Le gouvernement veut héberger 1175 migrants de Calais dans la région

Décryptage
le 14 Sep 2016
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Un nouveau plan national vise à vider la jungle de Calais en répartissant ses habitants à travers la France. Dans la région, 949 nouveaux migrants pourraient ainsi être accueillis à titre temporaire d'ici à la fin de l'année. Si la capacité d'hébergement semble pouvoir être atteignable, la mesure risque d'entraîner une levée de boucliers des élus locaux.

Entrée du CAO de la Croix-rouge dans le 14e arrondissement de Marseille

Entrée du CAO de la Croix-rouge dans le 14e arrondissement de Marseille

Pour mettre fin à la « jungle » qui n’en finit pas de s’enliser à Calais, l’État a décidé de disperser ses occupants, migrants sans-papiers aux rêves de Grande-Bretagne éprouvés, dans toutes les régions de France. Une nouvelle tentative après d’autres plus répressives, notamment l’une baptisée Air sans-pap’ par ses détracteurs. Les chiffres prospectifs du ministère, révélés par Le Figaro, prévoient d’accueillir au total 1175 personnes en Provence-Alpes-Côte d’Azur d’ici à la fin de l’année 2016. L’État compte créer 12 000 places d’accueil sur la totalité du pays dans ce délai. Pour chaque territoire, la répartition a été calculée en fonction de critères démographiques pondérés « par les efforts faits par chaque région ». Sur une région qui compte 5 millions d’habitants, ces 1175 personnes représenteront 0,02% de la population.

« Des micro-jungles de Calais », prédit Christian Estrosi dans une lettre envoyée au Premier ministre qu’il a largement relayé sur les réseaux sociaux. Dans le langage administratif, on parle de « centres d’accueil et d’orientation » (CAO). Un temps nommés « centre de répit », ces dispositifs d’hébergement transitoires sont destinés à informer les migrants sur les possibilités qui s’offrent à eux de rester sur le territoire français ou européen (la demande d’asile principalement), afin de les dissuader de s’enferrer à Calais dans le but de rejoindre l’Angleterre. Des structures que les lecteurs de Marsactu connaissent bien, puisque nous évoquions celle d’Istres en mars et celle du quartier de la Croix-Rouge (14e) en avril. 226 places en CAO existent actuellement dans la région, ramenant donc à 949 le nombre de chambres à créer dans les mois prochains.

« Il y a suffisamment de locaux disponibles »

Un chiffre qui ne semble pas irréaliste pour Sylvain Rastoin, directeur de l’association Sara, qui gère notamment le CAO installé à la Croix-Rouge. « Je suis persuadé qu’il y a suffisamment de locaux disponibles, on parle d’accueillir temporairement, pas de fournir un logement », assure-t-il. La durée de prise en charge préconisée dans un CAO est de 3 à 4 mois, un chiffre qui se vérifie dans la réalité selon lui. Ce délai doit permettre de retrouver des forces et d’entamer les démarches nécessaires à l’obtention de l’asile qui débouchent ensuite sur un hébergement plus pérenne.

Le centre installé dans les quartiers Nord accueille depuis avril en moyenne 20 personnes en continu. « Tous les quinze jours il y a trois ou quatre nouvelles personnes qui arrivent », précise Sylvain Rastoin. L’État a demandé à la structure d’augmenter ses capacités d’accueil en passant à 50 places, un objectif qui devrait être atteint progressivement en installant des petits groupes de personnes « dans le diffus ». Mais dépasser ce nombre d’accueillis serait pour le travailleur social prendre le risque de voir « se recréer un petit campement » alors qu’aujourd’hui « tout se passe très tranquillement, les voisins doivent penser qu’on a fermé ! ». 

Sans l’accord des élus locaux ?

Or, toujours selon le document rendu public par Le Figaro, les centres à venir pourraient être appelés à grandir en terme de capacité d’accueil, avec des objectifs de 100 à 300 personnes hébergées. Outre la difficulté de trouver des immeubles entièrement vides, se pose forcément la question de la réaction des riverains et des communes. D’après le même document, il est indiqué aux préfets qu’une liste des places mobilisables « devra être remontée sans que soit au préalable recherché l’accord avec des élus locaux ». Le plan, qui vise à agir dans l’urgence, a tout pour alimenter les polémiques alors que la campagne présidentielle approche.

« Depuis plusieurs jours, on interroge (les élus locaux) sur leurs capacités d’accueil temporaire de migrants en transit. Ce caractère temporaire, on l’avait promis aussi aux élus et habitants de Calais. Sur quel fondement le gouvernement entend-il garantir ce caractère temporaire? Avec quels moyens aux côtés de nos communes ? », invective ainsi Christian Estrosi dans sa lettre au premier ministre.

Des propos à tempérer toutefois : le centre d’accueil d’Istres a pu fermer ses portes au début de l’été après un semestre d’activité. Le gouvernement se veut quant à lui optimiste. « Cette politique fonctionne puisque 80% des personnes accueillies demandent l’asile », a assuré récemment la ministre du logement Emmanuelle Cosse, citée par l’Obs. À l’exception d’une personne qui souhaitait rentrer dans son pays, toutes les 20 personnes arrivées en avril au CAO marseillais ont pu déposer leur demande d’asile en France et rejoindre le parcours administratif classique, tout de même plus sûr que les chemins boueux de la jungle.

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