Les gendarmes ont mis au jour un système de faux pointage au Samu social de Marseille

Enquête
Benoît Gilles
23 Mai 2017 5

Selon le Canard enchaîné, les gendarmes enquêtent sur un système de faux pointage au sein du Samu social municipal. D'après une source judiciaire cela concernerait une cinquantaine d'agents sur les 80 présents dans le service. Le montant du préjudice est estimé à 5 millions d'euros. La municipalité a annoncé mardi soir qu'elle se constituait partie civile.

L’affaire allait faire pschitt, assurait-on à la Ville. En janvier dernier une équipe de la section de recherche de la gendarmerie avait fait une visite boulevard Ferdinand de Lesseps, où loge depuis des lustres le Samu social. Or, à en croire le Canard Enchaîné qui publie ce mercredi un article sur le sujet, l’affaire est loin de se dégonfler. Bien au contraire, selon l’hebdomadaire satirique, les enquêteurs ont mis au jour un véritable système permettant à une cinquantaine d’agents sur les 80 que compte le service de ne pas effectuer les heures pour lesquelles ils étaient payés.

« Les agents mis en cause travaillent quasiment à mi-temps, tout en étant payés à plein temps », rapporte une source judiciaire citée par le Canard. Selon une autre source consultée par Marsactu, le système de maraude, nuit et jour, mis en place au sein du service reposait sur une règle non écrite qui prévoyait une semaine de récupération pour une semaine travaillée. Or, ce dispositif n’était en rien avalisé par l’administration et ne se retrouvait pas forcément sur les plannings et fiches de pointage saisis au moment de la perquisition. Toujours selon le Canard, les salaires et charges détournés par ce biais s’élèveraient à 5 millions d’euros, en comptant que le système serait en place depuis 2010.

« Une douche froide »

Pour l’heure, l’adjoint en charge de la lutte contre l’exclusion, Xavier Méry, se refuse à commenter un tel montant. Il se dit « consterné » par de telles révélations. « Une douche froide », dit-il encore, qu’il a eu le temps de voir venir. En effet, en janvier, l’adjoint assurait à Marsactu puis devant le conseil municipal que l’enquête diligentée par ses services n’avait rien fait remonter d’irrégulier. « Tout est normal », assuraient de concert Annick Devaux en charge du service social jusqu’à la récente refonte des services et Christophe Sogliuzzo, directeur général en charge de l’espace public. À l’époque, l’enquête préliminaire du parquet recherchait d’éventuels emplois fictifs.

Ils annonçaient tout de même la rationalisation du comptage des heures au sein du Samu social, notamment liée à la mise en place d’un nouveau logiciel au sein du service des ressources humaines. Xavier Méry dit avoir lancé une « enquête approfondie » après son intervention sur ce sujet devant le conseil municipal du 7 février. « Concernant les heures travaillées, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une grande différence entre le déclaratif et le réel », explique-t-il aujourd’hui.

« Ce n’est pas mon rôle de vérifier »

Il se refuse néanmoins à préciser le nombre d’agents concernés, ni le montant du préjudice subi par l’administration. Il précise d’ailleurs : « Je ne suis pas l’administration. Ce n’est pas mon rôle de vérifier la manière dont le service est organisé, ni les heures effectuées. Mon travail est de vérifier si la politique menée répond aux objectif fixés. À aucun moment je n’ai eu à me plaindre du service rendu par le Samu social. »

Cet hommage est à double tranchant. Car, depuis dix ans, la figure tutélaire du Samu social est René Giancarli. Ancien policier au sein du GIPN, il a entièrement refondé le service en étendant ses prérogatives au-delà des seuls sans-abris mais aussi en direction des populations roms, des familles expulsées et des migrants à la rue. Personnage controversé dans le milieu de l’hébergement d’urgence, il a incarné durant dix ans la politique sociale du maire et son penchant charitable. Avec cette enquête préliminaire en cours, il est sur la sellette alors qu’il a largement atteint l’âge du départ à la retraite. Très atteint par le soupçon qui pèse sur lui, il serait présent de manière irrégulière sur site.

Selon Xavier Méry, si la décision de son départ n’est pas prise, elle pourrait intervenir dans un délai assez bref : « Cette situation l’éclabousse. Or, c’est quelqu’un qui n’a jamais compté ses heures et qui s’est consacré à 100 % à sa mission. Cela fait plusieurs mois qu’il m’indique vouloir raccrocher. La situation actuelle ne simplifie pas les choses. »

Ambiance délétère

En interne, l’ambiance est délétère, indiquent plusieurs sources à Marsactu. La reprise en main de l’organisation interne oblige les agents à suivre un planning en trois cycles bien plus contraignant que le système précédent, « mais ils font les 35 heures légales« , souligne l’adjoint au maire.

Lors du conseil municipal de février, en réaction aux révélations de Marsactu, Jean-Claude Gaudin conservait sa position habituelle en cas d’enquête judiciaire : « Si d’aventure il y avait quelque chose d’anormal, nous le sanctionnerions. Et jusqu’à présent, nous ne le savions pas. » Le voilà donc au courant. « Au terme d’une enquête interne approfondie, la Ville de Marseille a décidé de déposer plainte et de se constituer partie civile dans cette affaire, annonce-t-elle dans un communiqué ce mardi soir. « Après tout, c’est de l’argent des Marseillais dont il s’agit », commentait auparavant Xavier Méry.

Article actualisé à 23 h 30 avec l’annonce de la constitution de partie civile de la ville de Marseille.

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