Gaudin président de la métropole, ultimes tractations avant l’accouchement

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le 17 Mar 2016
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Ce jeudi matin doit avoir lieu la deuxième séance du conseil métropolitain d'Aix-Marseille Provence.  Elle doit voir l'élection de Jean-Claude Gaudin et de ses 20 vice-présidents. Marsactu vous dévoile les ultimes tractations.

Jean-Claude Gaudin intervient avant l'élection du président de la métropole le 9 novembre.

Jean-Claude Gaudin intervient avant l'élection du président de la métropole le 9 novembre.

Ce jeudi, la métropole Aix-Marseille Provence aura (à nouveau) un président. Sauf incroyable retournement de situation, ce sera Jean-Claude Gaudin. Ses adversaires, le député et maire communiste de Martigues Gaby Charroux et le sénateur et maire FN des 13/14, Stéphane Ravier n’auront de voix que celles des élus de leur propre parti. Réunis mercredi, les socialistes marseillais ont également décidé de présenter la candidature de l’une des leurs, Florence Masse. D’autres postulants peuvent encore émerger le jour même mais ils ont peu de chances de retourner la table d’une élection jouée d’avance.

Le favori n’a pas d’autres programmes que sa propre stature : maire de la commune centre depuis 20 ans, leader incontesté du parti majoritaire dans le département et maïeuticien des deux lois qui ont offert un cadre à cette nouvelle institution.

Jean-Claude Gaudin sait que plus que d’un programme, il a besoin d’une majorité. Depuis cet été, il multiplie les rendez-vous, les repas, les déplacements dans les communes, pour tenter d’unir autour de son nom le maximum d’élus métropolitains, quelle que soit ou presque leur couleur politique. Après tout, il a commencé sa carrière comme élu démocrate chrétien dans une majorité dominée par les socialistes. Président de région, il est allé jusqu’à s’allier avec le Front national pour gouverner. Comment une cohorte de maires de la Provence éternelle qu’il connaît si bien pour les câliner à chaque élection sénatoriale pourrait contrarier son ambition ?

L’élection du 9 novembre et la longue traîne de péripéties judiciaires qui a suivi ont prouvé le contraire. Paradoxalement, la suspension hivernale lui a laissé plus de temps pour tenter de rallier, un à un, les conseillers métropolitains et enfin réaliser ce que projetait un de ses proches, cet été :  « Ce sont les 92 maires qui vont venir le voir un genou à terre pour lui demander d’être « le » candidat à la métropole ». En monnaie d’échange, il offre les postes de gouvernance.

Le PS se divise sur fond d’accord avec Gaudin

En effet, le véritable enjeu de cette deuxième séance n’est pas l’élection du président mais les vingt-huit élections qui vont suivre et permettre de doter l’institution de vingt vice-présidents et des huit conseillers délégués composant le bureau exécutif. Or, les tractations sont toujours en cours à l’heure où nous écrivons ces lignes.

Jean-Claude Gaudin a vu le patron de la fédération socialiste et maire du Puy-Sainte-Réparade, Jean-David Ciot, en début d’après-midi pour sceller un accord avec le PS. « Sa guerre avec Maryse Joissains l’oblige un peu à être gentil avec nous », sourit Ciot, patron du PS 13 persuadé qu’il faut « contribuer au démarrage institutionnel ». Il devait aussi rencontrer le maire de Bouc-Bel-Air en fin d’après-midi, avant de réunir les 67 élus métropolitains de la droite marseillaise en fin de journée. Et Marsactu n’a à coup sûr pas été tenu au courant de l’intégralité de l’agenda du maire.

C’est lors de cette dernière réunion que devrait être entérinée la liste définitive de ceux qui incarneront la gouvernance de la métropole à ses côtés. Mais rien ne dit que les rebondissements ne pourraient pas se poursuivre jusqu’à tard dans la nuit. Le parti socialiste tient un bureau fédéral pour arrêter combien et qui montera au bureau, avec des tiraillements incessants où se mêlent les ambitions personnelles, la stratégie politique et les querelles post-électorales.

Après avoir entériné en novembre la participation des maires socialistes de Miramas (Frédéric Vigouroux), de Vitrolles (Loïc Gachon) et du Puy-Sainte-Réparade (Jean-David Ciot) en tant que vice-présidents ou membres du bureau, le parti se divise. A l’issue de deux réunions parallèles, Jean-David Ciot affirme « voter Gaudin » quand Samia Ghali et les socialistes marseillais créent un groupe d’opposition et décident de présenter la candidature de Florence Masse à la présidence. Ce jeudi, deux groupes se revendiquant socialistes naîtront de cette scission.

