La grotte Cosquer semble n'avoir jamais été aussi près d'avoir enfin sa reproduction. Mais peu d'éléments sont aujourd'hui accessibles au public sur les peintures qu'elle contient et les recherches qui ont été menées à son sujet. Marsactu a donc fait un peu d'archéologie pour vous.

Si un jour on vous propose de vous raconter l’histoire du grand pingouin des Calanques, ne rigolez pas. Si pinguinus impennis a été exterminé par l’homme au XIXe siècle, l’affaire est tout à fait sérieuse. Il fut un temps, fort lointain, où nos ancêtres pouvaient croiser près des falaises calcaires phoques, chamois, bouquetins, et même antilopes. Les dessins, découverts en 1991 dans la grotte Cosquer, à proximité de la calanque de Morgiou, attestent de contacts entre les hommes ces espèces. L’hypothèse est tellement folle que certains utiliseront le pingouin pour contester l’authenticité de ces peintures retrouvées, des millénaires plus tard, dans une grotte aujourd’hui à moitié submergée, accessible uniquement à des plongeurs extrêmement expérimentés, et encore.

Dès la révélation de son existence, au début des années 90, la question d’une reproduction a été soulevée. À l’image de ce qui a pu être fait pour Lascaux, en Dordogne, dès 1963 pour que le public puisse prendre mesure de l’art pariétal. Aujourd’hui, alors que la Région vient d’annoncer son intention de mettre enfin ce projet à l’œuvre (voir encadré), force est de constater que la grotte Cosquer et son contenu restent très mystérieux. À l’inverse, la grotte Chauvet (Ardèche) découverte trois ans plus tard par des spéléologues, fait l’objet d’une impressionnante visite virtuelle, décrivant les dessins panneau par panneau. La grotte des calanques dispose pour sa part d’un maigre et quasi-préhistorique site internet. Que trouve t-on et que sait-on de la grotte Cosquer ? Plongée et fouilles dans les archives.

L’inventaire encore en cours

Capture d'écran du plan de la grotte disponible sur le site du ministère de la culture
Capture d’écran du plan de la grotte disponible sur le site du ministère de la culture

L’intuition première de la journaliste, face à ce type d’énigme, est de tenter de recueillir le récit de « l’inventeur », Henri Cosquer, qui donna son nom à la grotte. Recueillir ses impressions, sans doute encore fraîches, sur son entrée dans la grotte, puis la découverte. « Cela fait 25 ans que j’ai fait la découverte et c’est tout, je n’ai plus rien à en dire », écarte d’un revers de main l’ancien scaphandrier, joint par téléphone, qui a déclaré la découverte à l’État en 1991. La première visite d’Henri Cosquer dans la grotte, accessible par un étroit couloir sous-marin de 150 mètres, remonterait à 1985. Un apport d’air extérieur y permet la respiration humaine. Quelques semaines à peine avant qu’il n’officialise enfin sa découverte, des plongeurs expérimentés se tuent en tentant d’y accéder, donnant une funeste renommée aux lieux. Depuis, son accès est barricadé et ouvert ponctuellement pour les chercheurs. Dès septembre 1991, des scientifiques vont plonger pour voir la grotte de leurs propres yeux. La question, à l’époque, est celle de son authenticité. Mais les conditions d’accès extrêmes – on y parvient en suivant un fil d’ariane – et un important faisceau d’indices écarteront relativement vite l’hypothèse d’un faux. En 1992, Henri Cosquer publie dans un livre ses photographies de la grotte. Des années plus tard, le plongeur attaquera en justice l’Etat pour percevoir une indemnisation pour sa découverte.

Vue sur les calanques depuis le Cap Morgiou. La mer était alors alors à plusieurs kilomètres du massif.
Vue sur les calanques depuis le Cap Morgiou. À l’époque préhistorique, la mer était alors à plusieurs kilomètres du massif.

