La nouvelle municipalité avance à pas comptés sur l’avenir de Noailles

Actualité
le 24 Oct 2020
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Le Printemps marseillais a fait un acte politique de son premier exercice d'échange avec les habitants. Consacré au devenir de Noailles, quartier encore meurtri depuis les effondrements de deux immeubles le 5 novembre 2018, la réunion s'est tenue dans l'espace du conseil municipal. Un changement de registre qui renvoie beaucoup de réponses à plus tard.

Réunion d'information et d'échange organisée par la Ville de Marseille avec les habitants de Noailles le 23 octobre. Photo Emilio Guzman.

Réunion d'information et d'échange organisée par la Ville de Marseille avec les habitants de Noailles le 23 octobre. Photo Emilio Guzman.

“Nous savons qu’il y a beaucoup d’attente à notre égard”. Sophie Camard, la maire des 1er et 7e arrondissements ne s’y est pas trompée. En ouvrant une première réunion “d’information et d’échanges” avec des habitants de Noailles depuis l’effondrement de deux immeubles de la rue d’Aubagne, elle se dit emplie “d’une certaine émotion”. Cette soirée du 23 octobre est placée sous le sceau du changement d’ère, après celle de Gaudin. La majorité municipale reçoit dans le hall de l’hémicycle Bargemon, d’ordinaire antichambre du conseil municipal et présente le 5 novembre 2018 comme l’une des dates fondatrices de son engagement.

Jusqu’à ce que le Printemps marseillais arrive au pouvoir en juillet, les collectifs d’habitants et les associations ont fustigé une municipalité déconnectée et sans écoute. Même sans ce passif, la pression est forte sur la nouvelle équipe, comme l’avait exprimé la ministre du Logement Emmanuelle Wargon fin juillet : “Il faut des réunions d’information de proximité qui n’ont pour l’instant pas eu lieu”, avait-elle exhorté, à charge pour le préfet d’y veiller. Deux semaines avant les commémorations de la catastrophe, la nouvelle équipe y met donc les formes et affirme vouloir construire un couple entre élus et habitants pour penser l’avenir de Noailles. L’assemblée, limitée à une centaine de personnes pour cause de Covid, réagit avec des signes à la fois satisfaits et impatients.

“Pas de projet qui vient d’en haut”

Mathilde Chaboche, l’adjointe à l’urbanisme reprend le thème de “l’abandon pendant 25 ans” : “Noailles mérite enfin de faire partie de ces 111 quartiers de Marseille et de ne pas être un oublié. Il faut permettre à chaque habitant de vivre bien dans un avenir en commun où toutes les populations bienvenues”, livre-t-elle comme objectif. Une vision de long terme dont cette réunion est “un point de départ pour construire une nouvelle façon de faire un quartier avec les habitants. De produire de la ville avec vous toutes et vous tous.”

Les annonces du soir seront limitées, axées sur le quotidien encore palpable des conséquences de la catastrophe.

Pas question pour l’heure de voir de grands projets d’urbanisme présentés dans l’instant, y compris sur la rue d’Aubagne, dont la précédente majorité voulait racheter dix immeubles. Même si Sophie Camard évoque de remettre sur la table des besoins exprimés lors de la concertation de début 2018, avec notamment une crèche et des équipements pour les enfants, une piétonisation du quartier. “Il n’y a pas de projet qui vient d’en haut. Nous voulons demander votre avis sur la démarche participative qui sera la meilleure”, exprime Théo Challande-Névoret, l’adjoint à la démocratie locale.

Autant dire que les annonces du soir seront limitées, axées sur le quotidien encore palpable des conséquences de la catastrophe. Des intersections de la rue Jean-Roque à la rue Estelle, la rue d’Aubagne est toujours en partie condamnée. Le cheminement ne se fait que sur un petit trottoir cerné d’un grillage du côté des numéros pairs. Des 63 et 65 effondrés jusqu’au 83, le périmètre de sécurité est maintenu. Il sera bientôt réduit assure Patrick Amico l’adjoint au logement. “C’est possible compte tenu de l’ensemble des études. Il y a encore des travaux de confortements de certains immeubles à faire”, dit celui qui veut “rebanaliser la rue d’Aubagne”, au sens de lui rendre un aspect semblable à une autre.

