Valmer, Feuillants, Corderie : des dossiers chauds sur le grill de la chambre des comptes

Actualité
le 8 Nov 2019
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Dans son rapport final sur la gestion Gaudin, la chambre régionale des comptes revient sur de nombreux dossiers brûlants soulevés par la presse et l'opposition ces dernières années. Corderie, nouvelle mairie du 1/7 ou déménagement de la Villa Valmer. Petit florilège de coûteuses perles.

La Villa Valmer.

La Villa Valmer.

Au fil des pages du rapport de la chambre régionale des comptes consacré à la gestion financière et patrimoniale de la Ville, affleure un florilège des dossiers qui ont affolé la chronique médiatique. Comme si le travail journalistique, volontiers taxé de tapageur et partisan, trouvait là une confirmation grâce à cette administration indépendante chargée de vérifier les comptes des collectivités.

Lire aussi : La chambre régionale des comptes accable la gestion Gaudin

Marsactu a l’habitude de sélectionner les dossiers chauds mis au menu du conseil municipal et qui ont parfois ce parfum de scandale que les élus tentent à toute force d’éventer. Le rapport de la chambre régionale des comptes offre une forme d’inventaire dont nous avons sélectionné les morceaux les plus brûlants.

Les trop chères étoiles de l’hôtel des feuillants

Il y a quelques semaines, le maire inaugurait avec force petits fours le nouvel hôtel de la Canebière, en bordure de Noailles. Problème, l’opération a été fort coûteuse pour la Ville. L’ensemble immobilier constitué de quatre des cinq immeubles a été racheté pour 2,6 millions d’euros à Marseille Aménagement, une de ses sociétés publiques. Le cinquième a été acquis par expropriation. La Ville vend ensuite ces mêmes biens à 2,5 millions d’euros à la Soleam, qui a pris la suite de Marseille Aménagement. « Il est assez curieux que la Ville, à peine après s’être rendue propriétaire de ces cinq immeubles, décide d’assumer une moins-value de 163 721 euros hors taxes« , vitupère la chambre.

De plus, elle s’étonne que la Soleam signe une « promesse de vente en 2013 » au promoteur Agir Promotion « avant même que la Ville de Marseille ne les lui vende » en 2015 pour 2,65 millions d’euros. « Pour le moins singulier », tousse la chambre qui s’étonne que la Soleam puisse réaliser 150 000 euros de bénéfice au détriment de la Ville.

570 000 EUROS DE LOYER PAR AN POUR LES Délogés de la villa valmer

En octobre 2016, les Marseillais découvraient non sans stupeur que la Villa Valmer devait renoncer à son destin diplomatique de lieux d’accueil d’ONG et de représentations d’organisations internationales pour devenir un hôtel de luxe. Trois ans plus tard, le projet d’hôtel, qui entraînera la privatisation d’une petite partie du parc alentour, est bien avancé et le rapport de la chambre documente ce qu’il est advenu des anciens locataires de l’hôtel particulier avec vue sur mer. En 2017, la Ville avait alors annoncé vouloir recaser le Plan Bleu, le centre de Marseille pour l’intégration méditerranéenne (CMI) et l’office pour la coopération en Méditerranée et en Orient (Ocemo) dans un étage de la tour La Marseillaise (lire notre article sur le recasage des ONG). La CRC revient sur les conditions plutôt baroques et fort onéreuses de ce déménagement.

En effet, la Ville a bien réservé un étage entier de la tour dessinée par Jean Nouvel pour loger les seules antennes de la Banque mondiale et du Plan bleu. Or, la chambre constate que la location proposée au 16e étage du building tricolore est deux fois et demi plus cher que la mise à disposition de la Villa Valmer. La Ville justifie ce surcoût en arguant des économies faites en frais de stationnement, charges privatives et autres taxes d’enlèvement des ordures ménagères. « Bien que la chambre n’ait reçu aucune pièce pour justifier cette affirmation, il en ressortirait un coût de 396 euros par mètre carré », c’est-à-dire « deux fois plus cher » que la Villa Valmer.

L’avantage pour les locataires, c’est qu’ils ont plus de place pour étendre leurs jambes sous les bureaux : la chambre s’est amusée à calculer que chaque occupant disposait en moyenne de 25,2 mètres carrés. En effet, « 55 % des 1116 mètres carrés de la surface utile est louée pour 24 personnes ». Le reste est vide faute d’avoir pu convaincre le Conseil mondial de l’eau de quitter les locaux mis à disposition dans un autre immeuble pour la grande tour. Résultat des courses et dans l’attente de nouveaux locataires, la Ville paie 570 000 euros par an pour un étage à moitié vide. Elle répond qu’au final les 25 fonctionnaires de la direction des relations internationales devraient venir boucher le trou. Pas forcément le gouffre budgétaire.