Plusieurs grands spécialistes de la préhistoire se sont intéressés à Cosquer, seule grotte « méditerranéenne » de cette ampleur découverte à ce jour. Au premier rang se trouvent Jean Clottes, Jean Courtin et Luc Vandrell, qui ont été dans la grotte à plusieurs reprises. Ce sont toujours leurs photographies, prises au début des années 90, qui servent de référence. Luc Vandrell est aujourd’hui le responsable scientifique du projet mais c’est le ministère de la culture, représenté localement par la DRAC, qui tient à garder le monopole de l’expression sur la grotte. Son directeur, Xavier Delestre, explique : « Le travail d’inventaire est encore en cours. Cinq cent représentations ont été évaluées. La grotte Cosquer est un site extrêmement difficile d’accès et vulnérable car les parois, à la différence de Lascaux ou de Chauvet, ne sont pas dures. Nous avons commencé un relevé numérique de la cavité et nous avons lancé récemment un appel d’offres pour trouver une entreprise capable de faire un relevé d’une précision inframillimétrique [inférieure à un millimètre NDLR]. Cela nous permettra de définir, par exemple, dans quel sens le trait a été tracé. Ce relevé permettra surtout à des scientifiques non plongeurs de pouvoir analyser les dessins ». Il a pour but, aussi de suivre « l’état sanitaire de la grotte », c’est-à-dire de vérifier, de manière extrêmement précise, que les peintures ne s’altèrent pas. Ce relevé, qui pourra aussi servir pour la reproduction pour le public, sera bien plus précis que ce qui a été fait par exemple pour la nouvelle version de Lascaux, inaugurée il y a dix jours.

« Une Provence du froid, sans garrigue »

Le lieu est aujourd’hui immergée pour trois quarts et divisé en deux grandes salles, ornées de stalactites. « La grotte Cosquer est un site majeur, poursuit Xavier Delestre, de par la quantité d’œuvres, réparties en au moins deux périodes ». Comme pour les autres grottes d’art pariétal découvertes, les scientifiques pensent qu’il ne s’agissait pas de lieux de vie. Des datations précises ont pu être obtenues grâce au charbon. En plus des nombreux animaux représentés, se trouvent près d’une cinquantaine de mains en négatif et de tracés digitaux, effectués en creusant avec les doigts dans la roche tendre. « Ces mains en négatif, détaille Xavier Delestre, nous les trouvons un peu partout. Il manque des phalanges à la plupart d’entre elles. Plusieurs interprétations ont agité la communauté archéologique sur la raison ». Après avoir longtemps pensé à des mutilations volontaires ou pathologiques liées au froid, les scientifiques penchent aujourd’hui pour une forme de langage, les phalanges étant repliées lors du crachat d’argile, ou de charbon.

Ces pochoirs datent de -24 000, la période dite du Pleistocène supérieur et de la glaciation du Würm. Par dessus ont été dessinés, bien plus tard, de nombreux animaux. L’entrée de la grotte se trouvait alors à 6 kilomètres de la mer et l’île du Riou qui lui fait face était au milieu d’une vaste steppe. Il faut imaginer, décrivent Jean Courtin et Jean Clottes dans leur ouvrage La grotte Cosquer paru en 1994 (disponible à la bibliothèque de l’Alcazar), « une Provence du froid, une Provence sans garrigue odorante ni chant des cigales ». Le mammouth n’est cependant pas présent dans la région. La végétation se compose d’aulnes, de bouleaux, de pins sylvestres.

Histoire d’un faux. La ville a longtemps pensé faire une réplique de la grotte Cosquer sous le fort d’Entrecasteaux dans une galerie creusée par les Allemands. Elle avait même lancé, mais sans trouver de candidat, un appel d’offres en 2012 pour une délégation de service public. Le président de la région Christian Estrosi a annoncé le 8 décembre son intention d’installer une « reproduction » de la grotte Cosquer à échelle de 90% dans la partie souterraine de la villa Méditerranée construite par son prédécesseur à la région. Il a également évoqué des « projections de films sur la découverte de la grotte et son histoire » ainsi qu’un « espace muséal dans la première partie du porte-à-faux ». Le coût de ce projet s’élève à 20 millions d’euros et la Région espère attirer 500 000 visiteurs par an à raison de 12 euros par personne. Les modalités techniques de reproduction de la grotte ne sont pas encore connues mais le relevé numérique effectué en 2017 pourrait être utilisé.