Côté sécurité, l’adjoint Yannick Ohanessian présente lui aussi des mesures très concrètes pour “se réapproprier le quartier”, “une présence humaine indispensable de la police municipale de 8 heures à 19 heures tous les jours et une présence de la police nationale en soirée que nous a assurée le préfet de police.”

Besoin de transparence

Après s’être exprimés pendant 40 minutes, les élus laissent la parole à l’assemblée. Les mains qui se lèvent sont déjà trop nombreuses par rapport au temps imparti d’un peu plus d’une heure. La plupart des intervenants sont des petites propriétaires ou des responsables associatifs. La majorité des premiers font part de problèmes spécifiques à leur immeubles. Les équipes de la mairie notent les coordonnées des personnes quand les élus le demandent, “pour continuer l’échange”. Ils enjoignent à écrire à une boite mail dédiée pour poursuivre les interpellations.

Photo : Emilio Guzman.

Dans l’assistance, beaucoup demandent davantage de transparence, comme pour réaffirmer un objectif posé par les élus dans la première partie de la réunion. Ils déplorent en particulier d’avoir difficilement accès aux expertises et aux annexes de celles-ci faites sur les bâtiments. “Nous verrons ce qui peut être donné, rendu public et ce qui ne peut pas l’être”, dit Patrick Amico. “Votre réponse est de la langue de bois, l’interrompt un propriétaire de la rue d’Aubagne en haussant la voix sans s’être plié à la règle de prise de parole. Je suis désolé, je coupe la parole parce que je suis énervé. C’est une question simple de sécurité et de droit. Elle est revenue dans plusieurs interventions et vous avez à chaque fois botté en touche.” Le sujet n’est pas nouveau. L’accès aux documents pour les personnes concernées figure même dans la charte signée par la précédente municipalité.

À plusieurs reprises des interventions intempestives de la sorte se sont manifestées. Dans la plupart des cas les élus se montrent dans une posture d’écoute, dans de plus rares ca,s ils couvrent de leur parole amplifiée les récalcitrants.

Pas encore de programme pour la commémoration

La nouvelle municipalité est questionnée sur des points – pourtant attendus – qu’elle n’avait pas prévu d’aborder. Des commémorations officielles du 5 novembre, dans moins de quinze jours ? “On est en attente de l’avis de la préfecture. On veut en faire un moment de mémoire et de reconnaissance officielle”, répond Sophie Camard. Un lieu de mémoire sur l’espace laissé vacant après le déblaiement des gravats ? “Madame la maire Michèle Rubirola a rencontré les familles de victimes hier [jeudi, ndlr]. On aimerait inventer ce que doit devenir cet espace avec vous et les familles de victimes”, expose Mathilde Chaboche. Faire une étude de sol pour évaluer les risques de glissement de terrain sur la ville ? “On va le demander dans le cadre de la révision du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI)”, dit avoir déjà prévu l’adjointe à l’urbanisme.

Une certaine impatience est toujours palpable et la majorité expose ses difficultés à composer l’action publique avec les autres acteurs. Première visée, la métropole dont la majorité est détenue par la droite de Martine Vassal. Métropole qui détient les compétences essentielles en terme de logement et d’aménagement. Yannick Ohanéssian reconnaît aussi les limites propres à la “lourde administration” municipale. “Il faut que l’on sorte de nos silos”, exhorte-t-il. Autrement dit travailler en transversale entre les différents domaines.

“On est content d’avoir pu s’exprimer, c’est une nouveauté”, se satisfait Maël Camberlain à la sortie de la réunion. Cet ancien propriétaire occupant voisin des immeubles effondrés a vu son logement détruit dans la précipitation de la mise en sécurité des secours. “Mais en deux ans on a entendu beaucoup de paroles et vu peu de concret. On va voir si la buée va se dégager”, exprime-t-il. Mathilde Chaboche comprend la relative défiance qui persiste. “Trop de douleurs ont été accumulées. Les gens n’ont pas été entendus pendant trop longtemps”, dit-elle. Le retissage de la confiance prendra du temps et sera fortement scruté.

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Commentaires

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  1. Brallaisse Brallaisse

    Ne demandons pas à la nouvelle équipe de tout régler en un journée et de rattraper 25 années d’incurie. Ayons un petit peu de patience, Rubirola attaque ce dossier incroyablement compliqué.
    Espérons que chacun et chacune ne mettent pas la leur, de sorte que ce no man’s land revive.

