Guy Benarroche (EELV) : « Écologistes avant d’être de droite ou de gauche »

Interview
le 9 Déc 2019
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Conseiller municipal de la majorité divers gauche de La Bouilladisse, le co-secrétaire régional d’Europe-Écologie-Les Verts depuis 2013 décrypte la stratégie de son parti pour les prochaines municipales. Des choix "pragmatiques et radicaux" de cavalier seul, à des alliances que l’on n’attendait pas, Guy Bennaroche assume tout.

L'enjeu

Le parti écologiste compte sur les municipales pour s'imposer comme force politique autonome à l'échelon local.

Le contexte

Dans plusieurs villes du département, EELV a créé la surprise, soit en se lançant sans ses partenaires habituels, comme à Marseille, soit en investissant des candidats extérieurs au parti comme à Aix.

Dans le département la stratégie d’EELV pour les prochaines municipales n’est pas très lisible. Jusqu’alors, le parti privilégiait des alliances traditionnelles avec les partis de gauche qui ont l’air d’avoir vécu…

Cette mutation vient de l’interne du parti lui-même. À la fin de la mandature Hollande, un questionnement est apparu. Fallait-il continuer cette stratégie traditionnelle d’alliance ou bien être dans une affirmation politique qui mette en avant un nouveau modèle de société ? Par le passé nous avons été taxés d’être à la fois sectaires et opportunistes. Bien sûr, on a parfois prêté le flanc aux critiques : je pense à [Jean-Vincent] Placé, mais pas seulement… Cette fois, nous choisissons d’être pragmatiques et radicaux.

Comment ?

Il faut qu’on exerce des fonctions, donc il faut qu’on se fasse élire seuls. Les gens sont de plus en plus sensibles aux questions environnementales. Il y a 20 ans, on passait pour des rigolos ; aujourd’hui ils vivent les conséquences des problématiques écologiques au quotidien. On doit donc porter clairement le fait qu’on est écologistes avant d’être de droite ou de gauche.

 

D’où votre décision de partir seuls à Marseille, par exemple ?

Oui. D’abord, je tiens à préciser que nos choix sont pris par les adhérents en totale transparence…

 

Des cartes d’adhésion sont tout de même venues opportunément grossir vos rangs quelques mois avant octobre dernier, quand votre assemblée générale a fait ce choix, non ?

(Il s’agace) Une trentaine de nouveaux adhérents, effectivement. Dont une dizaine sont des proches de personnes déjà adhérentes. Mais sur un vote de 73 personnes ça n’a rien d’exceptionnel. Je ne peux pas vous laisser dire qu’il s’agit de votes de complaisance. Le résultat [80% pour la motion de Sébastien Barles, ndlr] ne souffre pas de la contestation.

Vous assumez pleinement ce choix d’une liste autonome ?

Absolument. J’ai moi-même participé, de mai à juillet aux réunions avec les autres formations pour l’union de la gauche (le Mouvement sans précédent, devenu depuis le Printemps marseillais). Mais on voyait bien que cela ne fonctionnait pas, que cela ne constituait pas la meilleure solution pour empêcher Vassal ou la République en Marche (LREM) de gagner la mairie.

Pourquoi ?

D’abord, dans ces réunions, l’accent n’est pas suffisamment mis sur les problématiques environnementales et climatiques. Ensuite, il y a des difficultés de positionnements au sein du Printemps marseillais : [Benoît] Payan, il y va ou pas ? Avec le PS ou sans ? Et la France insoumise, ils y restent ou s’en vont ? Ils font la campagne d’il y a 20 ans… Cela donne l’impression qu’on cherche à allumer une fusée énorme avec un moteur de 2CV !

Alors, nous préférons une liste autonome au premier tour. Quand on met un logo EELV, on gagne des électeurs ; mais lorsqu’on appose un logo PS, LREM ou union de la gauche… on en perd. L’objectif est qu’ils nous rejoignent : il est évident qu’on fusionnera avec le « Printemps » au second tour.

Encore faut-il pouvoir se maintenir…

 C’est le but. Notre ambition est d’être troisièmes, avec 14 ou 15%.

Faire du premier tour une sorte de primaire à gauche, n’est-ce pas un pari suicidaire ?

