Pour conserver ses œuvres, la chambre de commerce pose un ultimatum aux collectivités

Actualité
le 24 Mar 2022
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L'annonce de la vente aux enchères d'œuvres de la chambre de commerce d'Aix Marseille avait suscité l'indignation générale. Son président annonce désormais vouloir créer un groupement d'intérêt public pour les garder dans le domaine public. Les collectivités locales n'ont pas officiellement réagi.

Le président de la CCI Jean-Luc Chauvin lors d'une conférence de presse le 23 mars 2022. (Photo : VA)

Le président de la CCI Jean-Luc Chauvin lors d'une conférence de presse le 23 mars 2022. (Photo : VA)

Il n’y avait pas lieu à polémiquer. C’est en substance ce que Jean-Luc Chauvin, le président de la chambre de commerce et d’industrie d’Aix-Marseille Provence (CCI-AMP) a répété, ce mercredi, lors d’une conférence de presse. Sous les hauts plafonds de palais de la Bourse, il a juré travailler depuis longtemps à un plan pour mettre en lumière ce patrimoine qui “jusque-là n’intéressait personne”. Avant que l’information de la préparation d’une prisée puis d’une vente aux enchères de près de 200 œuvres de la plus vieille chambre de commerce de France ne fuite chez nos confrères de La Marseillaise.

Cette prisée ne constituerait que l’un des quatre points d’une stratégie plus globale, assure le président de la CCI. Improvisée face au tollé ou effectivement prévue de longue date, cette stratégie consiste désormais dans la création d’un groupement d’intérêt public (GIP). Cette structure juridique permet d’associer partenaires publics et privés pour la poursuite d’un projet d’intérêt général. Celle-ci aurait pour but de préserver et d’exposer les milliers d’œuvres de la CCI qui se trouve dans une situation financière difficile. Ouvrages, affiches, gravures, objets coloniaux, photographies et peintures pourraient alors rejoindre un musée. Une stratégie que la chambre de commerce porte seule, pour le moment du moins.

L’exemple lyonnais du musée des Tissus

Dans ce groupement, Jean-Luc Chauvin imagine être aux côtés des quatre collectivités. Pourtant, c’est seul qu’il annonce cette volonté. “Ce groupement d’intérêt public pourra s’inspirer de celui qui gère le musée des Tissus à Lyon. Il comprendra des collectivités locales mais les œuvres resteront la propriété de la CCI. Il aura pour vocation entre autres de trouver des lieux ouverts, des musées pour accueillir les œuvres”, déroule le président de l’institution consulaire. Cité en exemple, le musée du textile à Lyon, qui comprend 2,5 millions de pièces (quand la collection de la CCI ne dépassent pas le million) est en quasi totalité financé par la région Auvergne-Rhône-Alpes. La collectivité a mis au pot 50 millions d’euros et assure environ 90 % de la remise en état des œuvres et des frais de fonctionnement d’un musée qui existait avant la création du GIP.

Pour le président de région, “toute vente aux enchères de ces biens serait frappée d’illégalité”.

Plus au sud, les relations entre président de CCI et région semblent loin de la signature d’un chèque. Après s’être fendu d’une lettre ouverte pour dénoncer une décision “lourde de conséquences pour la CCI, pour Marseille et ses habitants, et pour tous les amoureux, de par le monde, de l’histoire maritime”, Renaud Muselier (ex-LR) a insisté sur le caractère illégal d’une vente de ces œuvres, dans un courrier qui a fuité dans la presse. “Les textes sont clairs : toute vente aux enchères de ces biens serait frappée d’illégalité et des recours pourraient immédiatement être formés”, écrit le président de la région.

Malgré l’opposition de la région et de la Ville, Jean-Luc Chauvin ne compte en tout cas pas annuler la prisée qui pourrait découler sur une mise en vente de 183 de ses œuvres. “Celles-ci nous appartiennent, nous avons le droit de les vendre”, maintient-il.

Pour le moment, un fonds de soutien et un comité d’experts

Ce mercredi, après l’annonce de la volonté de la CCI de constituer un GIP, la position de la région reste ferme. “On étudie toutes les solutions mais il est difficile de croire qu’elle viendra de celui qui a créé le problème”, glisse-t-on dans l’entourage de Renaud Muselier. La région soutient en revanche l’initiative de l’UPE13, le Medef local, qui a dit vouloir mobiliser son fonds de dotation pour sauver les œuvres.

