Air Sans Pap'

Dispersion ou mise à l’abri, les migrants de Calais ballotés jusqu’à Marseille

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le 2 Nov 2015
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En une semaine, plus de soixante-dix sans-papiers arrivés de Calais ont traversé la France en avion pour rejoindre le centre de rétention du Canet. Et en repartir aussi sec.

La Provence attire décidément les Calaisiens. Juste avant que les autorités n’accueillent à bras ouverts quarante migrants à Istres, quarante autres sont arrivés lundi dernier par avion vers un lieu de villégiature un peu moins chaleureux : le centre de rétention du Canet (14e). Et pour un séjour express : tous ont été libérés avant samedi. Afghans, Syriens, Érythréens, Irakiens, Soudanais ou encore Ukrainiens, ils ont tous été des passagers contre leur gré du nouveau système de dispersion de migrants mis en place par la préfecture du Nord-Pas-de-Calais, surnommé par nos confrères de Streetpress “Air Sans Pap“.

Huit de ces voyageurs contraints comparaissaient vendredi matin devant le juge des libertés dans une séance marathon aux airs de grand procès. La petite annexe du tribunal de grande instance accolée au centre de rétention était presque pleine, vu sa petite contenance. Une vingtaine de militants et sympathisants de la cause des migrants avait fait le déplacement, ainsi que cinq avocats, présents malgré la grève de leur profession. Mêmes les effectifs de policiers ont été augmentés pour faire face à cette situation exceptionnelle.

Procédures annulées à tour de bras

Premier à comparaître, un jeune Iranien kurde et première absurdité de la matinée. L’interprète kurde présente ne parle pas le dialecte du retenu. Devant l’impossibilité de trouver un traducteur adéquat dans les 24 heures, il est libéré. En effet, la procédure est précise : toute personne placée en rétention l’est pour cinq jours, au terme desquels le juge des libertés peut prolonger ou non cette durée. En l’absence d’une audience en bonne et due forme dans ces délais, nulle prolongation ne peut être requise. Et pour les passagers d’Airsanspap’, cette période touchait à sa fin samedi.

Sept autres suivent. Plusieurs ont été arrêtés en tentant de passer par Eurotunnel, un autre dans un bus Eurolines… Pour eux, la chaîne juridique de leur arrestation à leur placement en rétention entraîne la nullité de la procédure. Au final, six sans-papiers sont dans le même cas. Pour deux autres, le juge estime ne pas avoir tous les éléments pour délibérer. Et il ne les aura pas dans les 24 heures. “Ces procédures sont si mal ficelées qu’on se demande si ça n’a pas été fait exprès !” s’interroge en plaidant Me Perrolier. “Pourquoi tant de temps de trajet alors même que le centre de rétention le plus proche de Calais n’est pas plein ?” demande à son tour Me Heulin. Dans le rôle du contradicteur, le représentant de la préfecture du Nord-Pas-de-Calais, qui a toujours autorité sur le sort de ces migrants, tente de tenir tête puis s’emmêle les pinceaux en multipliant lapsus et inexactitudes.

Quid des 32 restants ? Deux ont été renvoyés vers l’Italie. Pour tous les autres, le préfet lillois n’a tout bonnement pas demandé au juge de prolonger leur rétention. Ils ont donc tous été libérés dès vendredi soir.

32 nouveaux retenus arrivés samedi

C’est qu’il faut faire de la place. La rumeur qui courait entre avocats et militants associatifs s’est révélé vraie : 32 autres calaisiens sont arrivés samedi. “C’est du jamais vu en huit ans que je fais ce travail, s’indigne Yassin Amehdi, chef de l’unité juridique de Forum Réfugiés au sein du centre. La semaine dernière, on avait constaté une augmentation des libérations et les deux seules femmes présentes ont été transférées à Lyon pour libérer l’espace qui leur était réservé”. Est-il nécessaire de préciser qu’elles ont été libérées à Lyon dans la foulée ?

Grâce à ce turn over invraisemblable, le centre n’a pas encore atteint sa capacité maximum de 136 places. Mais la pression sur le dispositif est forte. “La greffière n’en peut plus”, lâche une avocate, qui avait elle-même étudié plusieurs dossiers avant d’apprendre qu’ils ne seraient pas jugés. Quant aux salariés de Forum Réfugiés, ils enchaînent les entretiens pour ne laisser personne sur le carreau. “Pour la plupart, ils ne sont pas en France depuis longtemps, ils n’ont pas eu toutes les informations nécessaires sur le droit d’asile notamment, explique Yassin Amehdi. Dans leurs cas, la rétention n’est pas du tout appropriée, ils viennent de pays en guerre, on ne va pas les renvoyer là-bas !”. 