On joue la deuxième place dans certains secteurs comme le premier secteur  (1/7) ou le deuxième (2/3). Là, on peut l’emporter. C’est clairement notre objectif. En revanche, dans le septième secteur (13/14) ou dans le sixième (11/12), si l’on est troisième et que le risque Rassemblement national (RN) est grand, nous ne nous maintiendrons pas. Il ne s’agit pas de s’entêter pour gagner trois élus, il faut être responsables ! Nous ne voulons pas faire de la « vieille politique ».

Comment vous démarquez-vous de ces « vieilles pratiques », alors ? En accueillant Sarah Soihili, ex-PS, ex-France Insoumise, ex-Générations…

Elle est venue, on a écouté ce qu’elle avait à nous dire. Elle pense qu’elle peut être une bonne candidate dans un secteur marseillais de centre-ville (le troisième qui rassemble les 4e et 5e arrondissements). Elle est en contact avec l’équipe de campagne, moi je ne m’occupe pas des négociations.

Elle est apte à porter un projet écologiste ?

Je ne sais pas.

 

Avec qui d’autre que le « Printemps » discutez-vous pour le second tour ? Samia Ghali ? LREM ? 

Si vous me demandez si Samia Ghali c’est de la « vieille politique », je vous réponds oui ! Je ne sais pas ce qu’elle va faire au premier tour. Alors pour ce qui est du second… On ne s’alliera pas non plus à LREM d’emblée. Je vous rappelle qu’au niveau national, le seul parti avec lequel EELV refuse une alliance de premier tour, hormis le RN bien sûr, c’est le parti présidentiel. Mais si ses élus locaux veulent nous soutenir au second, on ne dira pas non… 

C’est quand même un peu faux-cul, non ?

(Il rit) Un peu ! Mais ça dépend de qui on veut faire batte ! Si c’est le RN ou Martine Vassal… aucun problème.

Et la France Insoumise ?

Nous discutons avec des gens qui chacun représente des parties de la FI. Sophie Camard et Mohammed Bensaada en font partie.

Ils pourraient vous rejoindre ?

(Il sourit) Sur la base de ce que je vous disais : s’ils nous rejoignent ils auront toute leur place au même titre que les autres.

Que pensez-vous de la candidature de Christophe Madrolle sous la bannière Les écologistes soutenus par l’Union des démocrates et des écologistes (UDE) ?

Il fait une liste, vous croyez ? (Il rit) Franchement, ça me fait rire. Aucun parti ne le soutiendra. Il va faire 0,3%…

Vous expliquez que pour glaner un maximum d’électeurs dans chaque commune, il vous faut bâtir un projet écologiste et trouver une tête de liste cohérente pour le porter. Est-ce le cas, par exemple, de Dominique Sassoon suppléant de la députée de la majorité présidentielle Anne-Laurence Petel, choisi par EELV à Aix ?

Il n’est pas LREM.

Votre réponse est une pirouette. Dominique Sassoon portait un projet « En Marche » pour les municipales à Aix qui n’a pas été retenu par la commission d’investiture. Il a démissionné juste avant d’être exclu de LREM. Alors, il s’est réveillé un beau matin et il a vu une lumière verte… 

(Il rit). Non, je ne crois pas. Il fait partie de ceux qui ont cru à Macron et qui, au bout d’un an et demi, ont vu qu’il ne faisait pas de la politique autrement. Dominique s’est rapproché de nous. Là encore, les militants aixois ont jugé que c’était la meilleure tête de liste pour nous à Aix.

Dominique Sassoon n’a jamais montré un intérêt marqué pour les questions écologiques, ça ne vous pose pas de problème ?

Il n’est pas reconnu comme un militant identifié, c’est vrai. Je ne dis pas qu’il est l’alpha et l’oméga de l’écologie aixoise. Mais tous seuls nous n’avions pas les moyens en militants de mener une campagne positive à Aix. C’est une ville que nous avons peu de chances de gagner.

Vous ne croyez pas que Dominique Sassoon (par ailleurs très proche de Corinne Versini, ex-référente départementale LREM) se sert d’EELV pour assouvir une vengeance à l’égard d’Anne-Laurence Petel ? Vous dites ne pas faire de « vieille politique », mais là ça sent un peu la magouille, non ?  

Vous, vous pensez cela. Et moi, je pense que non.

À Istres aussi la tête de liste EELV est une surprise : il s’agit de Michel Caillat, ancien socialiste, qui a été maire de la ville de 2002 à 2006. Est-il écolo ?

