À Aix, une marcheuse type se mesure à deux Macron-compatibles

Portrait
le 23 Mai 2017
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À Aix, la bataille de la législative se jouera très probablement au centre. Dans la 14e circonscription où Emmanuel Macron a fait un de ses meilleurs scores dans le département, la candidate investie par la République en marche va devoir faire avec des concurrents qui se verraient tout aussi bien dans la majorité présidentielle.

S’il ne doit y en avoir qu’une, cela pourrait être elle. Anne-Laurence Petel est candidate de la République en marche dans la 14e circonscription, qui englobe Aix et les communes qui la jouxtent sur sa partie nord-est, jusqu’à la frontière vauclusienne. Une circonscription qui a porté Emmanuel Macron en tête à 24 % au premier tour, ex æquo avec François Fillon, pour ensuite lui donner 67 % des voix au second. Là où les candidats de la majorité présidentielle vont devoir sortir les rames dans les circonscriptions voisines, à Aix, la victoire semble accessible. Le député sortant Jean-David Ciot (PS) qui espérait l’investiture – ou une absence d’adversité – se retrouve avec un vrai caillou dans sa chaussure. Sans trop d’aspérités mais déterminée.

Anne-Laurence Petel coche toutes les cases du portrait robot du candidat marcheur. Quadra, en charge des relations extérieures chez Bouygues Telecom, c’estla femme active et moderne que l’on s’attend à voir dans le mouvement macroniste. Bref, une cadre hors cadre, comme ailleurs dans le département.

« Sérieuse »« engagée »« investie »« dynamique », ou encore « tête bien faite », les qualificatifs sentent bon la lettre de motivation. Ou de recommandations puisqu’ils tombent de la bouche de camarades de la sphère macroniste des Bouches-du-Rhône. Si elle travaille depuis 14 ans dans une entreprise privée, elle est tout de même au contact du personnel politique : elle est particulièrement en charge des relations avec les collectivités (hors Bouches-du-Rhône).

« Démocratie citoyenne » à Narbonne

C’est d’ailleurs comme cela qu’elle a rencontré Christophe Castaner, le nouveau secrétaire d’État aux relations avec le Parlement dont elle admire beaucoup la démarche, sans que l’on sache si cela a été déterminant dans son engagement puis son investiture. La politique, elle connaît puisqu’elle a commencé sa carrière au sein du cabinet du maire de Narbonne, « de 1998 à 2002 ». Dans le privé ou le public, et de l’un à l’autre, Anne-Laurence Petel n’est donc pas une débutante. Elle y ajoute une foi de convertie dans le mouvement En marche.

« C’est quelqu’un qui a beaucoup donné, assure Yves Delafon, responsable du comité aixois d’En marche, qui l’a rencontrée en octobre dernier, elle a un engagement profond et solide, elle a parfaitement compris le message de Macron et elle sait le faire passer ». « Le déclic ça a été le meeting à la Mutualité [en juillet 2016, ndlr], confie la candidate, je me suis dit : il se passe quelque chose de plutôt très intéressant. Et rien ne changera si je ne fais pas ma part. » Au final, cet engagement a été récompensé par l’investiture tant convoitée. « Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi heureux », raconte une autre macroniste devenue son amie, avec qui elle a fêté la nouvelle.

Jusqu’ici, aux scrutins présidentiels, Anne-Laurence Petel avait voté François Bayrou. Le maire qu’elle a servi avec enthousiasme à Narbonne, Michel Moynier, était lui aussi de centre-droit, sans étiquette, avec une majorité teintée de société civile. Difficile d’établir, à l’heure où les limites se brouillent, quelle est la culture politique de la candidate. Elle le dit en quelques mots. « Ma mère a été au PC pendant 50 ans, j’en ai tiré de fortes valeurs humanistes. »

De cet héritage tout à gauche, celle qui est aujourd’hui ravie à l’idée d’un gouvernement « pas trop sectaire, avec des gens qui vont savoir se parler, négocier », explique donc avoir retenu un goût prononcé pour l’engagement citoyen. Elle parle avec passion des expériences de « démocratie citoyenne » qu’elle avait mises en place à Narbonne et souhaite penser son rôle de députée dans la même ligne.

