Fermeture de la route des Goudes : “Si c’était facile, on l’aurait fait avant”

Actualité
Violette Artaud
17 Sep 2018 9

L'hypothèse de fermeture de la route des Goudes lancée par la parc des Calanques n'est pas du goût de tout le monde : tandis que la Ville et la métropole peinent à l'envisager, les restaurateurs s'y opposent.

La route des Goudes.

La route des Goudes.

“Je comprends que le parc se penche sur la question, mais il y a d’autres pistes à explorer, s’agace Jean-Luc Ricca, conseiller municipal délégué à la circulation et au stationnement. Fermer la route des Goudes serait une solution très très compliquée à mettre en place.” C’est ce qu’on appelle freiner des quatre fers.

Cette semaine, Marsactu relatait la volonté du parc national des Calanques, ainsi que celle des comités d’intérêt de quartier (CIQ) et de la mairie de secteur des 6/8, d’une fermeture de la route qui mène à Callelongue, pour lutter contre les problèmes récurrents de circulation sur celle-ci. Après trois réunions de concertation menées ces derniers mois sous l’égide du parc, c’est effectivement l’hypothèse d’une restriction d’accès au niveau de la calanque de Samena qui semble avoir émergé, la Pointe-Rouge ayant également été évoquée. “Comme à Sormiou et Morgiou. […] Mais avec la mise en place de dispositions” complémentaires, précisait Didier Réault, adjoint LR au maire de Marseille et président du parc des Calanques.

La métropole également réticente

En octobre, les cabinets missionnés par le parc pour mener ces concertations présenteront les résultats aux instances compétentes en la matière. La première d’entre elles, celle qui signe les arrêtés de restriction de circulation, est donc la Ville. Mais pour Jean-Luc Ricca, difficile d’imaginer la fermeture, même en synchronisation avec la création d’un parking et l’amélioration de l’offre des transports en commun, comme le préconisait le compte-rendu des réunions de concertation du parc. Autre acteur clé, la métropole, en charge des transports en commun et de la création de parkings. Là encore, l’approbation est loin d’être acquise. “L’idée de fermer à la circulation constituerait une forte restriction de la liberté de se déplacer, qui serait sans doute très contestée (notamment par les commerçants et restaurateurs)”, indique-t-on au sein de la métropole.

“Compte-tenu des problématiques que l’on retrouve sur des territoires beaucoup plus limités [Morgiou et Sormiou, Ndlr.], on voit bien qu’on ne peut pas traiter ce problème de circulation [en restreignant l’accès] à partir de la Pointe-Rouge. Cette problématique est dure à résoudre. Vous pensez bien que si c’était facile, nous l’aurions réglé avant, insiste Jean-Luc Ricca. Il ne faut en aucun cas prendre de décision hâtive. Six mois et trois réunions ne sont pas suffisants.”

Et l’élu LR d’ajouter : “J’irai à la restitution de l’étude du parc. Mais il faut faire une étude plus réfléchie.” En 2014 déjà, l’Agam, l’agence d’urbanisme de l’agglomération de Marseille, avait rendu une étude de 70 pages sur la question. Le document pointait déjà la nécessité “d’un portage politique” pour la mise en place d’une restriction d’accès et de plans d’amélioration du stationnement. Mais depuis, aucune mesure n’a été mise en place pour s’attaquer de front au problème.

“Les restaurateurs vont monter au créneau”

Comme la métropole, Jean-Luc Ricca met en avant l’hostilité possible des commerçants et restaurateurs des Goudes. “Ce n’est pas une problématique simple car les intérêts ne sont pas convergents. Il faut peser le pour et le contre, interroger les acteurs économiques, ceux qui grimpent, ceux qui pêchent, les résidents et pas uniquement les CIQ. Il y aura des pleurs et des grincements de dents.” 

Contactés par Marsactu, plusieurs restaurateurs des Goudes voient en effet la fermeture de la route d’un mauvais œil. “Pardon ? Fermer la route des Goudes ! Ah s’ils font ça je peux vous dire que tous les restaurateurs vont monter au créneau, s’emporte l’un d’eux, qui préfère garder l’anonymat. Faire ça, et même avec une navette, c’est signer l’arrêt de mort des restos.” Plus mitigé, Alexandre Marquié, gérant de la Marine des Goudes, a également du mal à envisager ce changement : “La fermeture me paraît compliquée. Il n’y a pas de parking, le système de navettes actuel n’est pas viable, il s’arrête à 20h30, les clients ne peuvent pas venir manger. Bref, c’est sûr que ça préserverait le lieu, mais il a beaucoup de choses à mettre en place avant.”

Ces mesures sont bel et bien en discussion à la Ville. “Nous réfléchissons à mettre en place une navette électrique en mouvement permanent et des parking relais”, rappelle Jean-Luc Ricca. Mais la route est encore longue avant de les voir se concrétiser. “Encore faut-il définir le point A et le point B et déterminer les emplacements des parkings.” Pour le moment, seul “des aménagements de voirie légers au niveau de la Pointe-Rouge qui pourraient contribuer à fluidifier l’axe dans le sens des retours” sont prévus “dès l’été prochain”, fait encore savoir la métropole où l’on travaille à “améliorer le temps de parcours et la fiabilité” de la ligne 19.

L’État s’en mêle

Dans ce contexte où le débat reprend de la vigueur, vendredi, plusieurs associations de riverains, de protection de l’environnement ou encore opposés au boulevard urbain sud (BUS) ont été reçues en préfecture. Ils ont pu “poser toutes les questions qu’ils désirent” sur ce “sujet particulièrement sensible où la décision politique est difficile et le dialogue entre les acteurs clefs quasiment rompu”, tient-on à faire savoir dans l’entourage de Claire Pitollat. La députée LREM de la deuxième circonscription des Bouches-du-Rhône était à l’origine de cette réunion. Présents entre autres autour de la table : le préfet, le préfet de police, la direction départementale des territoires et de la mer, l’agence régionale de santé ou encore les pompiers.

Lors de cette réunion, les associations ont mis en avant la pollution et les difficultés de circuler au quotidien. “Nous avons eu le sentiment que les services de l’Etat n’étaient pas très réceptifs sur ces aspects, estime Stéphane Coppey, président de FNE 13 en sortie de réunion. Pourtant cela fait des années que des études ont montré qu’il fallait privilégier un système efficace de transports en commun, des pistes cyclables en site propre et surtout, une restriction automobile.” 

Claire Pitollat se veut plus nuancée. “La proposition du parc est de nature a être soutenue par le préfet. L’Etat soutiendra en tout cas les solutions choisies par les collectivités. Il faut réfléchir aux leviers à dégager pour que cela soit mis en oeuvre. Le préfet a été missionné pour réfléchir à la métropole et a des compétences en terme d’aménagement du littoral et urbain.” Si les “leviers” semblent pour le moment restreints, l’État pourrait bien, dans ce contexte, pousser les décideurs locaux à s’entendre pour enfin, passer à l’action. “Nous attendons un soutien politique de l’État”, conclut justement Stéphane Coppey. Une seconde réunion, en comité plus restreint doit se tenir prochainement.

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