Une direction de l’urbanisme Si Mal logée

L’un des soucis de la chambre vis-à-vis de la gestion municipale tient à la façon dont la Ville se comporte comme propriétaire, délaissant son patrimoine, et comme locataire peu soucieuse de payer plein pot pour des locaux parfois peu adaptés. C’est particulièrement le cas pour la direction de l’urbanisme située dans des bureaux loués rue Fauchier (2e). Depuis 2010, la Ville paie un loyer plus élevé « que celui de la moyenne des immeubles » pour un total d’1,4 million d’euros par an hors taxes. À cela s’ajoutent 2,89 millions de travaux payés entre 2010 et 2018. Or la chambre note :

Cet immeuble présente des problèmes de conception, d’entretien et de maintenance générant des charges élevées pour la Ville.

Les luminaires de 2010 étaient déjà obsolètes « à peine l’immeuble livré ». « En moyenne, le coût de remplacement est de 750 euros par bureau », peut-on lire dans le rapport. Le lavage des vitres est impossible sans un système d’échafaudage. La climatisation ne marche pas et nécessiterait un investissement de 1500 euros par bureau.

La Ville prend à sa charge sensiblement le même type de dépenses qui si elle était propriétaire sans pour autant en avoir la qualité.

Une coûteuse mairie de secteur si difficile à ravaler

L’ancien président du groupe RN à la mairie, le porté disparu Georges Maury, aurait satisfaction à revenir dans l’hémicycle en cette fin de mandat. En effet, la chambre se penche sur l’acquisition par la Ville de la maison de la région pour y installer la mairie des 1/7, contrainte de déménager pour faire de la place à un ciné. L’élu frontiste avait tiqué sur le prix d’achat de 5,28 millions d’euros, supérieur de 10 % à l’évaluation des Domaines, le service de l’État chargé de l’estimation des biens.

Un achat justifié par la présence du tramway et de deux stations de métro, mais aussi « la qualité des prestations architecturales mises en valeur par du mobilier adapté ». Or, note la chambre, le site est livré… sans mobilier. Quant au surcoût, la Ville le justifie au « regard des modalités d’acquisition par la région en 2002, la qualité des travaux effectués (…) et surtout l’opportunité que ce bien immobilier constitue pour la Ville ». Difficile pour la chambre de justifier un surcoût par le souci d’éviter à la région de perdre de l’argent dans la vente de son bien.

La Ville peut également s’asseoir sur la qualité des travaux puisque l’installation de la mairie de secteur nécessite en sus, 1,35 millions de dépenses. « Cela en fait un projet très onéreux pour la ville », commente la chambre, bonhomme. Pire, l’urgence de l’achat était telle, que la Ville a oublié qu’elle a elle-même enjoint la région de ravaler la façade de l’immeuble, pour un coût évalué à 460 000 euros pour sa seule partie. Travaux intérieurs et extérieurs compris, cela pousse le prix d’achat à 7,3 millions d’euros, jamais soumis au conseil municipal. Au moment où la chambre mettait un point final à son rapport, la façade était toujours en l’état.

Corderie : une issue de secours qui coûte le tiers du prix de vente du terrain

La chambre fait aussi dans l’archéologie. Elle consacre ainsi plusieurs pages au dossier de la Corderie où la découverte d’une carrière antique avait déchaîné l’ire des riverains opposés au programme immobilier qui devait prendre place le long du rempart historique. La chambre note bien que la connaissance de l’existence de ces vestiges remontait à 2002, date à laquelle la société Elige, absorbée ensuite par une filiale de Vinci, procède à six forages. Une antériorité déjà révélée par La Provence. Mais le lièvre soulevé par la chambre ne s’arrête pas à cette « découverte », la chambre insistant sur les guillemets. Ce qui n’est pas une découverte en revanche, c’est que les divers permis de construire déposés entre 2006 et 2013 auprès de la Ville, l’ont tous été par des filiales successives du groupe Vinci, « sans mise en concurrence ». « L’opérateur a été proposé par Henri Loisel, ancien secrétaire général adjoint de la Ville » et grand manitou des opérations de promotion immobilière au sein du cabinet.

