Malgré les affaires, François Bernardini part en campagne avec un large éventail de soutiens

Actualité
le 3 Déc 2019
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Candidat à sa réélection, le maire d'Istres a lancé sa campagne avec l'appui des communistes, d'une parlementaire LREM et d'élus UDI ou encore LR. Une emprise sur la quasi totalité de l'échiquier politique que l'enquête pour association de malfaiteurs qui le vise n'ébranle pas.

L'enjeu

Le maire d'Istres, François Bernardini se lance dans sa quatrième campagne municipale. Il reçoit le soutien d'un large pan du spectre politique local.

Le contexte

François Bernardini est visé par une enquête du parquet national financier (PNF), notamment pour association de malfaiteurs. Le PNF s'intéresse notamment à ses liens avec des entrepreneurs locaux.

“Nous sommes Istres”. Plus d’étiquette pour François Bernardini. Ancien premier secrétaire fédéral d’un Parti socialiste qu’il a quitté, il est désormais sa ville. C’est du moins le sens de son discours.

Ce samedi 30 novembre, il se lance dans sa quatrième campagne pour la mairie d’Istres. À ses côtés, les élus locaux se pressent pour l’applaudir. Ils dessinent un spectre politique extrêmement large, fidèle à la majorité municipale en place depuis 2014. Le Parti communiste est là en nombre, du maire de Martigues Gaby Charroux au député Pierre Dharréville en passant par le représentant local Michel Colson, adjoint au maire sortant.

Pas loin de lui, il retrouve son homologue Alain Aragneau. Il est adhérent du parti Les Républicains comme Martial Alvarez, le maire de Port-Saint-Louis-du-Rhône. Vincent Lemassu, ancienne tête de liste du Front de gauche côtoie Olivier Mayor, chef de file de l’UDI et du mouvement radical et adjoint au maire depuis 2014. Dans cette brochette amassée sur l’estrade puis au micro, Eric Brassart, compagnon et directeur de campagne de la députée LREM Monica Michel, apporte lui aussi son soutien.

Retenue par sa propre campagne à Arles, Monica Michel confirme à Marsactu : “Il a été le premier maire à me soutenir pour les législatives, nous avons bien travaillé ensemble, c’est pour cela que je le soutiens”. Son opposant à l’Assemblée nationale Pierre Dharréville souligne de son côté sa “complicité” avec le maire sortant : “Nous avons mené ensemble le combat pour l’étang de Berre, le pôle aéronautique mais surtout le grand combat pour le maintien du centre AFPA.”

Le spectre du parquet financier

Aucun de ces deux parlementaires dont les circonscriptions se partagent la ville n’osera se démarquer d’un maire jugé trop puissant. Pourtant, plane sur la candidature Bernardini le spectre du parquet national financier qui est entré dans la phase finale de ses investigations sur la gestion municipale. L’intéressé n’a fait qu’allusion dans son discours à l’intérêt que lui portent les magistrats. “PNF, PNF, PNF, ils n’ont que ces mots-là à la bouche”, a-t-il expliqué pour balayer la crédibilité d’une liste RN. En conseil municipal, la tête de liste du RN Rose Criado avait demandé sa démission sur la foi des avancées de l’enquête.

Reste que depuis trois ans, l’élu, déjà condamné en 2002 à dix-huit mois de prison avec sursis, 400 000 francs d’amende et cinq ans d’inéligibilité pour abus de confiance, est à nouveau dans le collimateur de la justice. S’il n’a pas encore été entendu par les magistrats, il est visé au premier chef par l’enquête ouverte pour association de malfaiteurs en vue de commettre les délits de prise illégale d’intérêts, de trafic d’influence par une personne chargée d’une mission de service public, de complicité et recel de ces délits”.

Comme Marsactu l’a révélé, un appartement lui appartenant a même été saisi dans le cadre de cette procédure. Mais cette information n’a pas bousculé les soutiens hétéroclites du maire. “S’il y a des affaires, la justice s’en occupera”, balaie à sa descente de l’estrade Gaby Charroux avant de filer bien vite. “Si c’est jugé, on verra bien. Pour le moment, pas de commentaires”, répond en écho Olivier Mayor. La première adjointe qui a “hésité” à repartir Nicole Joulia n’est pas beaucoup plus diserte mais semble prendre de la distance : “Personne ne sait ce qui va se passer mais pour l’instant, il n’y a pas grand chose et on ne sait pas grand chose”, explique-t-elle. Celle qui a volontiers mis en avant l’éthique en politique, décorée de la Légion d’honneur par l’ancienne juge d’instruction devenue députée Laurence Vichnievsky, refuse tout de même de se porter “garante de quoi que ce soit. On ne peut préjuger de rien. Je mène mes délégations [culture, politique de la ville et citoyenneté, ndlr] avec des principes éthiques et de responsabilité”.

