Le député Eric Diard perd le fil de sa succession, Sausset élit son nouveau maire

Actualité
Jean-Marie Leforestier
11 Nov 2017 4

La succession houleuse d'Eric Diard (LR), atteint par le cumul des mandats, provoque une nouvelle élection municipale dont le premier tour a lieu ce dimanche. Deux membres de l'ex majorité s'affrontent.

Bruno Chaix, nouveau maire de Sausset-les-Pins depuis le 8 septembre et candidat à sa succession.

Bruno Chaix, nouveau maire de Sausset-les-Pins depuis le 8 septembre et candidat à sa succession.

« Il y a une élection ce week-end ? », s’inquiète à l’accueil de la mairie de Sausset-les-Pins un citoyen. « Le maire a été élu député. Il ne pouvait plus rester maire. Un autre maire a été élu et apparemment, ils ont pas réussi à s’entendre et certains ont démissionné. Du coup, il y a une autre élection », résume la fonctionnaire. En ville, les rares affiches n’indiquent pas la municipale partielle de dimanche mais le salon des vins et produits du terroir du week-end suivant. Les élections intermédiaires signifient souvent faible participation.

La commune de 8000 habitants est la seule des Bouches-du-Rhône à repasser aux urnes alors que nombre d’entre elles ont changé de maire. L’application de la règle du non cumul des mandats s’est souvent faite en douceur. Partout, les parlementaires touchés ont pu désigner leur successeur. Le sénateur Stéphane Ravier (FN) a désigné sa nièce, son homologue Michel Amiel (divers gauche) a pu faire élire une adjointe. À Marseille, Bruno Gilles (LR), Samia Ghali (PS) et Valérie Boyer (LR) ont assuré l’élection du successeur qu’ils s’étaient choisi en mairie de secteur. Tous y sont arrivés, sauf Eric Diard (LR), qui n’a pas su unir sa majorité. Son adjoint aux finances Bruno Chaix, patron d’une agence d’assurance et adhérent Les Républicains, s’est fait élire le 8 septembre contre son gré en réunissant derrière lui la moitié des élus de la majorité municipale. Furieux, Diard et ses proches ont démissionné un mois plus tard et provoqué de nouvelles élections. Le préfet a donc appelé les habitants aux urnes.

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La « superstition » de Diard

À l’origine de ce micmac dans la succession, l’absence de préparation de la suite par le maire sortant. « Il ne voulait pas en parler avant de gagner, par superstition », témoigne le nouveau maire Bruno Chaix, alors mandataire financier de la campagne législative. Diard avoue lui-même avoir attendu : « Je ne pouvais pas le faire avant les législatives parce qu’autrement, cela aurait été la guerre. Et puis battu en 2012, Fillon éliminé au 1er tour, Macron élu, je ne partais pas favori, il faut voir ce qui est. »

Reste que le moment du choix venu, l’équipe Diard s’est fracturée au grand dam du député. Bruno Chaix est arrivé, sûr de son bon droit et fort de soutiens nombreux. « Il avait préparé son coup. Il a fait de l’arithmétique », peste Diard qui voyait en une autre adjointe Carole Colombo, une solution de compromis. « On a essayé de mettre Colombo jusqu’aux prochaines municipales avec Chaix en 2020 pour tirer la liste. Moi j’avais le stylo prêt en tant que notaire, se souvient le président Les Républicains des Bouches-du-Rhône Bruno Gilles, sollicité pour une médiation. Et puis j’ai appris par la bande que Chaix ne viendrait pas et qu’il n’y aurait pas de compromis. »

Le vote au sein du conseil municipal a donc eu lieu et Chaix a été élu. « J’espérais que la raison l’emporterait, j’avais proposé aux adjoints fidèles à Eric Diard de rester en poste. Mais il n’a pas accepté le verdict du conseil municipal élu démocratiquement en 2014 », peste Bruno Chaix, son insigne de maire au revers de la veste. L’élection convoquée, Chaix présente sa liste « Pour Sausset » et Diard se positionne en dixième place sur celle de « Sausset avant tout » conduite par son ex adjointe à l’éducation et aux transports (entre autres) Elodie Valéro. Douze membres de la majorité sortante d’un côté, onze de l’autre, avec une liste « écologiste et sociale » menée par Jean-Pierre Berthier, conseiller d’opposition sortant, en arbitre.