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  2. JoB JoB

    Une annonce importante a été faite : la création d’un site patrimonial pour un centre ancien, fragile, qu’il faut réhabiliter, pour les habitants et avec eux. Pour la première fois, on peut espérer que le patrimoine urbain marseillais, précieux pour l’histoire et la vie présente soit préservé. Reste à en définir les contours.

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  3. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Entre les particuliers et les assoc. qui ont leur propre temps et les ”décideurs” qui ont les délais impartis par de nombreuses contraintes, que faire?
    De la transparence, de la concertation, des rencontres informelles et formelles.
    Les comités de citoyens, les C.I.Q en tout cas ce que je connais, sont à réactiver ainsi que d’autres structures-interfaces entre les habitants-citoyens-contribuables et les élus.
    Et tout ça dans la durée car tant d’années à se concerter avec les même, provoque ces vagues d’abstention et d’extrême droite.

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  4. Jacques89 Jacques89

    On ne voit pas très bien ce que vient faire la révision du PLUI dans cette affaire si ce n’est botter une nouvelle fois en touche comme le dit l’article. Il ne faudrait pas que les habitants du quartier subissent en plus les effets du conflit politique Mairie/Métropole.
    La rue d’Aubagne est dans une zone urbaine. Si la mairie veut avancer, il faut qu’elle se rende maître du foncier et pour cela il y a des procédures plus rapides qu’une révision du PLUI. Espérons que pour une fois les habitants du secteur seront associés au projet afin de définir des besoins et des solutions qui satisfassent une majorité d’entre eux.

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  5. Kitty Kitty

    Le collectif laisse béton était-il présent à cette réunion ?

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  6. jasmin jasmin

    Voilà, ça commence, c’est en route. Effectivement il faut travailler avec les habitants, et en transversal avec la métropole, et entre les services de la municipalité. Pour le moment ils expriment le souhait, on espère que ça se mette concrètement en route.
    Je m’interroge juste sur un point. Le quartier de Noailles appartient à ses habitants et commerçants, mais il appartient aussi à la ville, voire jusqu’a l’humanité. Les touristes s’y intéressent (quand le COVID va nous laisser en paix). C’est à bien plus petite échelle, la problématique de Paris qui appartient aux Parisiens et au monde entier. Par Noailles j’entends tout son environnement immédiat qui est le centre historique de Marseille. Comment demander l’avis du monde entier, ou du moins des marseillais au delà de Noailles? En principe ça relève du PLUI, la manière dont la ville voit son évolution. Je ne savais pas que le projet de revision du PLUI était en cours. Je suis un peu inquiète de voir cette ville qu’on veut piétonner à tout va, alors que les handicapés moteur n’ont pas le moyen d’y aller, et que l’accessibilité par transport en commun leur est quasiment impossible. J’aimerais qu’on imagine rebâtir ces immeubles en pensant à rester au niveau du sol, à prévoir des ascenseurs, des entrées larges pour passer en fauteuil. Si la municipalité arrive à écouter son service “handicap”, tout serait réfléchi à leur norme, qui est aussi une norme de confort pour les poussettes, les personnes âgées, les personnes accidentées en béquilles, et donc un très grand nombre de gens. Qui y pense? Comment le faire savoir et appliquer? Dans le PLUI, il n’y avait aucune référence au fait de rendre la ville accessible aux handicapés. Dans mes familles pauvres, on garde ses handicapés moteurs enfermés à longueur de temps parce que tout est inaccessible. Dans les familles moins pauvres, on les fait souffrir à se déplacer dans peu d’endroits, tous dangereux et cabossés. Il est temps de les remettre au milieu des citoyens.

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    • BRASILIA8 BRASILIA8

      l’ accessibilité est dans la loi pas dans le PLUI
      dans l’espace public elle est plus ou moins bien appliquée : abaissement des trottoirs, rampes …. là où c’est possible dans les équipements faits à neufs ou rénovés le problèmes c’est qu’à Marseille les véhicules garés sur les emplacements réservés, sur les trottoirs ou simplement gênants la circulation sur les trottoirs ne sont jamais verbalisés
      dans les logements l’obligation a été réduite par le gouvernement a un %
      les différents gouvernements a font des lois “à l’écoute” puis à chacun de les respecter selon son bon vouloir l
      c’est parait-il de la responsabilité de chacun !!!!!!!!!

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