport de la métropole. Roland Blum estime « que la Région se laisse désirer » mais reste confiant pour un accord dans le futur. Pour Philippe Tabarot, vice-président du conseil régional délégué aux transports, cela n’est dû qu’à un problème de calendrier. « Nous avons mis en place ensemble le pass intégral, mais la question de ces tarifs segmentés est plus récente et nous ne pouvions pas être prêts », explique-t-il.

En parallèle, la région vient de voter une nouvelle carte Zou « étude » pour la prochaine rentrée. Les étudiants de moins de 26 ans pourront accéder aux TER et LER de manière illimitée pour un tarif unique de 110 euros par an. L’ancienne carte « étude » à 15 euros par an, qui permettait de bénéficier du trajet gratuit entre le lieu d’étude et le domicile, a été supprimée pour cette nouvelle formule. Cela signifie que la facture estudiantine annuelle pour combiner pass métropolitain et carte Zou atteint 474,80 euros, soit 39,9 euros par mois.

Mais il faudra jongler avec deux cartes. « Nous allons continuer à travailler avec la métropole, nous ne sommes fermés à rien, mais il faut voir comment techniquement il est possible de charger les deux cartes sur une seule et comment harmoniser les tarifs social et scolaire qui n’ont pas les mêmes critères », prévient Philippe Tabarot.

Des prix en hausse

Quant à ceux qui ne voudront pas prendre leur pass intégral ou métropolitain, il faudra composer avec l’augmentation des tarifs sur les différents réseaux. Car dans le même temps, la métropole a choisi d’augmenter ses tarifs par réseau. Ainsi, à Marseille, le tarif social augmente pour les bénéficiaires de la CMU et les chômeurs indemnisés.

Les tickets vendus à l’unité resteront eux au même prix, « afin de ne pas impacter les populations les plus fragiles » explique la Métropole. Outre les modifications tarifaires, quelques modifications sur les offres sont aussi apportées. Fini les 40 tickets sur les réseaux Aix en Bus et Pays d’Aix mobilités. Les coupons de six tickets sur Libébus passeront à dix, avec une augmentation sur le prix moyen du billet. Enfin, tous les réseaux de transports sont réunis sous la bannière « La Métropole Mobilité ». Une mue qui a déjà commencé.

Toutes ces hausses se justifient par la volonté de « garantir un niveau de financement suffisant de son réseau par les recettes commerciales issues des voyageurs » écrit la métropole. Elle évalue à 3 millions d’euros les recettes de la seule augmentation des navettes à destination de l’aéroport.

Le directeur général adjoint mobilité de la métropole, Yannick Tondut, a dressé, en décembre lors du comité de pilotage, un constat inquiétant :« Il ne faut pas non plus oublier la réalité budgétaire. (…) Des arbitrages sont donc indispensables, la démarche consiste aujourd’hui davantage à ne pas supprimer de dessertes qu’à en créer de nouvelles ». Trois mois plus tard, lors d’une consultation publique pour le PDU, il a livré un discours plus ambitieux. « L’objectif est d’investir 350 millions d’euros sur plusieurs années à partir de 2020, cela nous permettra de financer le projet que nous avons présenté et de rattraper une ville comme Lyon », a-t-il expliqué au public présent. Avant d’ajouter : « Il reste à trouver comment cela sera financé ». Un chantier majeur on vous dit.

Modification le 28 mars à 9h39 : le prix de l’ancienne carte Zou étude était de 15 euros par an et non par mois.

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