La mairie veut encadrer la végétalisation des rues

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le 20 Oct 2015
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Face à la prolifération des rues fleuries par les habitants, la Ville s'apprête à adopter une charte de végétalisation et surtout un visa vert. A Marseille, il faudra désormais une autorisation pour cultiver son bout de trottoir.

De la rue de l’Arc, au coeur de Noailles, la végétalisation citoyenne a gagné, lentement mais sûrement, bien des trottoirs du centre-ville. Longtemps, les élus ont ignoré les petits pots de fleurs qui viennent souvent remplacer des jardinières municipales absentes ou vides. Depuis c’est une explosion verte qui a gagné les rues du centre-ville, multipliant les pots au pied des pas de porte. Le politique a tardé à s’emparer de ce sujet de réappropriation de l’espace public.

Elle le fait aujourd’hui en encourageant les jeunes pousses mais aussi en posant quelques tuteurs pour encadrer cette pratique spontanée. Sous la plume de Monique Cordier, contactée par mail, cela donne cette formule tout en équilibre : “accompagner et soutenir les habitants dans leurs initiatives de végétalisation de rues tout en restant conforme aux règlementations applicables sur l’espace public et sur la voirie.”

Bordeaux, Grenoble, Le Havre, et plus récemment Paris, ont adopté des chartes de végétalisation assorties d’autorisations. Marseille s’apprête à en adopter une lors du conseil municipal du 26 octobre. Un “visa vert” sera désormais à demander à la Ville pour pouvoir verdir le bout de béton devant son paillasson. Selon Monique Cordier, la municipalité va examiner en priorité les demandes concernant des “projets de végétalisation des trottoirs et des pieds d’arbres”. Mais les rues actuellement végétalisées sont aussi visées. Les habitants devront-ils demander leur visa a posteriori ? “Cela serait préférable, oui”, annonce Cordier.

Fleur bio de macadam

Par visa, entendez autorisation. Pour chaque implantation, un habitant devra faire la demande en son nom propre et faire jouer son assurance pour couvrir les éventuels pépins. Sa demande devra être circonstanciée, plan et description “des éléments de végétalisation” inclus.

La charte réglemente aussi la gestion quotidienne de ces bacs à fleurs : arrosage, entretien, recours à “des méthodes de jardinage biologique tels que fumure organique, compost ménager, terreau ou traitements stimulant les défenses naturelles”. En l’absence de réponse de Monique Cordier sur les modalités d’application, une mention reste énigmatique mais semble de nature à menacer une partie des espaces déjà végétalisés : “sauf cas particulier, la largeur minimale de passage à respecter est de 1,40 m”. Largement supérieur à la taille de certains trottoirs aujourd’hui fleuris.

Cliquez ci-dessous pour lire la charte et la demande de visa :

 

 

Avec ses nouvelles règles, Marseille n’est pas sur le papier la ville la plus restrictive. En 2013, Bordeaux était une des premières grandes agglomérations à proposer à ses habitants de se saisir de leur kit de jardinage. La démarche prend alors la forme d’une demande de végétalisation, possible en ligne, accompagné d’une charte. Les règles sont rares mais plutôt contraignantes si on les respecte à la lettre: “Afin de ne pas gêner la circulation des piétons, la largeur des espaces aménagés contre les façades sur le domaine public sera au maximum de 15 cm. L’épaisseur de la végétation devra aussi être contenue dans cette même mesure de 15 cm et ceci jusqu’à une hauteur de 2 m”. Les riverains ont également la possibilité de demander à aménager le pied des arbres ou qu’une jardinière soit ouverte dans le macadam par les services municipaux. Quant aux végétaux, ils peuvent être mis à disposition par la Ville. En juin, Paris a adopté un dispositif similaire, pouvant même concerner les potelets, les murs végétaux ou le mobilier urbain. A Marseille, point de folie de ce type ni de kits mis à disposition.