Vue générale de la carrière grecque archaïque. En arrière plan, un tronçon du rempart du XVIIe siècle. Denis Gliksman, Inrap

La chambre s’intéresse également aux conditions de réalisation d’une issue de secours du groupe scolaire qui jouxte le terrain. Bien que la suppression de cette issue soit la conséquence de la réalisation du projet immobilier, c’est la Ville qui se retrouve à devoir payer cet équipement qui correspond à un « tiers » du prix de vente dudit terrain, soit 1,17 million sur 3,36 millions. Cela fait cher l’ascenseur.

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Quoi qu’en dise son maire, Marseille est une ville riche. La preuve : elle a les moyens de multiplier les mauvaises affaires… surtout quand celles-ci arrangent les copains.

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  2. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    D’abord en qualité de président du conseil régional puis en tant que maire, Gaudin a fait de Marseille la vitrine de la décentralisation…

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  3. MarsKaa MarsKaa

    Je me répète ici : et maintenant que le constat est fait et étayé, il se passe quoi ? Quelle instance de la République pour condamner les responsables de ce gaspillage d argent public et ces graves irrégularités qui ont des conséquences majeures pour la ville et ses habitants ?
    On ne peut laisser les citoyens seuls face à cela.

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  4. ALAIN B ALAIN B

    Et pour la construction et la rénovation des écoles, ce n’est pas assez rentable, bien que cela soit indispensable
    Les élus avec GAUDIN voudraient encore dirigée Marseille
    Alors les médias qu’en pensez-vous des VASSAL, GILLES et compagnie

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Que voulez quand des élus sont avocats de groupes immobiliers qu’il se passe ?

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  6. Un électeur du 9 ème Un électeur du 9 ème

    Ce bilan de la Chambre Régionale des comptes est celui de toute l’équipe municipale en place, Vassal et Gilles compris (ainsi que celui de Royer-Perreaut aux dents si longues).

    Le quotidien Libération résume ainsi la question concernant les locations, achats et ventes du patrimoine immobilier «Sur la gestion de son patrimoine, le bilan est également très critiqué. Apparemment, la ville néglige aussi de percevoir les recettes de ses propres immeubles, et quand elle est locataire, paie «des charges de propriétaires et acquitte parfois des loyers très élevés au regard du prix du marché». En plus d’experts financiers, la mairie aurait apparemment également besoin des conseils d’un bon agent immobilier, puisqu’elle semble vendre ses biens pas très cher «dans des conditions de régularité contestables», indique la synthèse du rapport. Elle achète également plutôt à des tarifs élevés dans des conditions juridiques jugées là aussi «contestables».
    https://www.liberation.fr/france/2019/11/08/marseille-la-chambre-regionale-regle-son-compte-a-gaudin-et-son-equipe_1762487

    L’association Anticor si elle était active à Marseille devrait sans doute s’occuper de cet aspect des choses puisque le Procureur de la République ne semble pas s’en être préoccupé.
    Je rappelle que L’article 40 du code de procédure pénale impose l’obligation, « pour toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire, dans l’exercice de leurs fonctions », de signaler des crimes ou délits dont il a connaissance.

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    • Tarama Tarama

      Pourquoi Anticor n’est elle pas présente à Marseille d’ailleurs ?
      Un Raymond Avrillier nous ferait tant de bien…

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  7. Pascal L Pascal L

    La liste est longue . Est-ce que la CRC s’est aussi penchée sur la « location » à vil prix et à des « copains », du fortin des Corbières que Martactu a déjà évoquée dans d’autres articles ?

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    • Brallaisse Brallaisse

      Oui est c’est même nous qui réglons la note d’électricité.

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  8. Alain Dex Alain Dex

    Un point de grammaire, ça détend . Cette expression n’est pas correcte : « frais de stationnement, charges privatives et autres taxes d’enlèvement des ordures ménagères ». En effet, frais de stationnement et charges privatives ne rentrent pas dans la catégorie taxe d’enlèvement des ordures ménagères.

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  9. ALIBI ALIBI

    Un bel endroit pour une Unité d’Hébergement d’Urgence toute neuve.
    Un bel endroit pour des places de CHRS.
    Un si beau lieu pour accueillir les oiseaux migrateurs du 59 St Just.
    Ou un grand restaurant social, face à la mer.
    Oui, ça me plairait ça.

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  10. Tarama Tarama

    Concernant la Villa Calmer, c’est peut-être une « petite partie » du parc qui sera privatisée pour faire un hôtel de luxe, mais c’est surtout la plus belle (avec vue sur l’anse de la Fausse Monnaie et son viaduc) et une des rares plates et engazonnée.

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