« Avoir un équilibre territorial »

Pour faire bonne figure, Jean-Claude Gaudin aimerait aussi intégrer un maire communiste ou apparenté « mais pas le Front national », explique son entourage. « Notre but est aussi d’avoir un équilibre territorial pour les vingt postes de vice-président. Deux sont acquis pour la présidente du département Martine Vassal et le président de l’union des maires ou son représentant », explique un élu influent de la majorité Gaudin. Les dix-huit postes restant devraient se diviser ainsi : 11 répartis entre Marseille et les autres communes de l’ancienne communauté urbaine, 4 pour le pays d’Aix et un chacun pour le pays salonais, le pays de Martigues et le pays d’Aubagne.

Chaque territoire a été prié de se mettre d’accord sur son ou ses représentants. C’est ainsi que le maire d’Aubagne, Gérard Gazay (LR), devrait être retenu comme vice-président. Le choix des Aixois apparaissaient plus délicat. Pour Gaudin, il était évident que les frondeurs qui ont traîné sa première élection en justice comme les maires d’Eguilles ou de Pertuis ne pouvaient y figurer.

Réunis lundi, les élus du pays d’Aix emmenés par Maryse Joissains n’ont pas couché leurs noms sur la liste. Gérard Bramoullé, le premier adjoint aixois et les maires de Bouc-Bel-Air, Saint-Cannat, Fuveau et Sainte-Estève-Janson – Richard Mallié, Jacky Gérard (PS), Hélène Lhen ou Martine Cesari – semblaient en bonne place sur cette liste. Très probable future présidente de territoire aixois, Maryse Joissains devrait les rejoindre à ce titre au bureau de la métropole. En marge du conseil municipal d’Aix ce matin, elle disait espérer « trois membres du bureau » en plus avant d’avoir un échange téléphonique avec Jean-Claude Gaudin dans l’après-midi.

Le tir aux pigeons

Dans toute cette histoire, les compétences des uns et des autres passent au second plan. « Nous ne sommes pas allés jusqu’à attribuer les délégations, confirme un proche de Jean-Claude Gaudin. Les vice-présidents répondent à des logiques politiques, les délégations sont en rapport avec les qualités et les compétences de chacun. » Il s’agit aussi de prévoir des défaillances ou des tractations de dernière minute.

Dans cette configuration, nous sommes loin de la liste d’adjoints et de conseillers délégués adoubée par une majorité. D’autant plus que l’élection des vice-présidents est uninominale. « Il y a beaucoup de candidats pour le tir aux pigeons », note Robert Assante qui se verrait bien endosser la charge des transports. « Tir aux pigeons ». L’expression est consacrée. « Lors d’un scrutin secret, tout peut arriver », sourit un élu. Il faut donc que les candidats présentés soient acceptés par la majorité en présence.

Alliances à géométrie variable

Or, celle-ci fluctue au gré des courants politiques, de l’appartenance territoriale ou des groupes d’ores et déjà constitués. En plus des 67 élus Les Républicains marseillais, il pourra compter sur ceux du groupe « EPIC métropole ». Fort d’une quarantaine de conseillers métropolitains issus de tous les territoires, il a été constitué dès le lendemain de l’élection de novembre sur la base du « bloc de l’Est » que le maire de Gémenos, Roland Giberti, avait créé auparavant à Marseille Provence métropole.

Ce dernier est ressorti du bois début mars, avec le même message : la défense des communes et un ancrage politique légitimiste à droite derrière le patron des Républicains. L’ancien député et maire LR de Bouc-Bel-Air Richard Mallié l’a rejoint. Membre du pays d’Aix, il explique : « Désormais, il faut raisonner en politique. Le groupe EPIC, ce sont des élus de droite et du centre qui, même s’ils ont été contre la création de la métropole, veulent avoir des moyens et exister. »

Les maires divisés

Dans l’enthousiasme de la défense des communes et du président élu, les représentants de l’EPIC mêlent quelques pelletées de terre sur le « groupe d’intérêt communal » que le maire de Mimet et président de l’union des maires Georges Cristiani souhaite créer en opposition aux partisans de l’actuelle métropole. « Il ne se fera pas », annonce-t-on dans l’entourage de Giberti. Cristiani revendique toujours « 52 signatures de maires » sans dire combien siégeront bien à ses côtés. Pour lui, « Politiser à outrance est une erreur. Ce nouvel étage administratif restera inutile si on ne transcende pas les partis politiques ».