Une autorisation pour trois ans

“Aujourd’hui, il est important pour la collectivité d’encadrer et de contrôler les opérations de végétalisation afin de garantir leur compatibilité avec les différents usages au sein du domaine public”, argumente l’adjointe déléguée aux espaces naturels et aux parcs et jardins, Monique Cordier dans la délibération qui sera présentée. Le “visa vert”, son petit nom marseillais, sera à demander à la Ville. Instruit par le service des espaces verts, il a “valeur d’autorisation d’occupation temporaire” et est valable trois ans.

fleur2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonne nouvelle toutefois pour ceux qui auraient peur de voir bien des saisons passer avant que leur requête ne soit accordée : si la demande n’est pas examinée dans les trois mois à compter de sa date de dépôt, elle sera de fait considérée comme acceptée.

L’accès à l’eau et à la terre

Les associations ne semblent pas avoir été consultées pour la rédaction de cette charte et de ce visa. Monique Cordier reconnaît cette absence de concertation. C’est avant tout les services internes de la ville et notamment le service juridique qui ont été mises à contribution pour assurer la légalité de cette mise aux normes des plantations de rue.

Souvent, la végétalisation prend plus la forme de collectif informel que d’association en bonne et due forme. Ailleurs, “la plupart des collectivités ont été mises devant le fait accompli, commente Jacqueline Gambini de Passeurs de Jardins. Les institutions gardent une certaine tolérance. La question est surtout celle de l’accès à l’eau voire à la terre.” Peut-être que ces questions seront abordées dans le futur guide de la végétalisation que prépare la Ville en parallèle. Celui-ci comprendra le “type de contenants recommandés, la liste de végétaux conseillés, les prescriptions d’entretien…” “Il sera fourni par le Service Espaces Verts et Nature aux végétaliseurs en cours d’obtention du Visa Vert”, complète l’élue..

Les mois qui viennent nous diront si les démarches administratives réclamées ralentissent la propagation de la vague verte. Certaines villes fournissent les végétaux ou les vendent à prix cassé. Comme Paris l’a fait le 10 octobre avec une foire aux plantes à 1 euro. À Marseille, en regard de ces nouvelles contraintes, aucune incitation à la végétalisation ne semble tenir. En 2013, l’adjointe aux espaces verts d’alors Laure-Agnès Caradec évoquait un budget spécifique. A l’époque, elle avait offert une centaine de plantes au collectif Jardinons au Panier. Depuis, plus rien jusqu’à cette charte et ce visa. Mais on voit quand même mal les agents municipaux s’attaquer aux petites plantes choyées par les habitants.

Actualisation au 20 octobre à 10h30 : Ajout des réponses de Monique Cordier.

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Commentaires

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  1. JL41 JL41

    La ville de Marseille a son sens de la propreté des rues : déjà qu’on avait mis la voiture ou dormait Kolio à la fourrière, après quoi, une initiative de type cowdfunding en plus simple « Le pot commun.fr » a permis de lui offrir une caravane : https://www.lepotcommun.fr/pot/oxcva8mb
    L’histoire des 1m30 à laisser libre est une mesure hypocrite qui laisse planer une épée de Damoclès sur presque tous les trottoirs fleuris, enfin plantés, généralement étroits.
    Mais dans mon quartier il y a des rues dont les caniveaux sont devenus des jardins botaniques, arrosés tous les matins à l’heure du cantonnier. Ce serait bien si ces jardins botaniques n’étaient pas jonchés de déchets par ailleurs.
    Il reste que la végétalisation des trottoirs est aussi une forme de contestation et qu’elle a donc sa dimension politique. C’est plus gentil que de ridiculiser un DRH à Air France pour équilibrer les choses, ou un haut cadre à Marseille, mais là on n’en parle pas dans la presse.