(Il soupire) Bon… Il n’est peut-être pas écolo au titre où on l’entend : mais il y a 20 ans quand on se battait contre l’incinérateur à Fos, il était là ! Là encore, on a fait le tour de nos militants, de nos partenaires. Et on n’avait pas forcément la capacité de monter une liste. Pierre Cazeel (figure locale du combat écologiste) était partant, mais pas pour prendre la tête de liste.

Et puis, à Istres, la situation est compliquée. Certaines personnes subissent des pressions depuis des années ; elles ont peur des représailles de Bernardini [maire sortant qui se représente, lire notre article ndlr]. Enfin, Michel Caillat est adhérent EELV depuis fin 2018 ou début 2019. Peut-être avait-il une idée derrière la tête… Cette liste, avec lui et les gens qu’il amène, je ne sais pas si elle sera écologiste ; en tout cas la politique qu’on mènera, oui, elle le sera.

À Aubagne, Denis Grandjean (EELV) part également avec une liste autonome, au risque de générer une crise avec ses partenaires habituels.

La rupture vient du fait que le collectif dans lequel nous nous inscrivions  – Aubagne La Commune – a soudain choisi de désigner une tête de liste [Magali Giovannangelli, ndlr], alors que rien n’était acté. On a demandé ni l’avis des militants, ni des citoyens… Ce jour-là Denis a décidé de quitter les discussions, je lui fais confiance. Depuis, il crée une autre dynamique.

Votre stratégie pour les municipales désoriente une partie de vos électeurs, êtes-vous sûr de son efficacité ?

Oui, je le crois. Notre objectif, c’est d’avoir des élus. À Marseille, à Aix ou ailleurs. Nous voulons exercer des responsabilités ; faire comprendre que l’écologie doit peser, qu’elle doit permettre d’élaborer des projets de vie, des projets de villes différents. Et pour cela, il faut que l’on soit majoritaire… dans les majorités.

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Commentaires

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  1. stephane rio stephane rio

    Quel entretien affligeant. EELV sombre dans le pire discours politicard… Ce Monsieur parle de « nouvelle politique  » mais il reprend toutes les ficelles dépassées : « langue de bois  » pour tout justifier, aucune réflexion sur le fond mais seulement des considérations stratégiques… Bien triste et honteux !

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    • Opiniatre Opiniatre

      Hélas d’accord. De la politique à l’ancienne, le seul intérêt est celui de la « boutique » EELV, avec des votes « démocratiques » (70 votants pour décider de couler le Preintemps marseillais). Coincé sur le second tour (on s’allie avec ce qu’on peut), et aucun projet pour gouverner ce territoire. Quant aux projections électorales, ce n’est plus le melon, c’est la pastèque. Ils seront « punis » par leur maigre score, mais cela sera surtout les marseillais qui s’offriront 6 ans de Vassal avec le bilan écologique qui va avec. Petites personnes.

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  2. Lionel Bérenger Lionel Bérenger

    C’est hyper inquiétant. Ils sont en train de foncer dans le mur sans s’en rendre compte et d’offrir la mairie sur un plateau à Vassal. Terrible.

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    • Mathieu Trigon Mathieu Trigon

      « Terrible », sauf si c’est le but de la manœuvre…

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  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Si j’en crois le « chapeau » de l’article, ce Monsieur « décrypte la stratégie de son parti ». Le verbe « décrypter » est peut-être employé à mauvais escient ici : après avoir lu l’interview, c’est encore moins clair qu’avant. D’ailleurs, le mot « stratégie » aussi est abusif : nulle stratégie, uniquement de l’opportunisme dissimulé derrière un prétendu « pragmatisme ». C’est d’ailleurs très bien résumé dans cette inoubliable réponse : « Je ne sais pas. »

    Quant à considérer que l’arrivée « d’une trentaine de nouveaux adhérents, dont une dizaine sont des proches de personnes déjà adhérentes, sur un vote de 73 personnes ça n’a rien d’exceptionnel », que dire ? Ca ne fait en effet que 40 % des votants, c’est rien, ça se voit à peine…

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  4. Manipulite Manipulite

    Cet entretien donne une idée du néant dans lequel est tombé EELV.
    Heureusement qu’au dernier congrès national ce ne sont pas seulement les 73 dont 30 nouvellement encartés dans les BdR qui ont voté. L’ancrage à gauche de EELV a été confirmé.
    Que feront la famille Barles et les apparentés et divers alimentaires dans ce contexte ?