Des tonneaux de Danaïdes qui ont un coût

En revanche, ceux qui les ont rencontrés assurent que leur volonté de quitter la France pour l’Angleterre n’a pas été ébranlée par ce séjour sous le soleil méridional. “Le sentiment général parmi eux, c’est la déception vis-à-vis de la France” confie un autre avocat, Me Badech. Les trente-huit libérés repartent de Marseille avec une obligation de quitter le territoire, mais surtout avec la volonté toujours chevillée au corps de rejoindre la Grande-Bretagne. Avec ses vols privés en guise de tonneaux percés, l’État joue les danaïdes.

D’après Forum Réfugiés, ces transferts massifs vers Marseille, Toulouse, Hendaye, Nîmes ou encore Metz n’ont pris une telle ampleur que fin octobre, alors même que le gouvernement se félicite de “mettre à l’abri” de plus en plus de migrants. Tentative désespérée de vider la jungle de Calais ou stratégie de l’usure, les militants préfèrent ne pas se prononcer, mais pointent le coût faramineux pour l’État d’un tel procédé. Selon Streetpress, l’avion utilisé jusqu’ici pour les petits transferts faisait l’objet d’un contrat de location d’un million et demi d’euros par an, auxquels il faut ajouter 23 000 euros en moyenne par jour de fonctionnement pour seulement cinq passagers. On ignore ce qu’il en coûte pour cinquante.

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Commentaires

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  1. jean bernard jean bernard

    à chaque fois que je lis des papiers comme ceci je suis dégouté du genre humain

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  2. jean bernard jean bernard

    salauds de migrants , salauds de pauvres

    selon que vous serez………….

    maitre pezet ne faisait pas partie des avocats commis d’office?

    j’ai honte à ma france,

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  3. jean bernard jean bernard

    comment voulez vous lutter contre un parti : le #fn lorsque celui-ci est invité depuis longtemps dans une grande mairie socialiste au ‘comité des sages
    #vitrolles recycle des membres du fn
    des noms?
    mais il y a plein d’exemple comme ceci!
    doit ont dire c’est un parti republicain et à ce titre il doivent avoir la parole ou
    faire l”épouvantail du caudillo #valls? celui et bien d’autres qui ont construit le fn valls souvenez vous les ‘blakos’ ou pour les + anciens Marchais et son bulldozer
    et proner la fusion
    estrosi /castaner

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  4. leravidemilo leravidemilo

    On comprend, et on partage même, les sentiments de C Kert, et les mots par lesquels il les exprime, majorité étriquée,climat délétère, sidération… Toutefois, si sa famille politique a très largement pris sa part au désordre, celui ci provient également des autres familles qui ont approuvé ce projet gouvernemental, principalement des solfériniens, et en tout premier lieu de ce projet et de la loi qui l’impose. La ville capitale risque fort de fonctionner, pour ses “”associés”” comme un trou noir, d’énergies , de finances, et de capacités démocratiques notamment. Il nous fallait un projet adapté à cette situation, à ce très fort particularisme, sans aucun équivalent dans notre pays. Maintenant que le gouvernement Valls , l’équipe Gaudin et son “opposition” du P”S” marseillais l’ont ficelé, les chartes et les serments risquent fort d’être difficiles à écrire et de se révéler d’une efficacité fort réduite. Ce n’est pas à M Kert qu’il faut apprendre, qu’il est bien plus délicat de réaménager un tunnel déjà fait, plutôt que d’en percer un neuf.

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    • leravidemilo leravidemilo

      HumHum… Marsactu ça a l’air de bugger sérieux sur l’affectation des commentaires sur la bonne étagère! Ce commentaire sur la prise de position de Christian Kert sur le scénario métropole se retrouve ici. Sur l’article (brève” consacré à C Kert, il y est aussi, mais la brève affiche 0 commentaire; si l’on clique sur le 0 en question, on accède tout de même au commentaire !!! Visiblement, à la lecture des autres commentaires, je ne suis pas le seul à être rangé sur la mauvaise étagère. De même, un commentaire posté sur le même sujet, la métropole; et relatif à la consigne générale de la coupable (la ministre Lebranchue) : au tavail… n’est pas à sa place et doit errer ailleurs…

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