La CCI prévoit pour sa part toujours de créer “un fonds de dotation ouvert aux entreprises, aux associations, aux Marseillais et aux Provençaux”, pour l’entretien et la conservation des œuvres, a rappelé Jean-Luc Chauvin. Quant à la demande de la région de voir créer un comité d’experts, le président de la chambre de commerce y souscrit. Celui-ci devra “arrêter des choix”, précise le président de la CCI. Raymond Vidil (armateur et président de MP2018), Patrick Boulanger (conservateur de l’ancien musée de la Marine) ou encore Patrick Fancello (co-fondateur Marseille capitale de la mer) sont appelés à en faire partie, entre autres personnalités d’horizons divers.

Le département silencieux

“Deux collectivités sur quatre ne sont pas entrées dans la polémique”, a jugé bon de noter ce mercredi Jean-Luc Chauvin, en évoquant les deux institutions dirigées par Martine Vassal, le département et la métropole. Selon nos informations, la possibilité d’une aide institutionnelle y est à l’étude, notamment en sollicitant les archives départementales.

La semaine dernière, Martine Vassal était annoncée au côté de Jean-Luc Chauvin pour une conférence de presse finalement repoussée – pour des raisons personnelles, assure Jean-Luc Chauvin. “Elle n’était malheureusement pas disponible ces jours-ci et je ne voulais pas tarder à tenir cette conférence”, justifie-t-il ce mercredi sans en dire davantage au sujet de ses échanges avec le département.

Pas de quoi empêcher Jean-Luc Chauvin de rêver. Pour mettre ces œuvres en lumière, il rêve d’un musée de la Mer, qui pourrait même se situer dans l’enceinte du Grand port maritime de Marseille. “On pourrait l’imaginer dans un futur port center ou dans les nouveaux locaux du siège du port. Il y a des discussions avec le port depuis des années sur ce musée de la Mer, mais rien n’est acté”, conclut le président de la CCI. Sans le citer, cette œuvre d’imagination recoupe un autre projet porté par un acteur privé, Bruno Terrin et pour l’heure au point mort. Parfois, une bonne polémique peut être un accélérateur de projets.

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Commentaires

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  1. Brallaisse Brallaisse

    Chauvin se prends pour qui ?. Il pose un ultimatum à qui à quoi?.
    Il n’est propriétaire de rien, il exige que les collectivités payent pour se faire entretenir, ce que nous faisons déjà via les sommes importantes versées au profit de la CCI par la Région comme le rappellait Muselier.
    Cet inculte s’abrite derrière le fait que cette collection n’intéresse personne, cela est faux,il suffit de s’occuper de ce fond et de ne pas le toucher comme le fait cet individu.

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  2. Patafanari Patafanari

    On pourrait entreposer ces jolies vieilleries dans les entrepôts des FRAC après les avoir débarrassés des horreurs acquises auprès des étudiants des Beaux-Arts depuis des dizaines d’années.

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  3. Maltsec Maltsec

    Patrick Boulanger, responsable du non travail scientifique sur les collections durant des années: ou sont les inventaires? ou sont les instruments de recherches qu’il a produit? Il a savonné la planche et quitté le bateau qu’il a sabordé, puis rejoint l’Académie des Marseille en pitoyable compagnie. C’est sûr, c’est l’homme de la situation, entretenez la confusion autour des responsabilités et rien pour l’intérêt général. La CCI a reçu pendant plusieurs années une dotation annuelle de la bibliothèque nationale de France pour constituer une collection d’affiche des grandes compagnies maritimes. La BNF doit demander le retour dans ses collections de ses oeuvres acquises sur fonds publics. Avant que ces affiches ne soient acquises en vente publique pour décorer des toilettes de villa sur la corniche.

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Quel est le souci principal de cette vieille dame qu’est la CCI ?.
    Et cet épisode de fond muséal est trés significatif à cet égard.
    Cette vieille dame a besoin d’etre protégée et non pas dépouillée.En un mot ,elle a besoin d’un président et non pas d’un gigolo.

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  5. Maltsec Maltsec

    Qui vérifiera si parmi les 5 100 affiches publicitaires prévues à la vente on ne trouve pas celles qui ont été acquises avec le soutient financier de la Bibliothèque nationale de France? Marsactu journal d’enquète?

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