L’abandon du Campus A va faire de la place à la future cité scolaire internationale

Actualité
Benoît Gilles
14 Mai 2018 5

Fin mars, le président Renaud Muselier a annoncé l'abandon de l'ancienne université régionale des métiers lancé par Michel Vauzelle. Conséquence d'un bras de fer en cours avec le gouvernement sur la réforme de l'apprentissage, cet abandon pourrait permettre d'offrir un site à la cité scolaire internationale toujours en souffrance.

Martine Vassal, Jean-Claude Gaudin, Christian Estrosi, Renaud Muselier et Yvon Berland annoncent la création d'une cité scolaire internationale. PHOTO : B.G.

Martine Vassal, Jean-Claude Gaudin, Christian Estrosi, Renaud Muselier et Yvon Berland annoncent la création d'une cité scolaire internationale. PHOTO : B.G.

Des apprentis coiffeurs aux filles et fils de cadres internationaux, le glissement n’est pas anodin. Les discussions en cours entre la région et les autres collectivités pourraient bien se concrétiser par un changement de typologie des élèves qui seront amenés à fréquenter l’îlot Peyssonnel (2e) dans quelques années. Car l’un des derniers carrés encore libres du “Parc habité” d’Arenc pourrait changer de vocation. Exit l’ancienne université régionale des métiers, rebaptisée Campus A, le site devrait accueillir le futur établissement scolaire international que l’État et les collectivités portent depuis plusieurs années.

Révélée par la Lettre de la pierre, cette substitution sera sans doute évoqué lors de la prochaine réunion du comité de pilotage de la cité scolaire internationale en juin prochain qui a mis le sujet de l’implantation à son ordre du jour. Tous les partenaires publics ont eu vent de la volonté régionale de poser une option sur l’îlot A1, dont elle est propriétaire. Du côté d’Euroméditerranée, en charge de l’aménagement global de la zone, on fait mine de ne pas être au courant : “Voyez avec la région, après tout, ils sont propriétaires”, répond Laure-Agnès Caradec, présidente de l’établissement public, adjointe à l’urbanisme et conseillère départementale. En coulisses, en revanche, le projet de remplacement d’un projet par l’autre est d’ores et déjà connu.

Bras de fer sur l’apprentissage

La première pierre du Campus A a pourtant été cimentée par l’ensemble des partenaires en septembre 2017. Le projet voulu et porté par le socialiste Michel Vauzelle avait survécu à l’alternance politique. Durant la campagne, fin 2015, Christian Estrosi avait annoncé sa volonté de conserver le projet. Il n’a pas survécu à l’arrivée au pouvoir de Renaud Muselier. Ce dernier a mis à profit le bras de fer en cours avec le gouvernement sur la réforme de l’apprentissage pour annoncer l’abandon de ce projet phare qui devait accueillir 1200 apprentis dès 2020. Fin mars dernier, lors d’une conférence de presse à l’hôtel de région, il annonce le gel d’un grand nombre de financements de centres de formation des apprentis et celui du Campus A.

Extrait du discours prononcé par Renaud Muselier le 29 mars à l’hôtel de région.

Le président Muselier emploie bien le terme d’abandon. Mais depuis février, les services régionaux travaillent sur un gel transitoire. Ainsi, dès le 14 février, le directeur général des services de la région prévient Pierre-Paul Léonelli, le président de l’Area, l’agence d’aménagement de la région, dans un courrier que Marsactu a pu consulter. Il y est question de l’arrêt des travaux et d’une suspension de l’attribution des marchés “afin de préserver toutes les options stratégiques envisageables“. La région envisage de “possibles reprises d’étude en vue d’intégrer des évolutions de programme sans remise en cause des gabarits des bâtiments”“Le différé de projet de construction” est repoussé à septembre 2018.

Une indemnisation pour les architectes ?

D’après nos informations, seule la société BEC, filiale du groupe Fayat s’est vue notifier l’attribution d’un marché de gros œuvre. Elle pourrait donc être en droit de demander une indemnité de compensation pour le préjudice subi. L’entreprise n’a pas donné suite à nos sollicitations dans le délai de publication imparti. Quant aux architectes de l’agence TVAA, eux aussi directement concernés par l’abandon du projet, ils ne souhaitent pas commenter cette réorientation en cours. Ils pourraient également demander à être indemnisés. Ou se contenter de concourir pour le nouveau projet de cité scolaire.

Autre partenaire du projet, le logeur social Erilia devait construire l’internat du super-CFA régional en bénéficiant de fonds d’État via la caisse des dépôts. “Nous attendons une réunion à la région, ce jeudi, pour savoir ce qu’il advient du projet”, indique la communication d’Erilia. Une des hypothèses serait de proposer au bailleur de participer à la construction de l’internat de l’établissement scolaire en revoyant légèrement ses plans.

Si elle devait se concrétiser, cette implantation lèverait une belle épine dans le pied des partenaires du projet de cité scolaire internationale. Annoncé plusieurs fois depuis 2013, à commencer par le premier ministre de l’époque Jean-Marc Ayrault, cette cité a pris un tour concret début 2017 mais achoppe toujours sur le lieu de son implantation. L’été dernier, Laure-Agnès Caradec posait comme critère “la proximité avec le futur pôle multimodal du boulevard Capitaine Gèze”. En octobre, le recteur Bernard Beignier pointait ensuite une installation possible sur la vaste emprise des voies de l’ancienne gare du Canet. Une hypothèse alors confirmée par Euromediterranée “parmi d’autres”.

Depuis, le dossier n’avait pas avancé d’un pouce. L’initiative régionale permettrait de lui donner un nouvel allant en plaçant le président de région en pilote d’un projet marseillais dont sa collectivité avait déjà la maîtrise d’ouvrage. D’un montant sensiblement identique au projet de Campus A, la cité scolaire a l’avantage de bénéficier de plusieurs financeurs qui se partageront les frais de construction comme ceux de la gestion du futur équipement.

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