Hors cadre mais tous cadres, les candidats macronistes se dévoilent

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Jean-Marie Leforestier
19 mai 2017 7

Dix candidates et quatre candidats ont été désignés par La République en marche pour les législatives dans les Bouches-du-Rhône. Le renouvellement des têtes est assurée même si les profils socio-professionnels, mêlant cadres du privé et du public, sont peu variés.

Les éléments de langage sont soit trop visibles soit pas tout à fait rodés encore. La vocation élective de la plupart des candidats de La République en marche (REM) a grandi au fil d’une nouvelle proposition politique, celle d’Emmanuel Macron à la victoire éclair, mais elle reste bien jeune. Frais mais globalement inexpérimentés, les 14 candidats En Marche sur le département se lancent dans une campagne législative sans tous les codes mais avec un espoir : la vague macroniste qui convaincrait les électeurs de les porter à l’Assemblée. Ils ont été désignés il y a quelques jours, cherchent encore directeur de campagne ou suppléants et tentent d’éviter l’hémorragie militante post-présidentielle.

Dans les Bouches-du-Rhône, la partie n’est pas aisée : arrivée quatrième force du département, REM ne part pas avec les faveurs du pronostic. « Non, on ne va pas au carton, on est briefés, on est soutenus. Ça peut être un peu plus difficile que d’autres pour y arriver mais avec une bonne équipe, on peut y arriver », assure pourtant Corinne Versini. Conséquence ou pas de ces espoirs modérés de victoire, le renouvellement des visages l’a emporté. Les (ex) guérinistes ont été écartés même si l’absence de candidat investi dans la 3e circonscription, face à Stéphane Ravier (FN), donne la furieuse impression d’un soutien tacite au conseiller départemental Christophe Masse.

Les femmes en nombre

Ce renouvellement passe aussi par un grand nombre de femmes investies. Toutes ont plus ou moins le même profil : DRH, cheffe d’entreprise, cadres du secteur public ou privé. Les quatre hommes qui complètent la liste ne dépareillent pas vraiment. Quand on interroge les candiats lors d’une conférence de presse commune, Corinne Versini, patronne de son entreprise comme du mouvement au niveau départemental s’offusque et désigne Camille Bal pour incarner la diversité socio-professionnelle. Cette immigrée turque arrivée en France à l’âge de six ans est avocate, « un pur produit de l’école républicaine », avance-t-elle. Corinne Versini reprend le micro : « On a de la chance d’avoir des talents qui ont été choisis. Ça ne me choque pas particulièrement. De toute façon, il y aura d’autres échéances où tout le monde sera représenté », balaie-t-elle.

Nous retrouvons Camille Bal après la conférence. Elle nous détaille une vie « pas simple » dans une famille de cinq enfants venue d’Anatolie, élevées seules par leur mère après le décès prématuré du père. C’est tout naturellement qu’elle revient sur le rôle de l’école : « Je suis persuadée que si on dit à ces enfants qu’ils sont en mesure de se dépasser et qu’on leur en donne les moyens, ils vont y arriver », explique-t-elle.

Son parcours politique la situe plutôt à gauche : elle a fait campagne pour le socialistes Jean-Pierre Mignard aux législatives 2012 puis été sur les listes municipales de Patrick Mennucci en 2014. Présidente du CIQ Endoume-corniche-Malmousque-Maldormé « qui représente 30 % de la valeur immobilière de Marseille », affiche-t-elle fièrement, c’est pourtant sur la 12e circonscription, promise au Front national, qu’elle se présente. Elle a été investie à la dernière minute quand la commission d’investiture s’est aperçue que la candidate précédemment retenue, issue de la haute fonction publique territoriale, n’était pas autorisée à concourir.

Répondre sur l’insécurité

Elle sait devoir mener campagne en terrain hostile et évoque un sujet sur lequel Emmanuel Macron n’est pas le plus en pointe : « Même si Vitrolles et Marignane sont plutôt épargnées, je sais qu’il y a une préoccupation autour de l’insécurité. S’il fallait les rassurer, je dirais que j’ai fait toutes les formations sécurité du barreau, que je connais les garde-à-vue, les prisons. Je ne découvre pas le sujet », tente-t-elle.

