Face aux critiques de la chambre, Gaudin met sa riposte en scène

Actualité
le 26 Nov 2019
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Au cours d'une séance exceptionnelle par sa durée, la majorité municipale a fait bloc autour de Jean-Claude Gaudin, dans un violente charge contre la chambre régionale des comptes. Dix orateurs de l'opposition ont saisi ce bilan comme une confirmation de leurs critiques, sur un air de campagne électorale.

Jean-Claude Gaudin montre le document de réponse à la chambre des comptes devant l'hémicycle. (Image JV)

Jean-Claude Gaudin montre le document de réponse à la chambre des comptes devant l'hémicycle. (Image JV)

L'enjeu

Soucieux de ne pas laisser ternir son bilan par le rapport de la chambre régionale des comptes, Jean-Claude Gaudin a fait éditer un épais document de communication et veut "demander rectification".

Le contexte

Les magistrats financiers ont rédigé deux rapports de plusieurs centaines de pages sur la gestion de la Ville entre 2012 et 2017. La majorité municipale dénonce leur travail.

Le pavé dans la main de Jean-Claude Gaudin n’est pas le fameux rapport de la chambre régionale des comptes (CRC). Depuis le perchoir de l’hémicycle, le maire de Marseille brandit une compilation toute aussi épaisse qui sera bientôt distribuée aux élus, au public et à la presse, puis diffusée par chapitre sur le site de la Ville et les réseaux sociaux. Sur des centaines de pages, imprimées seulement au recto, s’étalent les discours d’adjoints de sa majorité, des « fiches de synthèse », des « vrai/faux » (les magistrats se voyant systématiquement attribuer une pastille rouge « faux », la Ville rectifiant « la vérité »)…

Cette opération de communication est à l’image de l’organisation de la séance, exceptionnelle. Ce rapport sur la gestion de la collectivité entre 2012 et 2017 ne devait être que l’un des 290 dossiers examinés. Après 4 heures 45 de débats sur cet unique sujet, pour la première fois du mandat, et probablement depuis que Jean-Claude Gaudin est maire, une pause méridienne a été observée, avant une séance de l’après-midi (l’ensemble des débats est à retrouver dans notre direct).

L’un des « vrai/faux » publiés par la Ville.

Le bilan que l’on retiendra

Je demanderai rectification à la chambre régionale des comptes.

Jean-Claude Gaudin

Au cours de la matinée comme au fil du document de communication, Jean-Claude Gaudin et son équipe s’emploient à saper le travail des magistrats qu’il accuse à de nombreuses reprises de manquer de « déontologie ». « Je demanderai rectification, y compris par les voies de droit, de toute ce qui est inexact, déformé », prévient même le maire. Une procédure prévue par la loi qu’il n’avait pas utilisée pour les deux précédents rapports auquel il avait fait face. En 2013, le débat avait été bouclé en une heure et sa propre intervention en dix minutes.

Comme si, en ce lundi où Jean-Claude Gaudin calcule le nombre de séances du conseil qu’il a présidé (187) et de délibérations votées (plus de 31 000), ce dernier bilan était celui que l’on retiendra. « Ce réquisitoire m’affecte considérablement, de même que certains événements qui se sont passés dans cette ville », avance-t-il, en référence aux huit morts de la rue d’Aubagne.

Les deux rapports sont en ligne
Comme le veut la loi, la chambre régionale des comptes a pu publier sur son site les rapports à partir du moment où ils ont été présentés en conseil municipal. Le premier concerne les finances et le patrimoine. Le second le personnel. Notre synthèse est ici et une sélection de dossiers chauds ici.

Chez les dix orateurs de l’opposition, délivrés de la limite du temps de parole pour l’occasion, cette ambiance de bilan général domine. Certains s’appuient précisément sur le travail des magistrats. Pour d’autres, le rapport ne semble qu’un décor de fond de discours comme au moment symbolique du vote du budget, le caractère définitif et solennel en plus.

Il s’agit surtout d’étendre l’impact du rapport du maire à son équipe. « Ce rapport n’est donc pas celui de Jean-Claude Gaudin, il est celui d’une équipe, de ceux qui ont cru acheter Marseille en viager. Mais ce matin la maison brûle ! », assène Samia Ghali (ex PS). « Ils n’ont rien vu, rien entendu et, là nous pouvons les croire, rien dit. Martine, Bruno mais aussi Lionel, Monique, Daniel, Dominique, Yves, Guy et l’ensemble du Gaudin circus sont restés muets », énumère Stéphane Ravier (RN). « Pas un seul ne s’est levé », martèle Benoît Payan (PS). Quant à Patrick Mennucci (PS), il voit dans ces rapports un « fardeau » que le maire devra porter jusqu’au bout de son mandat « et au-delà », pour ceux qui se présentent en assumant son bilan.

Bruno Gilles n’a « rien à dire », Martine Vassal « rend hommage »

Et de fait, l’un des deux candidats LR, Bruno Gilles, n’a « rien à dire », du moins « rien de plus », sans que l’on sache à qui il aurait ajouté sa voix. Sa tête de liste dans les 11e et 12e arrondissements, Robert Assante fait toutefois usage du « nous » pour ce bilan, défendant les passages concernant sa délégation au patrimoine. Une solidarité qui s’effritera plus tard dans la journée, quand il annoncera ne pas voter, avec d’autres élus proches du sénateur, en faveur du projet d’extension du parc Borély voulu par Martine Vassal.

