Les mauvais comptes de la mairie de Sausset rattrapent le député LR Éric Diard

Actualité
Jean-Marie Leforestier
6 Fév 2019 4

La chambre régionale des comptes a mis au jour une cavalerie budgétaire dans la gestion comptable de la commune de Sausset-les-Pins. Le conseil municipal, exceptionnellement déménagé dans un gymnase, opposait le nouveau maire, Bruno Chaix à l'ancien, Éric Diard, député LR.

Image d'archives

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Dans les travées austères du gymnase Alain-Calmat, le député (LR) Éric Diard écoute attentivement l’exégèse du rapport de la chambre régionale des comptes. Ce vendredi soir, c’est le nouveau maire de Sausset-les-Pins Bruno Chaix, un successeur qu’il n’a pas voulu, qui mène la présentation devant le conseil municipal. Prévenus par un tract municipal, environ 250 Saussétois ont fait le déplacement pour connaître l’arbitrage d’un feuilleton qui oppose les deux élus depuis plus d’un an et demi. Car, pincée de sel supplémentaire au moment de scruter les comptes de la commune de 2012 à 2016, Bruno Chaix était alors le bras droit du maire Éric Diard. “Pas mal pour un adjoint aux finances”, rit jaune le parlementaire.

La chambre régionale des comptes (CRC) confirme ce que Bruno Chaix a affirmé découvrir lorsqu’il est devenu premier magistrat : la cavalerie budgétaire.

La commune n’a pas comptabilisé la totalité des charges rattachables à chacun des exercices 2014, 2015 et 2016, les reportant sur les exercices suivants, tandis qu’une partie seulement des rattachements de recettes auxquels elle avait procédé de manière croissante sur la même période, pouvait être validée.

En clair, sur ces années, les charges auraient dû être plus importantes et les recettes moindres. Exemple frappant donné par le rapport : l’encaissement des repas de cantine. Ainsi, en 2016, la commune a dit avoir récolté 303 628 euros en paiement des frites et carottes râpées. Ce montant était tout simplement “supérieur aux recettes annuelles de la cantine”, notent les magistrats financiers. Plus loin dans leur rapport, ils ajoutent que “compte tenu de l’importance du montant des recettes rattachées à tort, la chambre s’interroge sur le caractère intentionnel des mauvaises pratiques poursuivies par la collectivité”.

Sausset a échappé à la tutelle financière

Le problème est qu’une collectivité locale, contrairement à l’État, est tenue de présenter un budget à l’équilibre. “Si les recettes et dépenses du budget avaient été sincèrement évaluées, cela aurait pu conduire à une saisine de la chambre par le préfet”, note le rapport. En clair, et le mot a été martelé par Bruno Chaix, cela aurait signifié “la tutelle” sur le budget de la ville. La CRC aurait alors mis celle-ci au régime sec, ce qu’elle recommande encore aujourd’hui à l’édile saussetois : “Pour retrouver une situation financière saine, la commune doit agir sur sa fiscalité […] et diminuer ses charges de gestion, en particulier celles de personnel.”

Augmenter les impôts (ce qui a été fait en 2018) et ne pas remplacer les départs à la retraite serait donc à leurs yeux la solution mais celle-ci n’a pas été particulièrement débattue. À la mairie, on imagine surtout se donner du souffle financier grâce à la vente d’un terrain acquis par la précédente municipalité. L’essentiel du débat à Sausset s’est plutôt concentré sur le responsable de cette gestion particulièrement peu méticuleuse.

Pour Bruno Chaix, la cause est entendue : Éric Diard, maire omnipotent serait accablé : “On vous devait la vérité, vous l’avez maintenant. Elle nous vient de l’autorité la plus indépendante qu’il soit. Ce sont des observations faites par des magistrats. Ces observations nous les avions anticipées et nous vous avions annoncé un déficit important. C’est confirmé. Nous avions dit que l’endettement était trop important. Nous avions vu juste.”

Le nouveau maire savait-il ?

Marie-Laure Walter met les deux du côté des perdants. Pour cette opposante de gauche, le maire actuel ne peut se départir de ses responsabilités : “Dès 2014, nous avons alerté sur un fonctionnement qui asphyxiait la commune. Lors de la présentation du budget, c’est vous qui nous répondiez. Aucune nos remarques et observations ne vous ont interrogé. Nous n’oublions pas que vous avez été au cœur du système pendant des années”, tance-t-elle. À la tête d’une liste sur laquelle figurait Éric Diard en 2017, Élodie Valéro reste sur la même veine : “Nous, trois anciens adjoints, nous assumons les mandats que nous avons exercés. Nous pouvons répondre à toutes les questions des Saussétois. Vous vous posez comme victime alors que vous êtes l’un des principaux responsables. Doit-on entendre que vous avez attendu d’être maire pour vous préoccuper de votre délégation ?”

Doublement mis en cause, Bruno Chaix verse dans une réponse alambiquée :

En tant qu’adjoint aux finances, je n’étais pas au courant de tout, j’ai lancé des alertes qui n’ont pas été entendues. Les charges de personnel ont continué à augmenter sans que je sois au courant. Je suis un soldat et j’étais avec Éric Diard. C’est pour ça que je n’ai pas démissionné et que j’ai cherché à faire changer les choses de l’intérieur.

Dans le public, Éric Diard fait non de la tête avant de se plier bien volontiers aux demandes d’interview de la presse. Les discussions se feront à l’extérieur du gymnase, le député ayant été éconduit par la sécurité. “Moi j’ai fait une erreur, j’aurais dû m’intéresser à ces questions mais j’ai fait confiance à monsieur Chaix. En comptabilité c’était irrégulier, je l’admets, mais il n’y a eu aucune malversation comme monsieur Chaix l’a laissé entendre. Qui plus est, il dit qu’il n’était au courant de rien mais il dit en même temps qu’il a lancé des alertes, c’est incohérent, c’est le mensonge permanent”. À Sausset, l’arrivée du rapport de la chambre régionale des comptes n’a pas mis fin à la polémique. Elle devrait vivre au moins un an encore, jusqu’aux municipales.

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