Cette même préoccupation revient chez une candidate elle aussi engagée dans une circonscription très à droite. La conseillère régionale Modem Eléonore Leprettre a été investie dans la 6e circonscription quand elle penchait pour la 1re à l’est de Marseille. « Je ne suis investie que depuis quelques jours mais les habitants me parlent déjà beaucoup de sécurité », note-t-elle. Problème, quand on l’interroge sur le programme présidentiel, la candidate a un petit blanc. « Je peux vous dire que c’est essentiel pour Emmanuel Macron même si c’est vrai, ce n’est pas ce qui a été mis en avant », avance-t-elle avant de vite se reprendre : « Bien sûr, il y a parmi les mesures la volonté d’augmenter les fonctionnaires de police. »

Le dégagisme version Macron

À 26 ans, Éléonore Leprettre devra se mesurer à Guy Teissier, 72 ans et six mandats au compteur. « C’est le renouvellement contre l’expérience, commente-t-elle. Il était là bien avant que je ne vois le jour donc il a forcément plus d’expérience mais je me suis bien entourée. Je dois convaincre que ce n’est pas parce que Guy Teissier s’en va que le quartier sera moins bien servi ou que les subventions vont s’arrêter. »

Elle jouera donc à fond la carte du renouvellement comme beaucoup d’autres candidats. Ainsi, Sylvie Brunet, cassidaine et candidate dans la 9e circonscription, dont le fauteuil est occupé par Bernard Deflesselles (LR). Pourtant, c’est bien la plus expérimentée des candidats présentés. Elle a été élue conseillère à la mairie de Cassis puis à la communauté urbaine Marseille Provence métropole de 1995 à 2008. Surtout, elle a multiplié les missions au niveau national, auprès du ministre Laurent Wauquiez sur le chômage partiel puis au conseil économique, social et environnemental (CESE), assemblée inscrite dans la constitution censée représenter les forces vives du pays.

« La question de la représentativité des catégories socio-professionnelles me parle puisque j’ai le travail parmi mes sujets au CESE. Je siège à ce titre à l’association française de l’Organisation internationale du travail, raconte-t-elle. J’y ai vu la richesse qu’apportent des acteurs sociaux d’horizons différents, j’y côtoie des environnementalistes, des syndicalistes : j’aimerais qu’ils soient plus nombreux dans nos rangs. » L’ancienne directrice des ressources humaines qui a embauché et licencié à Gemplus (aujourd’hui Gemalto) puis travaillé chez Onet est persuadée que son expérience peut « être utile » et lui permettre d' »influer autrement sur les décisions ». Et puis, ajoute-t-elle, elle aussi a « connu le chômage. Ça a duré un an quand j’ai quitté Gemalto mais je peux vous assurer que quand on est mère de trois enfants, c’est dur. J’ai cherché à reprendre au plus vite et quand je suis arrivé dans le public, toujours comme DRH, je gagnais moins qu’au chômage. »

7
commentaires

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  1. Jean-José Mesguen Jean-José Mesguen

    On a effectivement celles et ceux qui se sont identifiés à Macron, en pleine ascension sociale, « gagnants » — ce qui n’est certes pas une tare, sauf quand on se retrouve entre soi, que l’on pense donc que le monde est à l’image de son monde, bref que tous les ingrédients sont réunis pour qu’on mène une politique de classe au visage moderne.
    À part ça, on voit mal le renouvellement politique quand, s’agissant d’une élection législative, une candidate pense que « le quartier doit être servi »… à ce degré de confusion, on est mûr(e) pour le cumul des mandats.

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  2. Arnaud Maisetti Arnaud Maisetti

    Outre les candidats officiellement investis, il y a les autres – en sous-marin. Dans la 2eme, la candidate investie par le PS avait apporté son soutien à EM dès avant le premier tour. Son suppleant est d’ailleurs un membre d’EM. C’est comme s’il y avait deux candidats REM face à Tian. Et c’est ce feuilletage bizarre de soutien (candidat investi,, soutien, compatible, allié..) qui rendent difficiles les projections…

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  3. Minh Derien Minh Derien

    Aller se présenter dans une circonscription « de mission », quand on réside dans le périmètre  » Endoume-Corniche-Malmousque-Maldormé », ce n’est pas tout à fait nouveau…

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  4. toine toine

    « Gemalto (aujourd’hui Gem plus)  »

    @Marsactu: c’est l’inverse. 🙂

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    • Philip Philip

      Je confirme, ça m’évite d’avoir à l’écrire.
      Et c’est (était) Gemplus, sans espace.

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  5. Minh Derien Minh Derien

    Je constate que, dans l’article de présentation des législatives dans la 4ème circonscription, Corinne Versini apparaît comme candidate « République en Marche » et non « La République en marche ». Est-ce le fait de la rédaction de Marsactu ou la formulation choisie par la candidate ?
    La dénomination « LR-En Marche » commencerait-elle à devenir gênante, parce que rendant trop évidente la collusion, comme au temps où certains parlaient d’ « UMPS » ?

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  6. Benoît Gilles Benoît Gilles

    Bonjour
    merci pour vos remarques, nous avons corrigé (avec un peu de retard) l’inversion Gemplus/gemalto. Pour la formulation Rem, elle n’est pas le fait de la candidate mais un choix du rédacteur. La question est de savoir si l’article fait partie e l’acronyme ou pas. Pour Les Républicains, c’est évident pour REM, un peu moins.

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