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  2. nicolas maisetti nicolas maisetti

    Armé de mon mauvais esprit, je me demande si cette tendance à la végétalisation des rues, que l’on rencontre désormais de plus en plus souvent, (un exemple ici http://www.metropolitiques.eu/Sous-le-pave-les-fleurs.html), traduirait moins une “appropriation” des espaces urbains qu’un instrument de plus de la “requalification” comme véhicule de la gentrification. Ne serait-on pas en face d’une évolution visant à transformer non pas seulement le visage de ces rues, mais aussi leur composition sociale ; dessinant de nouvelles frontières barrant la route à des “classes indésirables” ? Je pose la question. Certes, comme l’article le montre bien, le pouvoir municipal est largement débordé par ces initiatives d’en bas, mais n’assiste-t-on pas à une variante de dynamiques entrepreneuriales qui pourrait déboucher sur un renforcement de l’éviction des catégories populaires du centre ?

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    • Reuze Reuze

      C’est vrai que la gentrification favorise la végétalisation des rues, qui en retour favorise la gentrification… comme absolument tout ce qui améliore le cadre de vie dans les quartiers de centre-ville.

      La végétalisation fait partie des démarches les plus simples et les plus accessibles, toutes catégories sociales confondues, pour permettre aux habitants de se réapproprier l’espace public de leur quartier.

      Enfin, c’est quand même tordu de voir 3 jardinières sur un trottoir comme le cheval de Troie qui permettra à des hordes de bobo d’évincer les catégories populaires du centre-ville de Marseille.
      C’est ridicule face à l’impact de la carte scolaire, des transports en commun, des équipements ou des grandes opérations d’aménagement urbain.

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  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    @nmaisetti. Je vais aussi laisser parler mon mauvais esprit et, de surcroît, être caricatural, mais en vous lisant, je me demande si, pour vous, une rue non “gentrifiée” doit être une rue crade, sordide, désagréable à regarder et à vivre… Je suis pourtant à peu près certain que ce n’est pas votre point de vue…

    Il y a deux ans, Marsactu avait déjà commis une série de trois articles sur le même sujet (par exemple ici : http://www.marsactu.fr/archi-et-urbanisme/quand-les-habitants-font-une-fleur-politique-32388.html). On y trouve décrites des initiatives de “verdissement” à Noailles et à La Cabucelle, quartiers assez peu “gentrifiés”.

    En revanche, il s’agissait bien de recréer des liens de voisinage et de permettre aux habitants de se réapproprier “leur” rue – certes au détriment “des usages de la rue qu’on ne souhaite plus avoir sous le nez”, par exemple son occupation par “les drogués et les bourrés”. Il y a donc bien une éviction, mais pas nécessairement celle des catégories populaires, qui peuvent aussi avoir envie de cultiver un pot de fleurs et d’embellir leur cadre de vie.

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  4. nicolas maisetti nicolas maisetti

    Dans le prolongement de cet échange, je me permets de signaler la parution de cet ouvrage : Hajek I, Hamman P, Levy J-P. (2015), De la ville durable à la nature en ville, Paris, Presses Universitaires du Septentrion.

    http://www.septentrion.com/fr/livre/?GCOI=27574100627040

    Comme le précise sa présentation “Il donne des clés de compréhension sur la façon dont cette notion, souvent réduite à un verdissement de la ville, a pu devenir un vecteur d’homogénéisation et de contrôle social des espaces urbains.”

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  5. Trésorier Trésorier

    Les habitants pallient par leur ingéniosité la paresse, l’inaction, et l’incompétence des élus locaux et de leurs fonctionnaires. Je suis étonné que ceux qui ne font rien se permettent de vouloir règlementer ceux là même qui pallient leur carence. On marche sur la tête.

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  6. Escartefigue Escartefigue

    1m40, c’est parfois beaucoup plus que le trottoir lui-même (ex. rue St Pierre), et souvent plus que la place laissée par les voitures garées à la marseillaise…

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  7. LaPlaine _ LaPlaine _

    Les élus trouvent le moyen de mettre des normes là où ils sont incapables de faire appliquer les règles élémentaires de propreté, stationnement, urbanisme etc. Ubu est bien installé à Marseille.

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