La métropole cristallise les tensions du PS des Bouches-du-Rhône

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le 7 Avr 2016
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D'un côté Jean-David Ciot et les maires socialistes du département. De l'autre les Marseillais, dont Patrick Mennucci et Samia Ghali. Au sein de la métropole Aix-Marseille Provence, le PS affiche ses divisions. Ces derniers jours, le conflit s'est même exporté au niveau régional, alors que le parti tente de se reconstruire après ses défaites électorales.

Jean-David Ciot en 2013 lors d'une conférence de presse au siège du PS13. Photo Esther Griffe.

Jean-David Ciot en 2013 lors d'une conférence de presse au siège du PS13. Photo Esther Griffe.

Le PS va-t-il demander l’installation de la stéréo au palais du Pharo ? Ce jeudi, lors de la séance du conseil métropolitain, la voix du parti sera une nouvelle fois portée par deux groupes. Le 17 mars, la trentaine d’élus socialistes et apparentés s’étaient divisés sur la question de la participation à la gouvernance de Jean-Claude Gaudin. Lors de la succession de scrutin visant à composer l’exécutif, les maires aspirants à la vice-présidence avaient été battus, sans pouvoir compter sur toutes les voix de gauche.

Parmi eux, le maire du Puy-Sainte-Réparade Jean-David Ciot, dont le groupe revendique “entre 16 et 22 élus”. Le premier secrétaire du PS 13 joue la carte légitimiste : “Je considère qu’il n’y a qu’un seul groupe.” C’est-à-dire celui créé le 16 mars par une décision du bureau fédéral, une des instances du parti. Sa ligne était de ne pas présenter de candidat à la présidence de la métropole mais avec une volonté de participer à la gouvernance. “Je prends acte qu’une partie des Marseillais ne veut pas adhérer à ce groupe, je ne peux forcer personne”, glisse Jean-David Ciot.

Carlotti en observatrice

“On n’a pas changé de position là-dessus”, confirme Florence Masse, candidate à la présidence le 17 mars au nom de cet autre groupe. À ses côtés, on trouve quinze signataires, soit la plupart des conseillers métropolitains marseillais – dont les parlementaires Samia Ghali et Patrick Mennucci. En revanche, la députée Marie-Arlette Carlotti n’a “adhéré à aucun des deux groupes. Une fois de plus, nous n’avons pas brillé par notre intelligence. Quand on est dans notre situation, on doit se rassembler même au-delà du PS avec le reste de la gauche. Cette métropole, nous l’avons soutenue, nous allons aborder les orientations budgétaires, je veux qu’on se mette au travail”, peste l’élue des 4e et 5e arrondissements de Marseille.

Florence Masse assure “tendre la main, certaine qu’on arrivera à s’entendre. Il faut laisser passer un peu de temps”. On ne la contredira pas sur ce dernier point. “L’attitude des Marseillais a beaucoup ulcéré les maires du département, prévient Jean-David Ciot. Ils n’ont pas envie de s’embarquer dans le combat de Marseille et des municipales 2020. Eux sont déjà en responsabilités et veulent faire avancer les dossiers.” L’autre groupe met effectivement en avant une nécessité de cohérence entre son positionnement au conseil municipal de Marseille et celui au conseil métropolitain. Mais pour le patron du PS 13 “c’est un problème de personnes qui veulent être candidats à la mairie de Marseille”, Samia Ghali et Patrick Mennucci en tête.

Votes contestés

Depuis le 17 mars, jour du conseil métropolitain, les dissensions se sont exportées au niveau régional. Ce soir-là, un conseil fédéral – le parlement local du parti – était réuni à Vitrolles. Après de longs débats sur le déroulement de la matinée, Jean-David Ciot a proposé une résolution au conseil fédéral : la non participation à la conférence régionale consultative, promise par Christian Estrosi en signe d’ouverture après le retrait de Christophe Castaner lors des régionales de décembre.

Le communiqué du conseil fédéral insiste sur le “sectarisme” de la droite qui n’aurait pas respecté ses engagements de gouvernance ouverte à la métropole, mais certains y voient une petite “vengeance” de Ciot. Dans les Bouches-du-Rhône, six anciens candidats des listes Castaner devaient participer à cette instance. Depuis, ils ont discrètement fait savoir à Christophe Castaner qu’ils étaient toujours intéressés. C’est le cas de Sébastien Jibrayel, cinquième sur la liste. De son propre aveu – qui recoupe un avis partagé – l’enjeu est pourtant maigre : “Je ne vous cache pas que je ne suis pas emballé depuis que j’ai vu la délibération de janvier qui précisait la composition de la conférence. On voulait une tribune politique, on se retrouve en nombre égal avec les communistes et écologistes, mélangés avec associatifs et représentants du culte. Si on nous met dans une boulangerie pour nous rouler dans la farine, je ressors directement.”

Ghali dans le viseur

Quoi qu’il en soit, l’ancien candidat et député-maire de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence) a transmis tous les noms au conseil régional. Jean-David Ciot “respecte la décision collective, qui se passe au niveau régional. Toutes les autres fédérations souhaitaient y participer.” Mais localement, c’est un nouvel écart avec une décision des instances du parti. “Au bout d’un moment il faudra que les divisions soient sanctionnées, d’une manière ou d’une autre”, lâche-t-il.

Appelé à préciser sa pensée, il poursuit : “Si chacun fait ce qu’il veut, ne se sent lié par aucune décision du parti et passe son temps à taper sur le gouvernement, il n’y a pas de raison de rester au PS.” Si elle n’est pas concernée par la conférence régionale consultative, Samia Ghali est là aussi clairement visée. On a connu la fédération moins tatillonne : lors de la campagne des élections départementales, elle avait laissé fleurir les multiples étiquettes et candidatures à géométrie variable tournant autour de Jean-Noël Guérini et sa Force du 13.