“Il picore partout pour neutraliser ses opposants”

Cette joyeuse unanimité et cette pudeur quant aux démêlés judiciaires du maire agacent au plus haut point ceux qui ont choisi de ne pas en être. Robin Prétot est de ceux-là. Le conseiller municipal (LR) s’est lancé fin août mais attend toujours l’investiture de son parti. “On est habitué à ce scénario, il picore partout pour neutraliser les opposants, explique-t-il. Si les gens veulent le soutenir avec toutes ces affaires, c’est à voir avec leur éthique. Si cela débouche sur des choses graves, ils verront cela avec leur conscience.”

Robin Prétot, qui travaille auprès des élus au conseil régional, a reçu le soutien du président Renaud Muselier. Mais les autres se font attendre. “Est-ce que vous croyez qu’on serait repartis si on n’avait pas le feu vert de notre parti politique, par Bruno Gilles et surtout par Martine Vassal ?, explique Alain Aragneau, LR et colistier de Bernardini. Maintenant, l’investiture, je peux pas vous dire ce que ça donnera mais on a le blanc-seing.”

Depuis 2016 et la création de la nouvelle intercommunalité, François Bernardini s’est positionné en soutien de Jean-Claude Gaudin puis de Martine Vassal. On le compte parmi les habitués des rendez-vous de l’association des Amis de Martine Vassal ou encore dans la liste des signataires d’une tribune qui appelle à son élection à la mairie de Marseille. Un proche souligne que la candidate à sa réélection à la tête de la métropole “aura besoin de toutes les voix dont celles d’Istres où Bernardini devrait être réélu”.

Dans les autres partis aussi, on note les tentatives du baron Bernardini pour diviser. Auprès de la République en marche, il a demandé un soutien qu’il n’a pas obtenu. “Monica Michel s’est exprimée en son nom propre et le parti lui a demandé de modérer son soutien”, assure Thierry Blanc, directeur du service des sports de la Ville et candidat local. “L’adjoint à l’environnement Yves Garcia est allé voir Europe écologie-les Verts pour essayer d’obtenir l’investiture”, assure de son côté Michel Caillat. L’ancien maire, fâché avec François Bernardini, a finalement endossé l’étiquette verte pour mettre au centre du jeu “les enjeux écologiques et éthiques”.

“Des choix de carrières”

“Sur Istres, on ne fait jamais de politique, on va suivre le maire. Les gens s’engagent pour des intérêts personnels”, commente le conseiller municipal Lionel Jarema, désigné premier des socialistes en vue des prochaines élections mais qui n’a toujours pas fait part de son choix en vue du prochain scrutin. Robin Prétot avance la même explication : “ce sont des choix de carrière parce qu’il y a des postes à prendre.” La chambre régionale des comptes puis le parquet national financier apportent un exemple qui vient étayer cette thèse. Ainsi Philippe Colonna, ancien opposant socialiste, n’est plus apparu sur la scène politique après avoir connu une promotion express au sein des services municipaux, les enquêteurs s’intéressant même à la réalité du poste occupé par celui qui organise le salon des vins de Marseille (lire notre article sur le président du salon des vins). Les intéressés balayent évidemment l’argument.

“Ce sont des gens dont la diversité va s’ajouter avec un seul objectif : Istres ! [Le conseiller municipal Marc] Einaudi du PCF est à l’aise pour travailler avec un Aragneau et même un Mayor”, vante François Bernardini. “C’est une liste d’intérêt communal comme je crois cela va se développer car les gens ont perdu confiance dans les partis politiques”, complète Nicole Joulia qui voit dans ses colistiers “des gens sains, qui sont là pour les autres et pas pour eux”. “Ça marche parfaitement, assure Alain Aragneau (LR). Dès qu’il s’agit de la ville, on abandonne nos marques même si nous retrouvons toutes nos prérogatives dans les autres élections. Et je peux attester que dans mes délégations, le maire accepte tout ce que je lui propose”.

Fort de ses soutiens et apparemment sûr de son fait, François Bernardini toise ses contradicteurs. “Je suis le programme de mes opposants, c’est assez flatteur”, raille le maire sortant. Pour les renvoyer à une forme d’irresponsabilité, lui et ses colistiers assurent que le Rassemblement national pourrait l’emporter. “Je sens une volonté forte du RN de gagner sur la commune. Ma responsabilité politique, c’est qu’il ne gagne pas”, porte Olivier Mayor (MR-UDI) dont les relations avec le maire sont pourtant parfois tendues.

