Pour mieux desservir les quartiers Nord, la métropole demande déjà du rab à l’État

Actualité
par Benoît Gilles & Violette Artaud
le 30 Sep 2022
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Lors d'une réunion en préfecture ce jeudi, l'État a annoncé la répartition de ses financements pour les projets de transports dans le cadre du plan Marseille en grand. Sans surprise, ce sont les projets qui vont au Nord qui seront les mieux subventionnés. Mais la métropole espère recevoir davantage d'aides pour avancer plus vite.

La station Gèze est la dernière a avoir été inaugurée, en 2019. (Photo : LC)

La station Gèze est la dernière a avoir été inaugurée, en 2019. (Photo : LC)

Les ors de la République n’ont pas toujours l’heur d’atténuer tous les différends. Mais l’argent de l’État en apaise certains. Au sortir de la réunion du groupement d’intérêt public (GIP) qui porte le volet transports du projet Marseille en grand, Benoît Payan et Martine Vassal se réjouissent, presque à l’unisson, de l’espoir d’une nouvelle manne financière. Benoît Payan y voit la chance de désenclaver le Nord de la Ville, tandis que Martine Vassal dilue tout cela dans une perspective métropolitaine.

Le maire de la ville-centre insiste sur ce qu’il considère comme une “annonce très forte de l’État”. En clair, la préfecture a détaillé la manière dont les 256 millions de subventions viendront abonder les projets en fonction de leur degré de priorité, et donc de leur orientation vers le nord. “Cela va de moins de 10% pour des projets qui ne sont pas prioritaires ni pour l’État, ni pour la Ville de Marseille et jusqu’à 50%, voire 80% pour les projets des quartiers Nord. Cela correspond à ce que l’on avait dit et demandé“, poursuit le maire.

Exit la Corniche

Comme l’État l’a répété depuis le début du plan Marseille en grand, la priorité faite au désenclavement du Nord de la ville passe par un niveau de subvention plus haut des projets qui entrent dans ce cadre. Le tramway jusqu’aux Catalans n’y entre pas et sera quasi-intégralement à la charge de la métropole. Et pas question ce jeudi d’évoquer un tram poursuivant sa route le long de la Corniche. “Cette idée n’est pas dans le plan de déplacements urbains (PDU), reconnaît Martine Vassal. Ce n’est pas ce que nous sommes en train de faire”. La promesse relevait bien d’un autre registre politique, celui de la promesse en l’air.

En préfecture, ce jeudi, il était surtout question de faire avancer le PDU qui, mouture après mouture, tire des lignes sur le papier rarement traduites par un projet concret. Et pour ce faire, Martine Vassal entend bien obtenir une rallonge de l’État. Ce que le maire de Marseille définit “comme des financements inédits de plusieurs centaines de millions supplémentaires. Ce qu’aucune autre métropole n’a obtenu ailleurs en France à cette hauteur-là”. En quoi consiste cette manne supplémentaire ?

Plus de subvention, moins d’avance

Techniquement, il n’y aura pas d’argent en plus de la part de l’État. Martine Vassal l’a reconnu : “tout ceci reste inclus dans l’enveloppe globale d’un milliard d’euros”. En revanche, la métropole a demandé à ce que l’équilibre de ce milliard promis soit modifié afin que la moitié soit versée en subventions directes et l’autre en prêts, là où le plan initial prévoyait un quart en subvention (250 millions) et les trois-quart (750 millions) en avance remboursable. En doublant le volume des subventions, la métropole dégage des fonds propres pour financer d’autres projets.

Cet argent frais immédiatement mobilisable doit permettre de pousser plus loin le désenclavement des quartiers Nord, en accélérant les études des prolongements du tramway vers Saint-Antoine, via Capitaine-Gèze et vers Saint-Jérôme, via le tramway de la Belle-de-Mai. Autant de projets inscrits dans le plan de déplacements urbains que la métropole était bien en peine de financer.

“L’étoilement métropolitain”

Nous ferons un jour le raccordement du Val’Tram, de la Bouilladisse vers la gare de la Blancarde, en passant par Aubagne et la Penne-sur-Huveaune.

Martine Vassal

Mais Martine Vassal n’entend pas se faire tordre le bras sur ce sujet. Elle a donc beau jeu de prendre un peu de hauteur, en évoquant “l’étoilement métropolitain”. Ainsi, explique-t-elle, le tramway vers Saint-Antoine doit permettre de se raccrocher au TER vers Aix, via le pôle multimodal qui y est projeté depuis des lustres. La métropole entend faire de même à Saint-André avec le train de la côte Bleue. “Et nous ferons un jour le raccordement du Val’Tram, de la Bouilladisse vers la gare de la Blancarde, en passant par Aubagne et la Penne-sur-Huveaune”. Le premier tronçon du Val’Tram fait partie des 15 projets validés l’an dernier par Jean Castex, l’ancien Premier ministre.

La demande est désormais sur la table préfectorale. Son acceptation passe sans doute par des concessions de la part de la métropole, engagée dans un autre bras de fer avec la Ville dans l’application de la loi 3DS.

Vers une augmentation du versement mobilité

Mais ce n’est pas le seul levier financier que Martine Vassal espère actionner. Elle a également sollicité le gouvernement pour obtenir une modification du calcul du versement mobilité. Cette taxe est payée par les entreprises de plus de 11 salariés et constitue une participation aux projets de transports collectifs portés par les villes ou intercommunalités. À Paris, elle correspond à 3% de la masse salariale des entreprises assujetties quand elle plafonne à 2% dans les grandes métropoles, dont Marseille.