Le "panneau des chevaux" (photo MCC-DRAC/SRA PACA - Michel Olive)
Le « panneau des chevaux » (photo MCC-DRAC/SRA PACA – Michel Olive)

Des représentations inédites

La datation des dessins d’animaux remonte à -19 000 avant notre ère. 99 animaux ont été recensés en 1992 dont un tiers de chevaux préhistoriques, semblables à ceux de Lascaux ou de Chauvet. Leur tête et leur large encolure ressemblent à celles des Przewalski, ces chevaux sauvages en voie de disparition réintroduits en Mongolie. Comme les autres dessins, certains ont été tracés au charbon, d’autres gravés. Viennent ensuite le bison et l’auroch, « qui se distingue par sa ligne de dos rectiligne, écrivent Jean Courtin et Jean Clottes dans l’ouvrage qui fait référence, sans la bosse caractéristique de ce dernier. Ses cornes sont très développées et portées vers l’avant ». Sont figurés également des bouquetins, des chamois, et même des mégacéros, ces cerfs à la tête busquée et à la ramure allant jusqu’à 3 mètres de longueur. Les auteurs les décrivent un par un, décrivent et analysent les peintures et gravures qu’ils ont pu répertorier. Ils s’attardent même sur une mystérieuse tête aux oreilles arrondis (voir la photo ici), de trois-quart, qui pourrait, selon eux, être un ours, un lion des cavernes ou un autre félin.

Deux pingouins (Photo MCC-DRAC/SRA PACA - Michel Olive)
Deux pingouins (Photo MCC-DRAC/SRA PACA – Michel Olive)

« Nous avons trouvé à Cosquer des représentations de la faune que l’on ne voit nulle part ailleurs, comme les animaux marins », raconte Xavier Delestre. « Parmi les premiers lots de photographies que nous eûmes en main se trouvait celle des pingouins, racontent dans leur livre les deux spécialistes de la préhistoire. Elle accrut notre méfiance initiale, car c’était bien la première fois que de tels oiseaux étaient représentés dans l’art paléolithique. Pouvait-il y avoir eu des pingouins en Méditerranée pendant le Paléolithique supérieur? ». Les représentations (voir photo ci-dessus) écartent tout doute sur l’animal concerné. La grotte compte également cinq phoques, gravés et donc moins reconnaissables. Les chercheurs s’interrogent aussi sur la représentation de méduses et de poulpes. Restent les signes, nombreux, qui doivent encore être analysés et comparés avec ceux trouvés ailleurs. La grotte compte donc toujours une grande part de mystère.

Bonus à regarder en ligne : un reportage de Thalassa de 25 minutes datant de 1995 où l’on voit de nombreuses images tournées dans la grotte.

Les droits aux images étant restreints, nous n’avons, hélas, pas pu intégrer plus de photographies des peintures dans l’article. Une soixantaine sont disponibles sur la page du Ministère de la culture.

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commentaires

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  1. Nic Onico Nic Onico

    Merci pour cet article.

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  2. CAN L2 CAN L2

    Bonne synthèse qui va bien dans le sens de ce que je connais.
    J’en profite pour faire part d’un sentiment de gêne que m’inspire les « sachants » dans leurs relations avec les citoyens lambda..
    En effet, certains bien pensants tapant l’incruste dans les instances « expertes » semblent avoir quelques lacunes en rapport humain avec nos découvreurs.
    Le pêcheur de la montre de Saint Ex
    Le plongeur fureteur
    A qui le prochain
    Cela aurait été sympa de les respecter, voire dans la mesure du possible, les associer au lieu de les diffamer.
    Nul doute que leurs décès venus, reconnaissance leur sera rendu.

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    • Victor Solal Victor Solal

      Bravo !

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