En face, Robin Prétot ne minimise pas ce risque et souhaite “un grand rassemblement républicain face au système actuel” pour contrer cette possibilité. Mais, en cas d’échec, il l’assure : “Pour moi Bernardini et le Rassemblement national, c’est la peste et le choléra. Je n’irais jamais jusqu’à fusionner avec eux ou à appeler à voter pour l’un ou pour l’autre”.

Actualisation le 4/12 : François Bernardini a été condamné pour abus de confiance en 2002 et non pour détournement de fonds publics.

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Commentaires

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  1. Blaah Blaah

    Il est plus rigolo au cinéma qu’en vrai, Jabba le Hutt.

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  2. Dark Vador Dark Vador

    “« Des gens sains, qui sont là pour les autres et pas pour eux »”… On croit avoir mal lu, non, on a bien lu… Bernardini Adoubé par Gilles et Vassal, évidemment… Que le PNF fasse vite son boulot et qu’on en finisse avec cette plaie.

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  3. patrick patrick

    à vomir le balkany du 13

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      Je like (en l’absence de pouce levé sur l’interface de commentaires de Marsactu)

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  4. Manipulite Manipulite

    Vomitif.
    Tout est là : au-delà de l’individu, le reste des ferments politiques des BdR est présent : clientélisme, affaires, chantages,compromissions et porosité entre partis politiques et notables locaux.
    Et pour faire perdre la raison à toute personne honnête : le choix macronien qui se généralise dans la vie politique : vous avez le choix entre un pourri et un FN.
    Le reste c’est de la figuration.
    Et la justice qui tarde…

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      Bien résumé. Malheureusement…

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  5. Brallaisse Brallaisse

    BERNARDINI est un personnage douteux cela ne fait aucun doute ,et même plus que cela encore. Les jugements en font état , la presse aussi . Et pourtant , il est élu et réélu sans problèmes. Nous avons quand même un drôle d’électorat dans cette région et je me dis finalement que cette fameuse réflexion :” nous avons les élus que nous méritons”, n’est pas tout à fait dénuée de sens.

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      Absolument. Le peuple a les élus qu’il mérite : Ces derniers n’ont fait que s’adapter à la demande de citoyens peu regardants pour se faire élire, et réélire. C’est vrai ici, ailleurs, et pour toutes les époques…

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  6. jemamo13 jemamo13

    Bravo pour cet article qui remet bien en relief la situation. Notamment le rôle sans scrupule joué par Lemassu, ce spécialiste de l’abandon des électeurs de gauche.

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  7. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Ils ont le teint frais et le regard assuré, celles et ceux qui “expliquent” que “si c’est vrai, on verra” : il faut avoir la mémoire vraiment défaillante et le courage politique bien atrophié pour ne plus se souvenir que l’individu qu’ils soutiennent, sans même se boucher le nez, a déjà été condamné, et pas légèrement.

    C’est précisément ce comportement de caste qui aboutit au fait que “les gens ont perdu confiance dans les partis politiques”, comme le remarque ingénument l’une des supportrices du repris de justice istréen. Et, accessoirement, donne du crédit à l’extrême-droite – alors que les pratiques de celle-ci sont on ne peut plus éloignées de son discours.

    En tout cas, on félicite Mme Vassal de s’acoquiner avec de telles personnalités. Mais au moins peut-on en tirer une conclusion claire en ce qui la concerne : pour se faire élire, qu’importe la morale, la fin justifie les moyens.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Vassal n’est ni plus ni moins que dans son milieu quotidien. Donc pas de surprises sur ses fréquentations douteuses. Et puis à la lecture de la litanie des exploits de la ville de Marseille , du département et de la métropole quoi de surprenant ? . Les méthodes et les objectifs sont les mêmes qu’à Istres.

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  8. Malaguena/Jeannine Malaguena/Jeannine

    quelle bouillasse là aussi c’est impensable un communiste qui s’allie avec ce mec, écœurant ces politiciens

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  9. petitvelo petitvelo

    Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es.

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  10. toine toine

    A Marseille, avec la clique et les magouilles de Gaudin et ses bébés, on est déjà un à un stade avancé de la médiocrité mais alors à Istres avec le Bernardini & ses sbires, je crois qu’ils arrivent à faire pire… Pauvre d’eux!

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  11. dpdp13 dpdp13

    Istres, c’est notre Levallois-Perret que il est rien qu’à nous. Les ceusses qui nous critiquent sont que des jaloux, parce que les élus pourris pour qui ils votent sont moins pourris que les nôtres. Na !

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