Une « femme de paille » ?

Elodie Valéro.

Depuis, plus personne ne se serre la main entre les deux camps. Des amitiés de longue date se sont brisées, racontent certains. Et une question reste en suspens : en cas de victoire de sa protégée, Diard sera-t-il le « capitaine » de la ville jusqu’en 2020 comme il l’avait annoncé lors de ses vœux en début d’année ? Élodie Valéro, qualifiée de « femme de paille » par Bruno Chaix s’en défend : « Ça voudrait dire que je suis un sbire, un pion ?, s’agace la professeure des écoles. Je ne suis là pour chauffer la place de personne. Il y a une commune à faire tourner et les Saussétois ont des attentes auxquels j’entends bien apporter des réponses sans me les laisser dicter ». Son colistier Eric Diard maugrée : « Il n’y a qu’à Sausset que l’on ne souhaite pas qu’un député s’investisse dans son village. »

Les deux candidats disent tous deux baser leur programme sur celui d’Éric Diard en 2014, lorsqu’il avait revêtu l’écharpe de maire pour la troisième fois. Limitation des nouvelles constructions et surtout des logements sociaux (ne respectant pas des quotas légaux, la ville paie de lourdes amendes chaque année), mesures sécuritaires renforcées, respect de l’environnement, transparence et publicité des décisions communales, les programmes semblent se ressembler. Tous deux se disent sans étiquette tout en assumant une orietation personnelle à droite. La fédération LR des Bouches-du-Rhône a choisi de rester loyale à son député, et soutient officiellement la liste d’Élodie Valero, sans réelle implication de terrain toutefois.

Les paris du nouveau maire

Bruno Chaix, en deux mois de mandat comme dans ses discours, tient tout de même à se démarquer. Dès son arrivée en mairie, il a annoncé dans un courrier aux Saussétois vouloir orner de drapeaux tricolores plusieurs lieux de la commune. Il a promis une crèche de Noël à la mairie et l’instauration de la « clause Molière » dans les marchés de la commune. En meeting jeudi 9 novembre, devant 400 à 500 personnes, une large partie – très applaudie – de son discours s’est portée sur la sécurité (amélioration de la vidéo-surveillance, dispositif voisins vigilants, etc.). Son tract définit sa candidature comme prenant, au milieu des enfants, des anciens et des commerçants, « le parti de nos patriotes ». « Il utilise des symboles pour tenter de toucher les extrêmes dans sa logique d’accession à la mairie », tacle Élodie Valéro. « On dirait Stéphane Ravier dans le nord de Marseille ou Robert Ménard à Béziers », renchérit Jean-Pierre Berthier. Dans la commune, Marine Le Pen a réalisé 28 % au premier tour de la présidentielle et 47 % au second mais n’a pas pu présenter de liste dans la courte période laissée par la préfecture.

Mais surtout, Bruno Chaix concentre les critiques vers son prédécesseur à la mairie quitte à faire quelques acrobaties. L’adjoint aux finances de 2011 à 2017 reproche à Eric Diard une manipulation… des finances. « En 2014, le maire a commencé à avoir un fonctionnement auto-centré. Tout passait par lui, il décidait de tout. J’étais tenu à l’écart de tout. Il y a eu des dérives financières. Les factures n’étaient pas comptabilisées correctement, n’étaient pas réglées. Il signait tous les bons de commande. Aujourd’hui, la commune a perdu en capacité d’auto-financement », attaque-t-il. « C’est lui qui signait les dépenses et présentait le compte administratif », s’agace le député. Mais en provoquant les nouvelles élections, le parlementaire sait qu’il a pris le risque de transformer l’élection en un referendum sur son nom. Il est devenu une cible et pourrait bien le regretter. « Pour dimanche, je n’ai aucune visibilité, je suis un peu perdu, confie-t-il un brin las. Sans prétention, si j’avais été candidat, ça aurait été réglé… ».

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