« Il y a un étiolement de l’union des maires d’un côté et une révolte contre les moulins à vent de l’autre, constate Michel Amiel, maire des Pennes-Mirabeau, candidat Force du 13 derrière Jean-Noël Guérini, aux élections sénatoriales. Au fil des réunions de l’union des maires, cela a évolué sans jamais trancher : un groupe, pas de groupe… Les postes de vice-présidents ont tout faussé ». Lui-même n’est pas candidat mais n’est pas contre une place au bureau parmi les 8 conseillers délégués qui y siégeront. Pour l’heure, personne ne l’a appelé, dit-il, pas même Giberti qui a pourtant poussé loin les propositions de ralliement.

Martine Vassal, alliée exigeante

« Quelque part, Jean-Claude Gaudin prépare les difficultés au sein de la droite, analyse encore Amiel. J’aurais préféré un mode de représentation privilégiant les maires et les territoires. On part sur des logiques politiques, je le regrette ».

Les maires restent tout de même la pierre angulaire de la future majorité. Pour les convaincre, Jean-Claude Gaudin espère compter une arme que son ancien adversaire, Jean-Noël Guérini, savait manier avec adresse : l’aide aux communes du département.

Or, le premier vice-président à être élu demain sera Martine Vassal, présidente du conseil départemental, qui trouvera une nouvelle occasion de justifier son titre de seconde adjointe au maire « en charge du développement des relations entre les collectivités ». Cette position de première VP la pose en excellente position dans la succession à Jean-Claude Gaudin en 2020, surtout si la métropole fusionne un jour avec le conseil départemental. D’ores et déjà, elle pose ses exigences et aimerait bien, explique-t-on de plusieurs sources, voir un conseiller départemental récupérer la délégation clé des transports. Ce pourrait être Henri Pons, déjà président de la régie départementale des transports. Mais celui-ci ne figurerait pas pour l’heure sur les tablettes de Gaudin : un duel fratricide à droite se profile donc et il pourrait en préfigurer d’autres, aux résultats tout aussi incertains.

Dans son propre camp, Jean-Claude Gaudin doit en effet jouer finement entre les courants portés par les candidats aux primaires nationales du parti, les ambitions à l’investiture lors des législatives de l’an prochain et le jeu des coudes entre candidats à sa succession dans le fauteuil du maire. Mais ce sont d’abord ses proches qui devraient monter en grade comme l’adjoint aux finances de Marseille Roland Blum, le spécialiste des commissions d’appels d’offres Bernard Jacquier. Arlette Fructus devrait représenter l’UDI.

Toujours pas de pacte fiscal

Une fois l’écume électorale retombée, l’exécutif métropolitain va devoir se mettre au travail. Avec sur la table, un dossier stratégique : le fameux pacte de gouvernance financier et fiscal. Gaby Charroux propose qu’un groupe de travail s’y attelle dès après l’élection des présidents de conseils de territoire, la semaine prochaine. L’absence de ce document de cadrage est la véritable pomme de discorde entre les grands élus du territoire : les six présidents des anciens établissements publics de coopération intercommunale avaient scellé un pacte avec Gaudin autour d’un document commun dès l’automne. Ce dernier a fini par le rejeter avant de faire convoquer la première séance par Sylvia Barthélémy, en déclenchant la bronca que l’on sait.

Aujourd’hui, ce document présenté un temps comme un préalable ressemble à un mistigri. Quand on prend de ses nouvelles auprès de Georges Cristiani, celui-ci s’écrie : « Vous êtes pas mal pour mettre de l’huile sur le feu. » Il complète : « La loi dit qu’on a six mois pour le faire. On a pris beaucoup, beaucoup de retard sur cette affaire. » Même son de cloche chez David Ytier, conseiller métropolitain et adjoint aux finances de Salon-de-Provence : « On ne sait pas à quelle hauteur il va se situer. On ne sait pas encore ce que la métropole va reverser aux communes. » Et ce genre d’inquiétude pourrait bien se réveiller en séance ce jeudi et chatouiller les amateurs de tir aux pigeons.

Benoît Gilles et Jean-Marie Leforestier

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