Un socialiste qui se veut de la majorité présidentielle

Ce qui pourrait faire obstacle à Anne-Laurence Petel dans cette histoire sans aspérités, c’est qu’elle est loin d’être la seule à être inspirée par le nouveau président de la République, même si elle a l’exclusivité du sigle « République en marche ». À commencer par le député sortant, le premier secrétaire du PS 13 Jean-David Ciot, qui a clairement exprimé dès le début de la campagne présidentielle son soutien à Emmanuel Macron en se mettant temporairement « en retrait » de son parti.

Faute de l’avoir réellement quitté pour se mettre en marche, le maire du Puy-Sainte-Réparade n’a pas obtenu l’investiture demandée et se représente donc sous la seule étiquette du Parti socialiste, dont les militants l’avaient investi en décembre 2016. Mais le poing et la rose disparaissent carrément sur ses affiches et documents de campagne, au profit d’une bannière « majorité présidentielle ».

Plutôt douce, quoique directe, quand il est sujet du sortant, Anne-Laurence Petel attaque et dénonce ceux qui pourraient « mettre en péril la majorité présidentielle pour des intérêts personnels ou de parti »« Le comité local a travaillé 6 mois, il y a plus de 300 membres, des gens issus de la société civile, alors quand on arrive après la primaire de la gauche [et la défaite de Manuel Valls qu’il soutenait, ndlr] et qu’on dit « je voudrais l’investiture », c’est de l’irrespect vis-à-vis des gens qui ont travaillé pendant ces six mois. Je l’ai vécu comme ça. » Nous n’avons pas réussi à joindre le député sortant dans les délais de publication de cet article.

Simples questions de « corpus idéologiques »

Si elle est challengée, comme on dit dans les start-up, sur sa gauche, elle le sera aussi sur sa droite, par l’adjoint au digital de Maryse Joissains, Stéphane Paoli, 35 ans. « Très simplement, j’étais à Vegas avec Macron il y a deux ans », s’amuse-t-il quand on l’interroge pour savoir s’il est « Macron-compatible ». Même s’il se revendique sarkozyste, avec un « corpus idéologique » marqué par une histoire familiale « où on a toujours servi la France », et un père militaire « qui a servi en Algérie et en Indochine ».

« Une droite forte, dogmatique, pas dans l’écoute. Une droite de blocage », tacle Anne-Laurence Petel. Mais le jeune entrepreneur du numérique assure que ses accointances avec les idées d’Emmanuel Macron sont bien réelles. « Je ne vole pas au secours de la victoire, ce sont mes idées depuis des mois, se défend-il. Si des textes sont bons pour le local, et pour la France, je n’aurais aucun problème à les voter. »

Ce qui le distingue dans la course à la députation d’Anne-Laurence Petel, revendique-t-il, est son ancrage d’élu local. De sa concurrente macroniste certifiée, il n’a « pas entendu grand chose, on ne m’en dit ni du mal, ni du bien », balaye-t-il, pour souligner son défaut de notoriété. Consciente de ce fait, la candidate, les traits tirés, a rempli son emploi du temps à ras bord et enchaîne les rencontres avec la presse.

Et compte bien pour dépasser ses adversaires sur l’« effet Macron », la prime à la nouveauté et la vague de renouvellement. « Il y a une appétence, une attente énorme. Ce n’est pas pour rien qu’Emmanuel Macron est président, et il y a la même attente pour les députés », dit-elle sentir lors de ses rencontres avec les citoyens. Le tout sera d’écrire « Avec Emmanuel Macron » en plus grand que les autres sur ses affiches de campagne.


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