Nouvelle information judiciaire ouverte pour harcèlement à Lidl Rousset

Info Marsactu
le 23 Mai 2019
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Quatre ans après le suicide d'un salarié, Yannick Sansonetti, dans les entrepôts de Lidl à Rousset, l'inspection du travail a saisi début 2019 le parquet d'Aix au sujet d'un nouveau cas de harcèlement. Une information judiciaire est ouverte.

L'entrepôt Lidl, aujourd'hui vide, où Yannick Sansonetti a mis fin à ses jours en 2015. (LC)

L'entrepôt Lidl, aujourd'hui vide, où Yannick Sansonetti a mis fin à ses jours en 2015. (LC)

L’affaire Sansonetti est devenue un symbole du mal-être au travail, depuis le suicide de ce technicien de maintenance, sur le site de Lidl à Rousset. Son nom est même devenu celui d’une proposition de loi des députés insoumis. En justice, l’affaire est loin d’être close. En première instance, le tribunal des affaires sociales a reconnu la « faute inexcusable » de l’employeur, cette décision fait l’objet d’un appel toujours en cours. Une nouvelle affaire interroge à nouveau sur les conditions de travail au sein de ce lieu de stockage.

Le parquet d’Aix a en effet été destinataire, au début de l’année 2019, d’un signalement de la part de l’inspection du travail. Sur la base de l’article 40, les fonctionnaires ont alerté la justice sur un nouveau cas de harcèlement moral au sein de l’entreprise Lidl à Rousset, là même où il y a quatre ans, Yannick Sansonetti a mis fin à ses jours après des mois de tensions professionnelles. Le parquet d’Aix, déjà chargé de l’enquête sur ce suicide, a pris la décision d’ouvrir une nouvelle information judiciaire sur ce nouveau cas.

La victime présumée de ce harcèlement signalé par l’inspection du travail était responsable d’entrepôt jusqu’en 2018. En poste depuis 2008, Patrice Tonarelli, était collègue et supérieur direct de Yannick Sansonetti. S’il n’est pas à l’origine du signalement, il compte désormais prendre toute sa part dans le combat contre son ancien employeur. Sollicité, Lidl France n’a pas souhaité commenter cette nouvelle procédure.

« Le management de la terreur »

« À partir de 2014, on m’a demandé de faire des listes de personnes à éliminer, à licencier, dont Yannick. Pour moi c’était inconcevable, irréalisable, j’ai toujours refusé. À partir de là, ça a été le management de la terreur », se souvient-il. En 2015, il est mis en arrêt maladie pour burn out, non sans avoir alerté la médecine du travail sur le climat général de mal-être dans l’entrepôt. Sans effet. Le mois suivant, Yannick Sansonetti met fin à ses jours. Patrice Tonarelli ne reprendra le travail que plusieurs mois plus tard, espérant une amélioration du climat à la faveur d’un changement de tête à la direction générale.

Ce témoignage, il l’a déjà formulé auprès du juge en charge de l’instruction en cours sur les causes de la mort de Yannick Sansonetti. Il l’a réitéré auprès du député LFI François Ruffin, dans le cadre du rapport parlementaire sur le burn out présenté en 2018. Des prises de parole assumées qui lui ont valu, estime-t-il, les foudres de sa direction. Durant cette période, le rythme de travail intense se mélange aux tensions liés aux enquêtes qui se croisent. « On était en manque d’effectifs, on avait du mal à recruter et pendant ce temps il fallait assumer, raconte le cadre. Et après les grands responsables viennent vous dire « est-ce que vous êtes sûr que vous êtes toujours à la hauteur ? »« 

Cette tension se prolonge jusqu’à la parution du rapport parlementaire, en février 2018, dans lequel il s’exprime en son nom. Quelques jours après, il est convoqué par sa hiérarchie, qui lui annonce son licenciement.

« Là il est tombé, littéralement tombé, formule pour lui son épouse Vanessa Tonarelli. Il a passé 48 heures aux urgences, puis trois mois et demi en clinique psychiatrique ». Alors qu’il est officiellement en accident du travail, son licenciement pour « insuffisance professionnelle » est tout de même effectif le 30 juin 2018.

« Ils n’ont pas tiré les leçons de ce geste terrible »

« Le harcèlement, on n’avait jamais mis ce mot sur la situation, poursuit son épouse. On se dit que ça implique forcément que ce soit de la part d’un supérieur sur un subordonné, mais cela peut être aussi de pousser un salarié à bout en le mettant délibérément en difficultés avec une surcharge de travail ». Aux yeux de Patrice Tonarelli, même avec le changement de direction régionale, les pratiques de management sont restées les mêmes, « en plus insidieuses, moins directes ». « Ils n’ont pas tiré les leçons de ce geste terrible qui m’a bouleversé, et me bouleversera à vie », explique cet homme blessé qui avoue lui-même avoir pensé à une telle extrémité.

Délégué CGT du personnel, Christophe Polichetti confirme qu’à ses yeux, Patrice Tonarelli a aussi été « poussé dans ses retranchements ». Au sein de Lidl Rousset, « rien n’a changé » depuis la mort de Yannick Sansonetti assure-t-il, « ils se moquent éperdument des gens qui souffrent ». Contacté par Marsactu, le député François Ruffin explique avoir été tenu au courant de l’évolution de la situation sur le site, et prévoit de reprendre contact avec Patrick Tonarelli. « Pour Lidl, il ne s’agit pas d’un dysfonctionnement, mais d’un fonctionnement, appuie le député LFI. Depuis le rapport parlementaire, des cas similaires me sont remontés : dès qu’il y a de l’ancienneté, dès qu’on fait une remarque sur la fiche de paye, les gens se font broyer ».

Patrice Tonarelli a d’ores et déjà assigné Lidl France aux prud’hommes pour licenciement abusif et harcèlement moral. Une audience de conciliation doit se tenir en septembre. Parallèlement, lui et son épouse devraient se porter parties civiles dans l’information judiciaire ouverte à son sujet, et éventuellement aussi dans le dossier Yannick Sansonetti.

« Ma famille soutient sans réserve cette nouvelle victime », a indiqué sur Facebook Nicolas Sansonetti, frère du défunt. Ce dernier a fait sien le combat contre le burn out (lire notre article). Pour lui, en faisant appel dans la procédure civile, Lidl « joue l’épuisement ».

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