Selon nos informations, Martine Vassal souhaite donc que la métropole Aix-Marseille-Provence bénéficie du même taux que la couronne parisienne. Interrogé par Marsactu ce jeudi, le ministre de l’Environnement Christophe Béchu confirme avoir été sollicité par la présidente de la métropole sur ce point. Ce dernier ne rejette pas l’idée et précise que cette piste de financement “peut s’insérer dans sa feuille de route”. “La question est : peut-on traiter Marseille comme l’Ile-de-France ?”, glisse le ministre. Le sujet sera sans doute un des points de discussion de la visite de Martine Vassal à Matignon, le 11 octobre prochain.

Déjà des retards

En un an, on a pris un an de retard. On me montre les mêmes schémas, les mêmes diapositives, avec simplement des dates qui sont repoussées.

Benoît Payan

En attendant cette manne miraculeuse qui couvrira le territoire de tramways, métro et BHNS, il faut d’ores et déjà contractualiser avec l’État, ligne par ligne. Et ce sur ce point, le maire de Marseille prévient qu’il n’entend pas voir ces projets souffrir du moindre retard, avec le risque “de perdre ces financements”. “On a pris un an de retard, affirme-t-il. GIP après GIP, on me montre les mêmes schémas, les mêmes diapositives, avec simplement des dates qui sont repoussées”.

Une affirmation que la présidente de la métropole qualifie de “rumeurs”. “Sur le principe, nous lui avons démontré qu’il n’y avait pas de retard”, réplique-t-elle. Pourtant, il y a quelques semaines, à peine, Marsactu révélait que les projets de Marseille en grand avaient bien dérapé d’un an, une enquête notamment basée sur les documents présentés en groupement d’intérêt public  (GIP), au printemps. Miracle technique : dans le document que la métropole a rendu public à l’issue de la réunion de ce 29 septembre, le tramway de la Belle-de-Mai a gagné deux ans, avec une livraison prévue en 2027 ou 2028. En même temps que le tram des Catalans. Qui a parlé de réconcilier le Nord et le Sud ?

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Benoît Gilles
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Violette Artaud

Commentaires

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  1. kukulkan kukulkan

    quelle pression incroyable le printemps marseillais et l’Etat ont du mettre pour faire entendre et accepter à Vassal la malhonnête l’urgence de la desserte du nord… Consternant !

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Lorsque le tramway de Strasbourg a été prolongé vers des quartiers socialement compliqués, il y a eu de belles âmes pour s’inquiéter de ce que leurs habitants pourraient plus facilement venir au centre-ville – et, naturellement, y créer de l’insécurité.

      Le tramway a été prolongé, les habitants de ces quartiers sont moins relégués chez eux et, bien entendu, le centre-ville de Strasbourg n’est ni plus, ni moins sûr qu’avant.

      Ici, la droite en est restée à cette idée reçue. Les difficultés de mobilité entraînent des difficultés d’accès à l’emploi, et le chômage a des effets sociaux ravageurs. Mais elle s’en fout : que les pauvres restent chez eux. De toute façon, ils ne votent pas.

      C’est tellement plus urgent de rêver à un tram sur la Corniche, qui sera utile deux mois par an, que de permettre aux habitants des cités de ne pas passer une heure et demie dans de rares bus pour parcourir quelques kilomètres.

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  2. Electeur du 8e Electeur du 8e

    La “promesse en l’air” du tram sur la Corniche montre que Martine Gaudin doit vraiment tout à son mentor, y compris la capacité à promettre tout et n’importe quoi à tout le monde.

    Ce procédé, qui compte sur l’amnésie des électeurs, est un peu obsolète à une époque où internet n’oublie rien : il était éventuellement excusable de la part d’un vieux Monsieur décati. Il est simplement inadmissible de la part d’une personne politique d’aujourd’hui.

    Accessoirement, je fais partie de ceux qui pensent que la mobilité et les transports devraient être un sujet transpartisan, géré avec hauteur de vue et souci du long terme. Et non un gadget politique opportuniste pour préparer l’élection suivante.

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    • François Costé François Costé

      Complétement d’accord sur cet esprit transpartisan !
      Cela passe par un tissu associatif important sur la mobilité et la programmation des infrastructures de transport. L’exemple de Lyon est édifiant : une centaine d’association ont participé au PDU qui a ouvert la voie au réseau tramway. La concertation est encore plus organisée aujourd’hui.
      Dans notre métropole l’absence d’un fort réseau associatif entraîne l’effet gadget que vous dénoncez.
      Une autre conséquence : les propositions techniques prennent le pas sur les réflexions transpartisanes

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  3. Brallaisse Brallaisse

    Vassal est un concentrat de tout ce qui est haïssable en politique. Méthodes,état d’esprit, mesquinerie, médiocrité et intérêt purement personnel sont le moteur de cette politicienne professionnelle.
    Concernant le niveau, difficilement de trouver plus bas.
    Mais nous sommes à Marseille, et le trou se creuse à chaque jour qui passe.

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  4. François Costé François Costé

    Pour ma part je suis assez satisfait des décisions prises par le GIP :

    Le prolongement du tramway jusqu’à la place du 4 septembre (ou aux catalans) permet de compléter la fermeture du centre aux voitures (souvenez-vous des 3 voies de circulation sur Longchamp et autres…), ce n’est pas un investissement important pour un fort service rendu et de plus le lancement de la DUP est possible rapidement.

    Le prolongement Nord est le plus urgent certes mais il est loin d’être prêt : le terminus du prolongement vient seulement d’être fixé : La cité de la Castellane (avec prolongation ultérieure possible) et il existe plein de variantes de tracé (confère la visite en bus du GIP).

    En attendant que nos chers élus et techniciens se mettent d’accord sur le tracé et fassent les études nécessaires au lancement de la DUP on ne perd pas de temps à prolonger aux Catalans. Et on ne coupera pas d’arbre !

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