De l’avis général, le parti n’a pourtant pas besoin de ces tensions, après avoir une série de défaites électorales : la réélection de Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille en 2014, la perte des départements des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse puis de la région en 2015… “On a une vraie responsabilité, au-delà du contexte national, de donner espoir à ce peuple de gauche à Marseille. Les gens se demandent ce qu’on fabrique”, plaide Marie-Arlette Carlotti.

Comme dans le Nord-Pas de Calais-Picardie, la disparition totale des élus régionaux, qui versaient des cotisations, grève les finances des fédérations. “On ne peut pas accepter que les Bouches-du-Rhône et le Nord, qui avaient des fédérations fortes par le passé, soient dans cette situation, approuve Marie-Arlette Carlotti. Mais pour ça, il faut qu’on le veuille.” 

Actualisation le 7 avril : le groupe “officiel” du PS 13 regrouperait une quinzaine d’élus et ne dépasserait donc pas le seuil nécessaire à la création d’un groupe.


 

Union régionale et appel au national

Ce jeudi, les premiers secrétaires des six fédérations de PACA présenteront une nouvelle entité, l’union régionale socialiste. À l’initiative de la démarche, on retrouve Jean-David Ciot qui avait la volonté de créer cette instance prévue dans les statuts du parti depuis deux ans. Il s’agit de “porter la voix des socialistes de manière coordonnée au niveau régional, justifie Michaël Bruel,  directeur de cabinet de Jean-David Ciot, élu à sa tête le 1er avril en tant que militant varois. Cela faisait 18 ans qu’on gouvernait la région, on avait l’habitude de se retrouver autour du groupe socialiste. Il y avait moins de nécessité à cette union régionale. Aujourd’hui c’est une urgence.”

Jean-David Ciot parle de “ne pas laisser Estrosi face au FN”, mais l’union régionale répond aussi à l’enjeu de reconstruction locale du parti. À un an des législatives, l’alerte est sérieuse pour Michaël Bruel : “Il y a quinze ans, quand je suis revenu dans le Var après mes études, on n’était pas si loin au niveau du conseil général. Aujourd’hui on n’a plus un seul élu. L’exemple est flagrant et s’il n’y a pas une réaction, nous sombrerons.”

Lors de son passage à Marseille le week-end dernier, le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a reçu une liste de doléances, notamment pour doter en moyens humains et matériels cette union régionale. Les six fédérations ont également demandé “des compensations du fait du retrait des listes Castaner, qui était une décision nationale”.

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Commentaires

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  1. jacques jacques

    J’ai rien compris ! Je ne dois pas être assez marseillais pour piger ces magouilles. De politicards minables .

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    • Julien Vinzent_ Julien Vinzent_

      Bonjour ! Je suis là pour vous éclairer si besoin.

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  2. Regard Neutre Regard Neutre

    Aucune personnalité politique socialiste — tant dans les parlementaires que parmi ou élus locaux—est aujourd’hui en capacité à réparer les fractures fédérales. La fédération PS des Bouches- du-Rhône n’a plus l’influence et les moyens qui faisaient sa force alimentaire auprès des électeurs.Les luttes intestines pour la prise du pouvoir entre les marseillais et les bucco- rhodanien s’effectuent aujourd’hui à coups de griffes….

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  3. MarsKaa MarsKaa

    merci pour cet article très éclairant sur les dessous de la politique politicienne…
    cela confirme un (très) vieil adage “le PS n’est pas un parti de classe mais un parti de place”…. chacun veut sa place au soleil… minable, quand on connait TOUT ce qu’il y a à faire en politique concrète (gestion des territoires…).
    Et bê, on n’est pas sortis de l’auberge !

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  4. corius corius

    Heureusement qu’Emmanuel Macron….

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  5. Lagachon Lagachon

    C’est fou ce que ça remue un parti à l’agonie !
    A Valencia (oui, je sais c’est une obsession) il a été décidé qu’il serait plus rapide de dissoudre le PP plutôt que d’essayer de le sauver.

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  6. Ouganda Ouganda

    Les 6 fédérations PS de PACA qui présentent une nouvelle entité, l’Union Régionale Socialiste, c’est une très bonne idée, à condition que son objectif premier, ne soit pas “de ne pas laisser Estrosi face au FN” ! ou de se retrouver autour du groupe socialiste comme ce fut le cas pendant 18 ans avec toujours les mêmes socialistes !
    Ce temps est fini et bien fini , et plus vite, nous socialistes, nous nous en rendrons compte, l’accepterons et changerons notre logiciel de stratégie et notre fusil d’épaule, plus vite, les citoyens nous referont peu à peu confiance. Car la mission sacrée de cette Union Régionale Socialiste reste et demeure de servir l’Intérêt Général des populations quel que soit leur bulletin de vote …

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  7. Trésorier Trésorier

    Le PS na pas fni de payer ses pratiques locales, son clientélisme et la gestion catastrophiques des collectivités qu’il gérait.

    Honnêtement, votre article est éclairant sur les basses politiques qui animent nos chers élus, bien loin des intérêts de la population.

    C’est à vomir.

    Le PS a ainsi géré 1 ans la région ? Je cherche un résultat tangible de tant d’années. Transports en commun ? développement économique ? Rien !!! Pourtant, les impôts et l’endettement ont explosé !!!! Ou est passé l’argent ??

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