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  5. Happy Happy

    Si j’essaie de résumer : EELV se croit assez fort pour décider de présenter partout des listes, mais se révèle trop faible pour promouvoir des militants comme têtes de liste. Résultat : ils recyclent des seconds couteaux d’autres partis, sans être trop exigeants sur les convictions écologistes. Pour rester bienveillant avec les militants, on va dire que c’est une étape dans une crise de croissance ?

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  6. toine toine

    La photo de l’article illustre assez bien le malaise. Ils regardent tous dans une direction opposée…
    Il va falloir faire un bloc d’opposition solide si on ne veut pas se retrouver avec Vassal et un 5ème mandat des bébés Gaudin! Et le moins qu’on puisse dire c’est que Vassal a un boulevard devant elle!

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      Un boulevard très embouteillé quand même, avec aucune garantie d’emporter la moitié des secteurs : le 15/16 tenu par Ghali, le 2/3 tenu par Narducci/Guerini, le 4/5 tenu par Gilles, le 13/14 tenu par Ravier et revendiqué par les amis de Guerini qui y annoncent leur candidature, sans compter le 6/8 qu’En Marche pourrait gagner. Non, elle a du souci à se faire et devrait regarder ce qui se trame du côté du Sénat avec les 3G…

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  7. Mathieu Trigon Mathieu Trigon

    Quand on s’intéresse un peu à la politique on sait vite que les gens se déclarant ni de droite ni de gauche sont en général … de droite.

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  8. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    « Notre ambition est d’être troisièmes, avec 14 ou 15% ». Tout est dit…

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Curieusement, dans ces analyses politiques d’une rare profondeur, le regard fixé sur ce qu’a dit le dernier sondage, tout le monde – à droite, à gauche et ailleurs – fait l’impasse sur un petit détail : à Marseille, il y a huit élections municipales distinctes. Dire « notre ambition est d’obtenir 15 % » n’a donc aucun sens.

      Si ce résultat est obtenu, *en moyenne*, grâce à un très bon score dans trois secteurs mais une élimination dans les cinq autres (nombre de voix inférieur à 10 % des suffrages exprimés) par exemple, on peut certainement satisfaire cette ambition sans pouvoir peser sur le « troisième tour », celui qui désigne le maire.

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    • julijo julijo

      oui, c’est impressionnant l’ignorance de la loi électorale PLM qui s’applique à Marseille depuis déjà fort longtemps….
      ces gens là prétendent être en capacité de gérer une ville, mais n’arrivent pas à intégrer ce système électoral !!!! ça augure de tristes résultats.
      (et ce ne sont pas les seuls)

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  9. ALIBI ALIBI

    Quand on n’a pas de parties
    on n’a pas d’idées non plus
    ni de gauche, ni de droite
    affligeant est un mot qui définit bien
    cet entretien
    être élu pour seul objectif

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  10. ALIBI ALIBI

    les deux mains posées sur les épaules de deux femmes
    beurk, ça sent le vieux papa-ternaliste
    3 femmes pour 12 hommes sur la photo
    va falloir vous mettre à la parité avant de vous intéresser à l’écologie

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  11. ALIBI ALIBI

    11 pardon
    3/11 : peut mieux faire

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  12. patrick patrick

    Il y a 20 ans, on passait pour des rigolos…

    mais maintenant aussi.

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    • leravidemilo leravidemilo

      « Il y a 20 ans, on nous prenez pour des petits rigolos; Aujourd’hui, on veut être reconnus comme des des grands comiques. Et j’ m’y emploi, par la présente. »

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  13. patrick patrick

    eelv et bien d’autres comiques du ps ont coulé les espoirs d’une liste d’union, ils seront laminés et c’est tant mieux.

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  14. ALAIN B ALAIN B

    Ce n’est pas parce qu’ils se désignent comme écolo qu’ils le sont, le mot écolo n’est autre que du marketing
    Ils comptent sur les médias

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  15. camille camille

    J’aime bien le titre qui résume quand même le fond politique à intégrer : « Écologistes avant d’être de droite ou de gauche »

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    • chouze chouze

      Exactement ca. Donc ils sont capables ,de fusionner leurs listes au plus offrant , en places supposées éligibles. Quand aux nouveaux adhérents ,comme d hab ,ce ne sont pas des adhérents de complaisance , bien sur.

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  16. soleil marseillais soleil marseillais

    « Je ne sais pas » … si ! c’est affligeant de « bêtise politicarde » méprisant pour la démocratie citoyenne dont on se prétend être le porteur … désespérant de voir tous ceux qui en ce moment historique pour Marseille offre de fait un marche pied à M Vassal !!

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