Refusant le qualificatif « d’héritière », encore plus « d’obligée », cette dernière épouse quant à elle ce bilan dont elle considérait à la rentrée qu’il n’était « pas le [sien] ». Alors qu’elle n’a plus de délégation à la Ville, la présidente de la métropole et du département est invitée à parler la première après l’introduction du maire. Signe, s’il en fallait un, d’une filiation revendiquée de chaque côté. « Pour tout ce que vous avez fait de cette ville depuis 1995, je veux vous rendre hommage. J’ai été honorée de pouvoir faire partie de votre équipe et de contribuer à cette transformation. » Le « mais » qui suit, car il y en a un, permet de replacer son discours sur les rails de sa campagne, à commencer par « un virage » à prendre sur « l’enjeu environnemental ».

Mis en cause personnellement par le président du groupe Yves Moraine (LR) pour un possible « conflit d’intérêts » – il a supervisé la logistique de la campagne présidentielle 2012 de François Hollande – le président de la chambre régionale des comptes, Nacer Meddah, pourrait amener la majorité à regarder de nouveau dans le rétroviseur. Il tiendra une conférence de presse ce mercredi, exercice tout aussi exceptionnel que l’accueil réservé au rapport par la Ville.

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Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    La campagne de com’ avec le livret blanc « rétablissant la vérité » et la demarche en justice contre la Cour, c est juste le temps des élections, histoire de ne pas perdre une partie de son électorat… avec l idee qu il en restera toujours qlqchose…
    Ils s affolent, là, non ? C est bon signe.

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  2. MarsKaa MarsKaa

    Aaah mais c est pour ça qu ils sont allés à Miami !! Pour avoir une formation de l equipe Trump sur les vérités relatives et les fakes !

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  3. Brallaisse Brallaisse

    Pour les anciens, cette séance de Au Théâtre ce Soir avec la célèbre formule « les décors sont de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell ». qui s’est passée place BARGEMON a été pitoyable de la part de la majorité municipale. La larme de crocodile habituelle du maire s’ apitoyant sur le sort qui lui est réservé par la CRC et sur les 8 victimes sans les nommer était tragique. Encore plus tragique le cœur des « vierges » du conseil municipal louant la pureté des intentions de cette équipe pour le bien du peuple marseillais , sans préciser bien sûr que cette notion de peuple ne concernait que le 8e arrondissement et quelques autres quartiers, ceux qui votent bien. Les Assante, Casanova, Moraine et consorts respirent le mensonge à plein nez, plus les copains promoteurs immobiliers . En bon français cela s’appelle des « faux-culs ». Concernant la tribune , je me suis demandé tout au long de la retransmission si nous n’avions pas un remake de « Cosa Nostra  » avec tout ces Capo di Capi aux cheveux gris et blancs.
    Vous voyez , nous étions bien hier Au théâtre ce soir.

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  4. David David

    Et nous, marseillais, contribuables et citoyens, demandons JUSTICE : monsieur gaudin et sa nullicipalité devront répondre devant un tribunal des 8 morts de la rue d’aubagne, des milliers de délogés encore en galère un an plus tard, et des dizaines de milliers de logements indignes, insalubres, loués par des marchands de sommeil que sa politique n’a fait que favoriser. Sans parler du népotisme, de la prevarication et de la corruption généralisées. Il ne s’agit pas ici de gesticuler en espérant passer à travers les gouttes… Il s’agit de justice.

    Sans justice, pas de paix.

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  5. Electeur du 8e Electeur du 8e

    L’exercice « vrai / faux » tenté (et raté) par la mairie est du plus haut comique.

    Ainsi, la réponse à la critique de la CRC sur le coût de location d’un étage de la tour La Marseillaise est la suivante : « La Chambre commet un jugement d’opportunité et des erreurs grossières de calcul. »

    Point. C’est tout. Quelles sont les erreurs des magistrats ? Où sont les rectifications apportées par la Ville ? On n’en saura rien, il faut se contenter de cette affirmation lapidaire en forme d’élément de langage…

    Ce n’est pas possible d’être aussi nul. Sauf ici. La nullicipalité porte bien son sobriquet.

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  6. Françoise Panfili Françoise Panfili

    L’homme est certainement sincère car au crépuscule de sa carrière sinon de sa vie, il devient humble, ce qui pourrait le rendre humain et proche de ses concitoyens : il ne se reconnaît pas.
    Cependant, les faits, terribles, sont là et il pourra se démener, rien n’y fera : trop de laxisme, trop d’arrangements à la « marseillaise », trop de politique politicienne depuis longtemps dépassée et maintenue envers et contre tous. C’est la déchéance d’un homme, d’une équipe et surtout et au-delà de tout d’une ville et de ses habitants,…
    Alors, malgré toute la compassion et l’empathie que n’importe quel être humain mérite, personnellement, je rejette les exolications/justifications, tout comme le déni affiché et méprisable de Monsieur le Maire.
    8 morts….. Pas d’embellie économique, pas de dynamisation du patrimoine, pas de protection des citoyens et de l’identité du bassin marseillais, rien…..sinon la reprise à bon compte de projets imaginés par son prédécesseur.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Vous pensez que cet individu est vraiment sincère après une carrière faite de renimentd, de trahisons et de contorsions politiques ?.

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  7. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Comment faire pour libérer ces femmes/hommes politiques de leur addiction au pouvoir?
    Comment les électeurs pensent-ils dans l’isoloir quand ils votent pour un politique qui va en prendre pour 6 ans alors qu’il a déjà plusieurs années au compteur du service aux citoyens?
    Pourquoi accumuler tant d’années en tant que responsables politiques en cumul ou en années de mandats?

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